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Xul'Thris, Mortanyss

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MessageSujet: Historique Xul'Thris   Lun 20 Nov - 17:33

« Michael, Tu viendras couper du bois avec moi. Hans, toi je te charge d’aller nourrir les chevaux et pour toi Vincent, je te réserve la tâche de chasser le gibier qui servira de souper ce soir. Tous au travail avant la tombée de la nuit! »

Le soleil frappait sur la tête du père et de ses trois enfants, l’été était marqué par la panoplie de travaux que toute la famille devait accomplir. Surtout depuis que Jules, l’aîné, était partit de la demeure pour aller s’installer avec sa femme et ses futurs enfants. Le repos n’était pas dans le vocabulaire de la famille et c’était mieux ainsi afin de pouvoir préserver la maison.

Toutefois, ce temps était résolu. Il n’était que souvenir qui tramait dans l’esprit de Victor Cyr. Probablement un de ses plus beaux souvenirs…


[…]

Ce souvenir appartenait au passé, 3 ans plus tôt pour être plus exacte. Victor avait perdu sa vie. Il n’était qu’à présent une enveloppe sans pensée sur laquelle le destin avait apposé sa cruauté en la laissant fonctionner. Victor était un légume, il avait perdu l’art de penser lors d’un tragique incident… 3 ans plus tôt. Son corps fonctionnait toujours, mais c’était seulement pour le principe qu’il vivait encore. La mort semblait être une caresse envoûtante face à l’état dans lequel il était à présent…

Il était installé dans sa chaise berçante, grinçante comme à sa fidèle habitude. Personne ne pouvait certifier si il savait encore où il était et qui il était. Personne ne savait non plus si il voyait, goûtait ou sentait mais tous espéraient qu’il ne savait pas, qu’il ne savait pas ce que la demeure devenait sans lui… Lui qui avait passé toutes ces années à travailler afin d’entretenir la maison de la famille, voilà maintenant qu’elle tombait en ruine. Tout ceci à cause d’un tragique incident…


[…]

Victor montrait à son fils Michael comment couper le bois tel un vrai bûcheron. Il tenait à ce que celui-ci prenne sa place lorsqu’il serait trop vieux pour continuer le travail, il voulait s’assurer une relève pour garder la demeure en bon état. Leur travail fut interrompu brusquement par un cris, toutefois, il ne s’agissait pas de n’importe quel cris… Ces cris étaient ceux d’un enfant; Hans. Victor resta quelques instants paralysé de peur qu’il soit arrivé quoi que ce soit à l’un de ses fils, puis, il accouru le plus rapidement vers la direction des cris et déboucha dans l’étable.

Les chevaux étaient affolés, Hans pleurait dans un coin de l’étable et semblait impuissant face à l’instinct animal des chevaux. La première réaction de Victor fut de tenter de calmer les chevaux, il s’approcha de celui qui était le plus près de Hans. Le cheval levait les sabots, menaçants, mais Victor refusait de céder aux menaces de l’animal, ne prenant pas en comptes l’avertissement. Tentant de jouer les héros, son imprudence lui coûta tout un malheur. Le cheval abattît ses sabots sur son crâne brutalement, laissant ce dernier dans le coma le plus profond qu’il soit. Les chevaux finirent par se calmer mais le mal était fait. Le père de famille résidait maintenant entre les mains de sa douce moitié, affolée à son tour du tragique événement qui venait de prendre encore plus d’ampleur.


[…]

Victor admirait le paysage qui s’offrait devant lui, incapable de donner son opinion sur quoi que soit. Il était face à la fenêtre de la chambre et il avait à présent tout son temps afin de voir pousser la nature. Le repos qui s’offrait à lui semblait sans fin, son état ne semblait ni s’améliorer, ni empirer. Il était à présent un vrai boulet à la cheville de sa famille. Malgré tout le repos qu’il prenait, il devait être nourri, lavé et habillé à tous les jours…

Les trois fils étaient incapable de performer toutes les tâches aussi rapidement qu’auparavant avec l’aide de leur père et ils manquaient de temps. La femme tant qu’à elle, était seule afin d’effectuer toutes les tâches ménagères ainsi que préparer la nourriture pour cinq personnes. La famille était débordée et le tout ne cessait d’empirer…

C’est à l’heure du souper que tout se corsa d’avantage…


« Mère, nous ne devons plus rester aveugle face à notre situation. Père est devenu une plaie pour cette famille. Il ne travaille pas mais bénéficie de la nourriture que nous avons, il reste là toute la journée à regarder par la fenêtre alors que nous brûlons au soleil à l’extérieur. Nous n’avons pas besoin d’une plaie pour notre demeure et je suis certain qu’il souffre dans cet état. Le mieux serait d’en finir avec son éternelle souffrance et de cette façon, nous pourrions donner une chance à la famille de respirer un peu. N’es-tu pas du même avis que moi, mère? » demanda Vincent à sa mère.

« Vincent, je refuse que tu parles ainsi de ton père. C’est bien grâce à lui que tu es ici en ce moment, tu lui dois respect. Je sais bien que notre situation n’est plus celle d’avant mais nous devons vivre de la sorte! » rétorqua la mère, pincée par ces paroles.

« Mère, s’interposa Michael, il est bien vrai que notre situation devient invivable. Si nous ne nous débarrassons pas de ce fardeau immédiatement, nous n’aurons plus rien à mettre dans nos assiettes. Ce sera bien grâce à lui si nous ne serons plus de ce monde dans les quelques semaines qui suivent… »

La mère ne savait plus quoi répondre et le reste du souper se passa en silence. Elle savait bien que c’était vrai et que c’était la meilleur chose à faire mais elle se sentait incapable de faire une telle chose à son mari. Toutefois, ce qu’elle ignorait, c’est qu’il entendait. Victor n’était pas devenu sourd et avait entendu tout ceci sans ne rien pouvoir dire. Malgré son état, il entendait tout ce qui se disait, il comprenait tous les problèmes et ressentait tout ce qui suffit à un homme pour crouler dans le désespoir; la tristesse et la honte…

Ce même soir, alors que tout le monde dormait, Victor avait décidé qu’il n’aurait pas à forcer sa femme à faire des choses dont elle n’osait même pas penser. Il utilisa toute ses forces pour se hisser hors du lit. Rendu hors du lit, il se hissa sur le bord de la fenêtre et se laissa tomber sur le sol. La chambre étant à la même hauteur du sol, il n’en fut pas suffisant pour lui arracher la vie qui lui restait. Il pris la route en rampant, espérant mourir au bout d’efforts physiques…

Au bout de plusieurs heures, alors qu’il rampait encore, une carriole s’arrêta près de Victor. Quelques hommes observèrent l’homme, d’un air moqueur.


« Regarde donc ça, tu ne trouves pas qu’il ferrait un bon acteur pour notre prochaine présentation? Cet homme n’a que faire de la vie qu’il a, il semble à moitié vivant, nous lui rendrions un grand service si nous achèverions ses souffrances, et un service en vaut un autre… N’est-ce pas? »

Les autres hommes approuvèrent d’un hochement de tête. L’un d’eux s’approcha du père de famille toujours au sol et lui donna de violents coups sur la tête, jusqu’à ce que celui-ci ne rende plus aucun signe de vie…

Il apportèrent le mort dans la carriole et se dirigèrent vers leur destination, le village le plus proche. Le corps de Victor, maintenant totalement inanimé, avait été laissé dans le fond de la cabine… Avec ses semblables…

Une fois dans le village, ils préparèrent la scène à la place publique, avec l’autorisation des hautes autorités. Ils préparèrent les cadavres qui serviraient lors de la pièce en les habillant convenablement, s’assurant que ceux-ci n’aient pas l’air trop mort, ils finirent par équiper les corps avec leur tout dernier accessoire; une croix de bois accrochée par des ficelles à chaque membre du cadavre. Victor n’échappa pas à cet accoutrement et à cette croix bien qu’il n’avait plus aucune conscience.

Le spectacle allait bientôt commencer et l’annonceur de celui-ci prit place sur scène afin de clarifier certains points.


« Approchez Mesdames et Messieurs, le spectacle va bientôt commencer! Nous vous ferrons vivre un spectacle tout à fait envoûtant, et unique en son genre! Notre spectacle sera le seul que vous verrez comportant des marionnettes humaines vivantes! Les acteurs ont bel et biens acceptés de jouer ce rôle et c’est grâce à eux si nous pouvons vous offrir ce spectacle! Que l’amusement commence! »

Les marionnettistes amenèrent les acteurs sur scènes, du haut de leur plate-forme dissimulée derrière un rideau, ils bougeaient la croix afin de pouvoir faire bouger les cadavres tout en faisant leurs voix. Le publique n’y voyant que du feu semblait s’amuser, Victor lui, ainsi que les autres cadavres, n’avait aucune idée de ce qui se passait. Toujours dans le néant de la mort, inconscient que son corps était souillé…

Victor se réveilla brusquement du trépas, les yeux déjà ouvert alors qu’il revint à lui, il regarda tout autour de lui, sans savoir ce qui se passait. Devant lui, la foule le regardait performer des actes donc il n’était pas conscient. Tout semblait déjà prévu afin qu’il ne puisse pas trop bouger, ses paupières étaient coud afin qu’il garde les yeux ouverts, ses membres étaient tous attachés par des ficelles et sa bouche, elle aussi, avait été coud. L’être, prit d’instinct qui lui semblait tout à fait naturel, s’empressa à se débattre de l’emprise que les ficelles avaient sur lui. Il tira avec le plus de force qu’il pouvait sur ses membres et l’homme sur la plate-forme tomba sur la scène, troublé par ce qui venait de se produire.

Le publique commença à discuter de ce qui se passait, ils ne comprenaient pas si le tout était prévu ou non.


« Que… Non! Tu ne devrais pas bouger! Tu ne peux pas bouger! Tu es MORT! » cracha l’homme qui venait d’être tiré hors de la plate-forme par le mort-vivant affolé.

Ce qui fut Victor auparavant attendit une seconde, incapable d’émettre le moindre son, puis ouvrit la bouche brusquement, déchirant ses lèvres et laissant sortir une bonne quantité de sang par sa bouche. Il cria le plus fort qu’il pouvait alors que le publique se dispersait devant le spectacle qui avait dévoilé une façade beaucoup plus morbide maintenant que la vérité avait éclaté…

Après un moment, tout le monde prit la fuite, même le corps de Victor partit au pas de course, trébuchant à plusieurs reprises par maladresse, dans les ficelles toujours attachées à ses membres. Il finit par trouver la sortie du village et poursuivit sa course, se réfugiant très creux dans la forêt là où personne ne le retrouverait. Le nouvel homme n’avait aucun souvenirs de son passé, la seule chose qui l’animait à présent était la haine et la colère. Il se défoula pendant bien longtemps, se fracassant contre les arbres, arrachant des plantes et donnant des coups sur le sol. Il criait sa haine qui semblait sans fin, la haine d’un monde qu’il ne connaissait qu’à peine mais qui déjà l’avait tant fait souffrir. Il passa une bonne partie de la nuit à crier et se défouler, jusqu’à ce qu’il n’ait plus la force de se débattre contre le vide si menaçant…

Il resta plusieurs jours et nuits, couché sur le sol froid de la forêt. Il était toujours attaché par les ficelles et à l’autre extrémité, la croix. Ses yeux étaient encore ouvert, il était incapable de les refermer vu leur état. Il observa longtemps ce qu’il avait fait pendant sa crise de colère, il étudia les choses brisées et les choses intactes unes par unes. Ces choses qu’il redécouvrait semblaient le passionner, un sentiment de libération l’emplissait peu à peu alors qu’il admirait la nature sous toute ses formes, dans la vie comme dans la mort…
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Xul'Thris, Mortanyss

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MessageSujet: Re: Historique Xul'Thris   Jeu 21 Aoû - 16:31

Tant d’années étaient passées dans la Nécropole depuis la première fois où il en avait foulé le sol. Tellement de gens autour de lui avaient évolué pour devenir de grandes figures Mortannes alors que lui restait à l’écart et plus loin, de peur d’être directement impliqué dans des événements de grandes envergures et que cela lui apporte de trop grandes responsabilités. Depuis les premiers jours, il n’avait pas vraiment changé et il commençait à voir peu à peu sur le visage des autres qu’ils se lassaient de cette même attitude. Les gens autours de lui avançaient trop rapidement, le laissant dans son propre univers dans lequel il étirait les bras vers ses confrères, ne recevant que de bien brefs frôlements de doigts qui s’éteignaient rapidement. Livré à soi-même semblait une chose inévitable, mais était-il donc le seul à vraiment se
soucier de… Lui?

-Ils sont las de t’entendre bégailler, tu es incapable de dire une phrase sans la moindre hésitation.

-J.. Je… C.. C’eeest… C’eest F.. Faaaux… I… Iiils… M… M’aaapprééécieeent… C… Cooomme J… Jeee suiiis…

Répliques cinglantes à en plus finir laissant paraître maints doutes sur son visage, le laissant nager dans de grands lacs vides à chercher des réponses qui ne se demandaient pas. Décidemment, oui, il semblait bel et bien être le seul à être à ce point tourmenté par son instinct, ce qu’il nommait « Le Mal ». Luttant jours après jours pour conserver toute la raison qu’il avait, luttant jour après jour contre quelque chose qu’il lui était impossible de voir ou de toucher, luttant jour après jour pour se vaincre soi-même alors qu’il se sentait déjà si faible, l’ironie était d’actualité.

-M… M… Maa Soeeeur… M… Mee maaanque… T… Teelleemeeent… S… Soeeur Haaazee… E.. Eeellee… Eeelleee saavaait… T… Trrrouuveeer L… Leees mooots… Eeet… S.. Soon reeegaard.. É… Éétaait C.. Cooompaatiissaaant… E.. Eeet S.. Saa P.. Peaaau… S.. Siii…

-Si douce, si belle, oui, la peau que tu n’as plus, je sais. Il serait temps d’avancer de l’avant, elle n’est plus là pour toi et tu dois la voir comme un ennemi de la famille. N’écoutes-tu pas la précieuse famille? Zalhaxa l’a dit mots pour mots. Moi je peux t’aider à t’en sortir. Écoutes-moi et…

-N… Noon! C… C’eeest T… Toooi quii… Quii mee faait P… Peerdree… T… Touut C.. Ceee quii M… M’eeest …Cheeeer…

-Tout ce qui t’es… Hum… Chaaaire? Oui, oui, je sais, je connais le refrain, je suis le mauvais et toi le bon. C’est sans doute pour cette raison que je t’ai sauvé à maintes reprises, toi et tes faibles ambitions. Et de croire que je te veux du mal… Heh, tu me feras toujours bien rire toi et tes sottises.

-J… Je…

Se taire et oublier restait toujours la meilleure solution lors d’une pareille situation. Lutter pour ne pas écouter tous ces perfides mensonges, cette langue sale qui prenait un malin plaisir à dire des choses… Tellement vraies. Se taire et faire croire qu’on ignore par choix plutôt que de se taire par manque de mots restait une meilleur optique. Le si peu de failles qu’il lui restait face à soi-même pourrait peut-être l’aider à s’en débarrasser pour de bon.

-Toi et moi, nous pourrions faire de grandes choses, tu le sais?
[…]
-Je te parle, tu pourrais au moins avoir le respect de m’écouter?
[…]
-Tu ne peux pas m’ignorer et tu le sais très bien. Nous sommes la même personne. En fait, je n’existe pas vraiment, c’est toi qui m’as créé.

-N… N… Nooon… J… Jee n’aai J… Jaamaaais.. C.. Crrrééé… D.. Deee M.. Mooonstrreees… N.. Nooon…

Les échanges se terminaient souvent de la même façon, mais il se devait de ne pas broncher lorsqu’il était en publique. Bien qu’il ne semblait pas appartenir à la plus haute gamme de la société, il lui restait au moins ce bon sens : Se parler soi-même à voix haute n’amenait jamais rien de bon. Les jours passaient et les jours passaient, faisant de nouvelles connaissances de temps à autres, se liant avec certains plus que d’autres, il avait au moins le sentiment d’être plus confortable dans une famille qui tentait de le comprendre jours après jours.

-Je sais comment nous sommes morts et pourquoi nous sommes ici.

-T… T… Taaais-toooi… T… Tuuu neee S… Saaais r.. Rieeen D.. Dee touut Ç… Çaaa.

-Je te montrerai lorsque tu rêveras, en guise de bonne volonté. Il faudra que tu démêles toi-même par-contre, je ne ferai pas tout le travail à ta place.

Une fois de plus, il ne savait plus quoi répondre alors que ce qu’il considérait comme son pire ennemi voulait lui donner des réponses qu’il cherchait depuis tellement longtemps. La proposition était envoûtante et le désir était bel et bien présent. Comment refuser une telle offre… Et puis… Comment pouvait-il s’empêcher d’aller méditer, dormir, ou peu importe le mot?

Ses nuits étaient belles et bien remplies, « Le Mal » tenait sa promesse et lui montrait des choses auxquelles jamais il n’aurait cru avoir accès, dépité de ses recherches d’auparavant. Tout allait pour le mieux et il en profitait pour aller se reposer plus souvent qu’à l’habitude, bien que le besoin de se reposer ne se faisait pas sentir, celui de savoir et de voir des images de son passé l’absorbait. Les images étaient bien vides de significations, mais il ne s’en lassait jamais. On ne se lasse jamais d’une histoire qui parle de notre propre épopée et chaque soit il tentait de déchiffrer chacune des images et de les mettre en ordre. Le rêve le transportait à un tel point qu’il se réveillait ailleurs, rien de plus normal lorsque l’on revit des scènes de son propre passé… Jusqu’à ce que son frère Zxi vienne lui en parler un soir où il se réveilla. Il semblait qu’il n’était plus lui-même lors de ses nuits, qu’il changeait du blanc au noir… Que « Le Mal » s’emparait de lui.

Désemparé d’apprendre la nouvelle, plus affolé que jamais d’avoir donné un peu plus de corde à son adversaire, un jour il se doutait bien qu’il finirait par avoir assez de corde pour se pendre. D’avoir été dupé si facilement était impardonnable. Il fallait redoubler d’ardeur et s’entourer de personnes qui savaient dire les bons mots. Zxi restait son plus grand allier lors de ce combat, cette lutte interminable. Pour le moment, il n’avait qu’une seule option pour ne plus donner le moindre lousse à « Le Mal » : Ne plus jamais se reposer d’une quelconque façon.


La peur fait connaître beaucoup de phénomènes, mais rarement le succès.
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Xul'Thris, Mortanyss

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MessageSujet: Re: Historique Xul'Thris   Lun 25 Aoû - 23:56

-Tu l’as entendu, hum ? Elle a dit que tu devais m’accepter plutôt que de buter contre moi toute ta vie. Ça te détruit et tu le sais.

-J.. J… Jeee N.. Nee vaaais J… Jaamaaais T… T’aaacceeepteeer. J… Jee vaaais F… Faaaire U.. Uun grrraaand S… Saaaut… S.. Saaauteeer U… Uuun rrraaaviiin… P… Pouur M… Meee dééébaaraasseeer… D… Deee toooi.

Le vieux Squelette avait fait comme il l’avait prévu. Il ne s’était jamais reposé depuis les manigances de son propre subconscient, mais il en subissait les conséquences. Son corps fétiche tremblait fréquemment et il ressentait un froid… un vide intense. Il se vidait de ses forces peu à peu, ce qui n’améliorait pas son cas. Sautes d’humeur facile, une attitude qui tournait au vinaigre, le squelette semblait devenir plus fréquemment ce qu’il tentait lui-même d’expulser de lui. Prit de nausées et de malaises de plus en plus fréquents, il avait été demandé l’aide de l’une de ses confidentes : Zalhaxa. L’entretiens l’avait laissé bouche-bée, à la limite de l’état de choc suite aux révélations que lui avait faites sa sœur. Le cas ne s’était pas arrangé, mais la discussion s’était terminée sur une note bien particulière. Le squelette semblait avoir comprit ce qu’il voulait entendre, en dépit des autres conseils qu’elle lui avait donné.

-J… J… Jeee V… Vaaais Ch… Chaaangeeer, S.. Soeeeur. T.. Tuuu veeerraaas… J… Jeee vaaais Ch.. Chaaangeeer pouuur L.. Leee mieeeux… J… jeee tee leee Prr… prrooomeeet.

Bien de belles paroles, mais bien trop peu d’actions se faisaient. Le squelette avait des idées derrière la tête, mais rien ne semblait y faire. Il restait le même en publique et il n’avait pas arrêté ses mauvaises habitudes : Encore moins celle de ne jamais se reposer.

-De bien belles promesses que j’ai entendu, mais je n’y vois que du feu. Tu crois pouvoir changer ?

-B… Bieeen.. S.. S..

-Tu crois pouvoir être autre chose qu’un couard ou qu’un bon à rien ? Tu te moques de moi ?

-J… Jeee P… Peeeux Ch… Chaangeer… J.. Jee lee S…

-Alors prouves-le. Montres moi que tu peux changer. Je parierais tout pour dire que tu es incapable de devenir quelqu’un de plus… Enfin, quelqu’un. Sans moi, tu ne le pourras jamais, tu le sais ça ?

-J… J… Jeee n… N’aaai P… Paaas beeesoiin… D.. Deee T… Toooi… J… Jeee tee D.. Déééteeeeste.

-Comment toi tu peux me dire ça? Toi qui te plaignais constamment d’être rejeté il y a fort longtemps, toi qui crains le rejet, tu oses me rejeter alors que je te tend la main ? J’ai toujours été là pour toi, j’ai toujours été avec toi, même quand tu te sentais seul, j’étais là. Je te connais, je nous connais, je me connais…

-F.. Feeerme-laaa !

-Pardon ?

-T… T… Taaaît toooi… TAAAÎT TOOOI ! J… J… Jeee nee.. V… Veeeux Pl.. Pluus T.. T’eeenteeendre… J.. Jeee nee V… Veeeux Pl.. Pluus… Pl.. Pluus jaaamaaais T.. T’eeenteendrrre… T… Toooi eeet T… Taaa laaangue S… Saaale !

-Alors qu’est-ce que tu attends pour te débarrasser de moi comme tu l’entendais au tout début ?

-R.. R.. Rieeen !

-Donc en fait tu m’aimes bien puisque tu ne veux pas te débarrasser de moi ?

-N… N… Nnnon !

-Tu parles seul depuis tout à l’heure, tu t’en rends comtes ?

Toutes les fois c’était le même refrain. Sa propre conscience finissait toujours par le mettre dans une situation embarrassante qui mettait fin aux paroles. Sous toute réserve, le vieux squelette à l’attitude enfantine se gardait bien de ne pas commencer de telles hostilités devant ses frères et sœurs depuis qu’il s’était fait avoir à plusieurs reprises.

Pourquoi le poussait-il à se débarrasser de lui ? Pourquoi insistait-il sur l’incapacité du squelette à se battre jusqu’à la fin avec son pire ennemi ? Il se devait d’agir au plus vite. Il se devait de franchir ce ravin qu’il s’imposait lui même et se débarrasser une bonne fois pour toute de ce mal qui le rongeait de l’intérieur depuis tellement longtemps.

-J… J… Jee nee P.. Peeeux Pl… Pluuus… L.. Leee seeentiiir. Iiil appaaartieeendraaa ààà mooon paaasséééé… J… Jeee n’aaai P… Paaas beeesoiiin dee L.. Luii… T.. Touut cooommee.. M.. Mooon paaassééé. Ceees R.. Rééépooonseees… L.. Laaa faaamiiilleee.. P… Peeeut meee L.. Leees dooonneeeer… La luumiièèère D.. Duuu P.. Pèèère… V… Vaaezxaaa… M… Meee guiideraaa.. D.. Daans leees téénèèèbrres… E.. Eeet jeee chaaangeeraaai… P… Pouuur L.. Leee mieeeux… S… Saaans L.. Leee Maaaal… S… Saaans L.. Leee Maaal…


L'homme est entraîné par son esprit à des souffrances qui sont bien au dessus de sa condition.
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MessageSujet: Re: Historique Xul'Thris   Mer 3 Sep - 20:39

« Pour ma part, je peux connaître l’éternité sur les lèvres d’Ame et aussi dans ses yeux… »

Vagues souvenirs de paroles qui l’avaient marquées, troublées et même agacées, vagues souvenirs des mots que disaient son frère Xhilyan’ntru alors qu’ils parlaient d’éternité.

Errant depuis ce temps le pas traînant, rongé par ces mots en sachant pertinemment que lui ne pourrait jamais goûter ce plaisir vu son état squelettique, il broyait, concassait et buvait du noir à en plus finir. Vile poison qu’est la jalousie, celle qui détruit rapidement ce que d’autres sentiments créent avec tant de labeurs. Hélas, l’homme est souvent entraîné à prendre le chemin le plus court plutôt que le plus long, plus porté à détruire que de créer.

Le mal, le mal… Cette idée obsessionnelle qui lui tenait lourdement le cœur était toujours bien présente. Cette fois-ci par-contre, il était loin de pouvoir rejeter ces sentiments honteux au creux des mains d’un autre, bien certain que ceux-ci venaient bel et bien de lui et de sa propre volonté.

« Je peux t’aider à obtenir cette éternité, tu le sais. »

Il restait silencieux dans son coin et observait, observait et contemplait de ses yeux avides. Pianotant de ses mains comme toujours en ne sachant pas quoi faire de celles-ci alors que le désir d’étreindre et de toucher se faisait de plus en plus sentir. L’instinct, le désir, le vice. La présence de plus en plus de mortels ne rendait pas la tâche plus aisée. Toutes les femmes d’une beauté exceptionnelle qui passaient dans les rues de la morte ou qui passaient du temps près du feu avaient droit à ce regard obsessionnel et constant. Tremblant et plus mal à l’aise que jamais, il restait que le filet mignon de cette histoire restait cette dénommée Ame dont lui avait parlé son frère ; Celle qui détenait le secret de l’éternité au bout de ses lèvres et au plus profond de ses yeux.

« Il ne t’en voudra pas, tu n’as qu’à l’embrasser toi aussi. Il comprendra que tu ne voulais que connaître l’éternité à ton tour. Ça se partage, en famille. »

Toujours résistant à l’appel de cet instinct profond et tellement plus simple, bien que ses idées tordues avaient quelque chose d’amèrement dégoûtant. Quelque chose au plus profond de lui parvenait à lui dire que c’était inacceptable et que jamais son frère n’accepterait qu’il en fasse ainsi. Laissé à lui-même avec son désirs absolu, il ne lui restait qu’un espoir vain d’un jour pouvoir connaître un tel désir charnel bien au-delà de toute attente pour un squelette. Rien n’est plus désespérant que de ne pas trouver une nouvelle raison d’espérer.

« Si ça ne vient pas de toi, ça viendra peut-être d’elles. Tu n’as qu’à leur donner de quoi leur faire plaisir, peut-être te donneront-elles ce à quoi tu rêves depuis le début des temps. Personne ne pourrait dire que tu es un fautif si ça vient d’elles non ? »

Brillant… Brillant et pourtant toujours aussi vicieux dans ses propos, il ne pouvait résister à de telles paroles, n’y voyant clairement que du bien. L’idée était bonne, mais l’intention restait toujours aussi décadente et humiliante. Ces idées étaient loin d’être communes chez ses frères et sœurs. Si Xhil le faisait, pourquoi n’y aurait-il pas le droit lui aussi ? Un idole d’une époque sombre et depuis trop longtemps oubliée était parvenu à mettre une flamme à son obsession, il ne pourrait pas lui en vouloir désormais de tout mettre en œuvre pour atteindre ses buts. Il devrait même l’encourager à poursuivre des objectifs, l’esprit familial était ainsi voué n’est-ce pas ?

Il faisait des allées et des retours dans les environs pour aller chercher des présents des plus charmants et des plus innocents. Les choses les plus belles et les plus inoffensives qu’il trouverait à lui donner alternaient bien souvent entre des fleurs et des coquillages. Le jour vînt où il eut assez de courage pour donner des fleurs d’un rouge plutôt sombre à la Nargolith qui côtoyait souvent le vampire. Un léger remerciement, quelques regards et quelques mots tout au plus. La tentative était désespérée et vouée à un échec sans précédent.

« Non, tu es maladroit. Tu n’y parviendras jamais de cette façon. Tu as l’air du plus grand crétin du monde avec ces bégaiements. Mets-y plus de cœur, plus d’âme pour cette Ame… »

« J… J… Jeee…. Jeee N… N’yy aaarrriiiveeraaai… J… Jaaamaaais… C… C’eeest iiinuuutiiile… »

« On croirait entendre un mioche. Rien de plus normal avec cette attitude »

Malgré tous les regards qu’il apportait sans cesse à celle-ci, il lui semblait inutile de recevoir ses grâces. Il devait se résoudre à l’abandon : Comment avait-il pu penser qu’elle le préférerait à quelqu’un qui possédait tous les atouts requis pour plaire à une dame ? L’amour nécrosé n’avait pas sa place dans ce monde, il y avait tout de même une limite à la démence.

Plus morfondu que jamais dans ses pensées à l’idée qu’il ne pourrait jamais savourer l’éternité comme son frère le faisait avec autant d’aisance, il restait distant, fragile et le fait qu’il n’eut connu de repos depuis ne facilitait pas la tâche. D’une humeur très alternante, il tentait malgré tout de rester le même devant ses frères et ses sœurs, s’abandonnant à ses idées sombres et saugrenues une fois que la solitude venait frapper au seuil de sa porte pour lui rendre visite, amenant avec elle l’ennui et ses multitudes de compagnons.

[…]

Tout avait changé depuis les derniers temps. Il ne pourrait pas effacer de sa mémoire cette image persistante et malgré tout bien à la hauteur de ses désirs : Sa sœur Kaz’Xira, nue comme un vers maintenant qu’elle avait retrouvé tous ses atouts. Malaises, position inconfortable à l’idée d’une image qui revenait si souvent dans sa tête et mécontentement profond de sa réaction devant elle. Que penseraient-ils tous si jamais ils savaient qu’en réalité, elle faisait objet d’une obsession depuis cette nuit ? Elle avait de quoi lui redonner de l’espoir, mais elle restait néanmoins sa sœur.

« Ce n’est qu’un détail. Ce n’est pas important. Laisses-moi faire et tu verras que tout se passera bien. Tu auras ce que tu veux. »

Bien que réticent à l’idée de laisser son instinct prendre place dans cette histoire, il suivit les quelques directives qu’il lui donnait jusqu’à pouvoir poser une question plutôt banale qui semblait le tracasser depuis déjà longtemps.

« P… P… Pouurraaaai-jeee… T.. T… Touuucheeer… T… Tooon V… Vvviiisaaaage… S… Soeeeur ? »

Bien que sa mémoire lui faisait défaut, il se souvenait clairement qu’elle le lui avait autorisé et qu’elle lui avait dit qu’il pouvait toucher son corps en entier s’il le désirait puisqu’il n’était qu’un accessoire. Préférant attendre à un moment plus propice, toujours aussi mal à l’aise avec l’idée de pouvoir toucher toute cette beauté, il reçu une délicate étreinte et c’est à ce moment qu’il cru rêver. Son corps molasse cessa de lui obéir, n’ayant que vaguement conscience de ce qu’il faisait. Agissant instinctivement et disant des mots qui pourtant jamais il n’aurait cru pouvoir dire.

« … Ce sera toujours un plaisir de vous revoir, chère Dame de cœur… »

C’est plus tard qu’il sembla se réveiller, maintenant un peu plus loin et en d’autre compagnie. Perdre ainsi le fil, c’était loin d’être la première fois que ça lui arrivait. Il avait finit par se mêler de cette histoire… Le Mal… Comment pouvait-il lui en vouloir là-dessus alors qu’il semblait tout faire pour le mener vers l’objet de ses plus profonds désirs ? S’abandonner à son instinct lorsqu’il était question de désirs et d’envie devenait de plus en plus alléchant, lui qui ne possédait pas autant de vocabulaire ni la même prestance.

Le moment viendrait où il lui demanderait finalement ce qu’il désirait avec tant d’ardeur. Ce jour là il n’aurait pas besoin de cet Instinct, ce serait comme de regarder un spectacle d’une sublime splendeur sans en prendre part ni mérite alors que l’idée venait originairement de lui. Mais ce soir là vînt plus vite que ce à quoi il s’attendait. L’occasion ne se présenterait peut-être pas de nouveau, c’était le temps de lui faire un aveu et d’espérer en tirer le mieux qu’il pourrait.

Il parvînt sans problème à l’accompagner dans un endroit isolé, là où se trouvait le quai désert de Mortancia, bien à l’abris des regards indiscrets de ses frères et sœurs. Plus mal à l’aise que jamais, il lui fît don des plus beaux présents qu’il avait amassé pour elle et se dirigea lentement vers le sujet en tournant autours du pot. Il finit par cracher le morceau, incapable d’attendre plus longtemps dans une posture inconfortable, bien qu’il était plus tenté que jamais de se lever d’un bond et de fuir loin, plus loin que jamais.

« F… F.. Frrrèèère X.. Xhiiil… D… Diiit qu’iiil peeeut C… Coonnaaaîîîtrre L… L’éééteerniiitéé… S… Suuur L… Leees lèèèvrreees D… D’Aaaaame… S… Soeeeur… J… J’aaaimeeeraais… Qu… Queee tuu Puiiisseees… M… Meee faaaire C… Coonnaaaîîîtrrre C.. Ceetteee É… Ééteerniiitéé… »

La révélation ne semblait pas du tout être ce à quoi elle s’attendait. Elle parut longtemps hésitante tout en réfléchissant sur le sujet, plongeant le squelette dans une honte sans pareille. Il se serait volontiers pendu au bord du quai à ce moment précis pour ne pas avoir à subir ces longues minutes de silence qui passaient comme des heures. Elle tenta par mainte reprises de trouver une alternative convenable, mais rien ne pu satisfaire véritablement les envies du squelette.

« Faisons un marché… Lorsque le Père te redonnera ta peau, je te ferai connaître l’éternité autant de fois que tu le voudras, d’accord? »

Il sentait son corps bouillir tellement il était honteux. Un mélange de rage et de malaise faisait surface. Il crispait les poings, perdant peu à peu le contrôle de lui au dépend de son instinct. Il y avait longtemps maintenant qu’il avait perdu l’espoir de recevoir sa chair. Il avait vu tellement de ses frères la recevoir sans que lui qui la désirait plus que tout ne puisse en avoir la moindre parcelle. Les souvenirs d’une époque où il cousait sa peau pour ne pas qu’elle tombe refaisait surface. Elle finit par le délivrer du calvaire de par la force des mots.

« Bien… Je le ferai à une condition. Tu viendras t’asseoir avec nous à l’air du feu, sur les chaises plutôt que de rester dans les escaliers. Ça te va? »

Incapable de refuser une telle offre bien qu’il était d’une autre part dégoûté à l’idée d’aller prendre place sur de tels œuvres macabres. Il fallait croire que le désir dépassait et de loin les valeurs. Sa sœur finit par dégager son visage de ses cheveux d’ébène, s’approchant du squelette délicatement alors que lui plongeait lentement dans une rêverie.

Elle porta un doigt sous sa mâchoire déjà bouchée-bée pour la refermer et posa son autre main contre celle du squelette. Il tremblait de par ce simple moment auquel il avait rêvé depuis si longtemps. Son corps redevenait lentement molasse de nouveau, perdant peu à peu le sens de la réalité alors qu’elle venait poser ses lèvres contre sa mâchoire dans un geste doux et délicat. De quoi le faire fondre. Il s’abandonnait lentement, mais sûrement à sa rêverie, profitant de l’occasion et goûtant ce que son frère lui avait désigné comme Éternel. Savourant jusqu’à la dernière goutte ce doux moment se rapprochant de l’apogée de l’inceste, il n’arrêta que lorsqu’elle retira doucement ses lèvres.

Encore, encore il voyait la scène, mais était incapable d’y participer. Prit d’une rêverie profonde, il imaginait tout ce qui se passait alors qu’il se voyait agir sans vraiment s’imposer. Il se voyait de loin, admirant pour une rare fois les yeux d’un vert émeraude de sa sœur. Elle vînt doucement lui murmurer à l’oreille.

« As-tu goûté l’éternité? »

Il lui fit savoir que c’était sans doute le plus beau moment de toute son existence avant de lui reposer une question.

« Aurai-je la chance d’avoir un tel privilège dans un avenir proche? »

Elle prit un moment pour y réfléchir, mordillant ses lèvres.

« Peut-être, qui sait? »

Satisfait d’une telle réponse, déjà que son humeur était plus joviale que jamais, il la regarda partir lentement avant de tourner le dos et d’observer les vagues se fracasser contre la pierre de nouveau. Il ajouta quelques mots à son intention avant qu’elle ne le quitte pour de bon pour aller rejoindre les autres.

« Je t’aime, sœur. Merci encore pour ce privilège inestimable »

Je t’aime… Le mot était-il bien choisit dans une pareille situation? Il ne se posait pas la question. Il ne se contentait que de savourer et de repasser le plus beau moment de toute son existence inlassablement dans sa tête. L’envie, le désir, l’instinct : Comment tourner le dos à de telles extases après y avoir goûté une fois? Bien que Le mal s’adonnait parfaitement à ce genre de choses, il ne pouvait s’empêcher d’y trouver goût et d’y rêver encore et encore. De plus en plus invitant, de plus en plus présent… Cette forme sombre qui se dessinait derrière lui et qui tirait les ficelles de son pantin avait trouvé là la faille parfaite et les lèvres de sa sœur en était la clef.


Mieux vaut souffrir d'avoir aimé plutôt que de souffrir de n'avoir jamais aimé.
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Xul'Thris, Mortanyss

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MessageSujet: Re: Historique Xul'Thris   Lun 8 Sep - 17:54

« Siii jeee neee peeeux paaas t’aaaideeer àà soortiiir de taaa cooolèèère, alooors jeee t’yyy accooompaaagneeeraaaai. »

Balançant un énorme coup de pied contre le banc aux allures macabres qu’il répugnait depuis longtemps, le coup suffit à le faire voleter un peu plus loin, l’abîmant légèrement et l’éloignant suffisamment pour céder le passage au squelette submergé d’une profonde haine, d’un profond dégoût face à sa propre incapacité à aider ceux qui lui étaient chers lorsque le moment s’y présentait. À ce moment, il n’avait plus rien du squelette au dos courbé qui bégayait. Avançant d’un pas lourd et assuré, ne se fiant qu’à la colère et la haine qui le submergeait pour guider ses pas jusqu’à l’endroit où celle qui l’avait mit dans cet état lui avait donné son premier baisé. Le port était plutôt calme et vide, il ne fit que quelques pas avant de s’écrouler au sol et de déferler sa rage sur tout ce qui passait près de lui, vivant ou non.

Il frappa, frappa et frappa contre le bois tout en grognant et en étouffant des cris de rage et des sanglots qu’il ne pouvait exprimer. Une véritable bête s’était emparée de lui et laissait sortir toute la rage accumulée depuis toutes ces années où il avait vécu et caché cette haine profonde aux yeux de tous. À trop enfermer ses mœurs, on finit par exploser avec ceux-ci.

Il déferla cette violence inhumaine jusqu’à ce qu’il n’ait plus la moindre énergie pour pouvoir continuer. C’est à ce moment qu’il reprit conscience de ce qu’il faisait, observant un peu partout autours de lui et en se recroquevillant sur lui-même dans son coin en constatant tous les dégâts qu’il avait infligé à l’endroit qui tantôt était tellement paisible et serein. Un craquement suffit à lui faire émettre un cri de douleur plus fort que lui alors qu’il prenait appui contre sa main droite. Il prit enfin conscience que les dégâts causés par son excès de rage n’étaient pas seulement autours de lui. C’est cette même rage dévastatrice qui avait suffit à lui briser le poignet à force de frapper et de frapper comme un déchaîné sans conscience morale. Il subissait désormais les répercussions de ses actes, chose tout à fait normal…

Pour quelqu’un qui aurait commis ces actes tout en étant conscient de ce qu’il faisait. Non, ça ne pouvait pas être lui. Comment est-ce qu’un squelette faible, lâche et incapable avait pu faire tant de mal autours de lui ? L’évidence même, le raisonnement le plus évident possible se révélait : Le Mal. Ça ne pouvait être que lui. Cette force qui se nourrissait de colère, de haine, de remords, de tristesse et de rage n’en était que plus forte : Une force qui pouvait maintenant sortir au grand jour alors que le squelette avait les yeux fermés et l’esprit embrouillé.

Ce n’était pas lui, il était évident que ce n’était pas lui et que tout le blâme devait se retrouver sur Le Mal qui avait prit cette situation bien en main à sa façon. Comment pouvait-on lui en vouloir si ce n’était pas réellement lui, mais Le Mal qui commettait tant d’actes répréhensibles ? Non… Non, loin de lui était l’idée de se soustraire de ses actes, mais il était pourtant bien certains qu’il ne s’agissait pas de lui, qu’il s’était encore une fois laissé emporté dans une rêverie et qu’il avait perdu conscience, observant vaguement ce qui se passait dans un coin reculé de son esprit tout en se concentrant sur des choses qui lui étaient plus plaisantes : Le silence, l’oublie, l’abandon. Si ce n’était pas tant cet excès de colère hors du commun qu’on devait lui reprocher, il se devait bien dans ce cas-ci de se reprocher quelque chose qui se rapprochait de l’évidence même, l’évidence même de son état lors de telles situations de crises lorsqu’une émotion forte s’emparait de lui ou qu’il se sentait incapable de soutenir autant de pression : La lâcheté. C’est de lâcheté qu’il devait s’accuser, ce qui avait à trait à la violence était le domaine de Le Mal, il n’en était pas du sien. Si c’était si facile…

[…]

Quelques temps étaient passés depuis cette fois où il avait littéralement éclaté de rage. Il gardait amèrement le résultat de son échec, son incapacité à résister à la tentation de Le Mal : Son poignet cassé. Il ne pouvait s’empêcher de penser, il ne pouvait s’empêcher de réfléchir aux impacts qu’auraient les actions qu’il avait fait cette soirée là et comment réagirait sa sœur. Sa chère sœur…

Kaz’Xira

Hantise profonde de ne pas savoir comment elle allait depuis la dernière fois qu’il l’avait croisé et qui avaient mené à cet irréversible échec.

Kaz’Xira

Peur incontrôlable de ne plus jamais pouvoir goûter à l’éternité sur ses lèvres après ce qui s’était produit. Il avait besoin de ce sentiment que seule elle avait pu lui apporter dès lors.

Kaz’Xira

L’objet d’une passion éternelle, celle qui de ses caresses étaient parvenu à lui donner un brin d’espoir dans un univers aux contours noirs mal dessinés et aux teintes de gris extravagant : Le gris, le gris moche, le gris triste, le gris solitaire, le gris maussade, le gris noir, le gris mort…

Il allait chercher réconfort auprès des gens qui lui restaient malgré que toutes ses pensées étaient rivées sur la Vampire. C’est sur l’épaule de sa sœur Zalhaxa qu’il trouvait le plus grand réconfort et qu’il était le plus calme, le plus reposé. C’est dans ses bras à elle qu’il pouvait s’enfuir d’un univers si laid qu’il en vomissait les couleurs. Non, on ne peut pas fuir ce monde si immonde, on ne le peut pas. Même en présence d’une famille en qui on peut parfaitement faire confiance, une famille qui nous répète depuis notre naissance, de millions de fois, qu’elle sera toujours là pour nous et qu’elle ne nous laissera jamais tomber. Même dans les bras de Zalhaxa ou sur son épaule, il ne pouvait s’empêcher de penser :

Kaz’Xira

[…]

Il la vit enfin. Enfin il la vit revenir alors qu’il n’attendait que son retour depuis si longtemps, assit sur un banc à se tourner les pouces et faire une discussion à laquelle il ne mettait pas réellement du cœur puisque son esprit voguait ailleurs. Il n’eut pas le force d’aller lui parler, non, il n’eut la force que de courber le front et le dos à son arrivée et d’attendre de voir comment elle se portait, comment elle se comportait. Elle ne semblait pas véritablement prendre conscience de ce qui s’était passé lors de leur dernière rencontre. Elle semblait avoir oubliée toute la violence qui s’était déchaînée, à moins qu’elle n’y eut pas assisté ?

Elle vînt prendre place auprès de lui doucement, sa seule présence suffisait à le rendre mal à l’aise. Il ne savait s’il devait s’attendre à des reproches ou s’il devait s’attendre à un autre traitement bien particulier, mais elle ne vînt que susurrer à son oreille quelques mots réconfortant, cherchant à savoir s’il allait bien.

« J… J… Jeee tee… D… Deemaaande P… Paaardooon… S… Soeeeeur… J… Jeee teee deemaaande… P… Paaardooon… O… Ouiii… »

Le tout semblait tout à fait légitime. Demander pardon après tout ce qu’il avait fait restait la meilleure solution. Mettre tout dans les mains d’une autre personne restait toujours la meilleure solution lorsqu’il devait prendre des initiatives. Elle ne parut pas comprendre où il voulait en venir.

« Et puis-je savoir en quoi devrais-tu être fautif ? »

C’était ce dont il se souvenait. Bien que les mots ne lui étaient pas exactes, il lui semblait maintenant évident qu’elle avait passé à autre chose, en dépit de lui qui était toujours fixé sur cette idée qu’il s’était lui-même fait d’avoir déplu à sa sœur bien-aimée. Après un certains moment, les deux s’éloignèrent de l’endroit pour trouver un endroit plus calme où ils pourraient discuter de ce qui tracassait à ce point le squelette : Quoi de mieux pour tourner le fer dans la plaie que de choisir l’endroit qui lui avait fait connaître l’extase une première fois, mais aussi la plus grande crise qu’il avait vécu ?

Ils attendirent d’être seul sur le petit quai du port de Mortancia pour commencer la discussion. Sa sœur avait un regard sévère, les bras croisés contre sa poitrine et présentait quelques signes d’impatience. Le Squelette croyait qu’ils pourraient s’asseoir au même endroit qu’où il avait reçu son premier baisé, mais il en fut autrement. Elle semblait bien décidée à en finir le plus rapidement possible, restant debout et attendant de lui des explications.

Le premier baiser… Rien qu’à y penser, l’idée l’obsédait. Il en avait besoin, il avait besoin de ce baisé pour se sentir bien présentement. Il aurait voulu la voir avancer vers lui et l’étreindre pour lui donner l’un de ces baisers comme l’on en voit qu’au théâtre et qui suffisent à donner du cœur à l’âme, à éteindre tous les doutes et à faire connaître une nouvelle fois toute la saveur de la vie : De l’éternité. Il ne pouvait tout de même pas y penser, pas avec les yeux sévères qu’elle lui faisait, des yeux qui suffisaient à briser le nuage qu’il s’était fait pour penser à quelque chose de plus heureux.

« J… J… Jeee T… Teee deeemaaande P… Paaardooon… J… Jee nee vouulaaais P… Paaas faaaire… U… Uuune crrrise… J… Jee nee vouulaais P… Paaas ééclaateeer aaainsiiii… J… J… Jeee tee deemaaande… P… Paaardooon… »

Elle resta un moment impassible à le regarder toujours du même air, lui qui maintenant fuyait son regard à tout prix.

« Pourtant, je n’ai jamais rien vu de tel, tu n’as absolument rien à te faire pardonner. »

« M… M… M… Maaais… C… Ceeettee M… Maaarrrque… J… Jeee n’aaai P… Paaas rêêêvéé… E… Eeellee N… N’eeest paaas aarriivééée… T… Touute S… Seeeeule… J… Jee… N… Nooon… P… Paardooonnes-moooi… M… Maaa soeeeur… P… Paardonneees-M… Mooooi… »

Il se mit à caresser doucement son poigner cassé de son autre main, ses genoux commençant à fléchir sous le poids de la situation. Elle l’observa pendant un moment, haussant un sourcil en posant son regard vers le poignet de toute évidence cassé.

« Qu’est-ce qui t’es arrivé ? »

« C… Ceee n’eest R… R… Rrrieeen… »

« Qu’est-ce qui t’es arrivé, Xul ? »

« C… C… Ceee n’eeest P… Paaas M… Moooi… C… C’eeest… C’eest L… Luii… Qu… Quii m’aaa F… Faaait Ç… Çaaa… C… C’eeest laa maarque D… Dee mooon éécheec… F… Faaace À… L… Luiii… »

« Cesse de tourner autour du pot et indiques moi ce qui s’est réellement passé. »

« J… J… Jeee neee V… Veeeux P… Paaas… Quee… Quee tuuu M… M’aaabaaandonnees… N… Nooon… J… Jee neee V… Veeeux P… Paaas… Jeeee… Jee nee lee S… Suppooorteeraaais paaaas… »

« Je croyais qu’en te montrant ce qu’est l’éternité, tu ne pouvais que te porter mieux. À première vue, je n’aurais semé que le contraire …. »
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Xul'Thris, Mortanyss

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MessageSujet: Re: Historique Xul'Thris   Lun 8 Sep - 17:55

Le squelette s’écroula sur ses genoux, incapable de supporter davantage de pression. Il baissa la tête et courba le dos de plus belle, ses tremblements devenaient de plus en plus évidents et de plus en plus présents. Sa voix se faisait plus fragile et plus faible que jamais. Cette vision sembla suffire à adoucir sa sœur qui prit un air compatissant, bien que confuse face à la situation présente. Elle s’approcha de lui pour poser ses bras sur ses épaules, son ton de voix devenant plus doux et plus réconfortant. C’est après un bon moment à échanger des mots qu’elle finit par lui faire relever la tête pour lui parler en face.

« Je ne pourrai jamais te laisser tomber. Il faudra bien plus pour qu’un jour, je délaisse l’un des miens. Je t’aime, comme un frère, et je refuse de le prononcer à voix haute, sachant ta timidité hors du commun. »

Elle se redressa en l’invitant à faire de même, ce que le squelette fit en hésitant, passant le revers de sa main intacte contre son visage pour en essuyer des larmes inexistantes. Elle lui fit une étreinte d’un geste doux alors que lui en profita pour passer sa main dans ses cheveux d’ébène bien délicatement. Quelques mots chuchotés qui suffisaient à attiser tant d’émotions et tant d’anxiété.

« M… M… Maaaais… J…. J’aaaai Be… Beeesoiiin D… Deee ceeet Am… Amouuur… J… J’aaai B… Beeesoiin D… Dee… »

« De…? »

Le squelette attendit un moment avant de sortir ses mots. Il mâchait ce qu’il allait dire et tournait cent fois sa langue dans sa bouche plutôt qu’une pour ne pas risquer à nouveau de tomber dans le gouffre des remords.

« J’aaaimeeraaais.. C… Coonnaaaîîîtrrree… L… L’éééteerniiitééé… E… Eeencooore U… Uuune foiiis. »

Sa sœur sembla prise de la même hésitation à la demande de son frère qui maintenant la regardait avec une lueur d’espoir. Comme si elle détenait le secret du bonheur sur le bout de ses lèvres.

« Je l’ai fait une première fois dans le but de te donner un cadeau et de te faire plaisir, pour calmer tes peines, tes espoirs, mais cette fois, je serai obligée de décliner ... »

L’air affolé, le squelette ne s’attendait visiblement pas à une telle réponse. Sa mâchoire s’ouvrit bêtement, il brassa la tête avant de s’indigner, sa voix empreinte d’une crainte sans pareille.

« N… Nooon… N… Nooon… P… Pouuurquooi? P… Pouurquoooi…? »

« Par-ce que c’est le genre de choses qui ne devraient pas se faire entre frères et sœurs. »

« M… M… Maaais… N… Nouuus l’aaavooons déééjaa F… Faaait Une… Uuune foiiis… »

« Je t’ai offert ce présent une fois, si je réitère, tu redemanderas, toujours et toujours. »

« N… N…. Noooon… Nooon… N… Neee meee F… Faaais P… Paaas çaaa… N… Nee meee faaais P… Paaaas çaaaa… »

Elle resta silencieuse, croyant de toute évidence qu’il valait mieux ne pas parler pour empirer la situation. Le squelette porta une main à son visage et crispa ses doigts contre celui-ci. Il serra sa mâchoire, prit d’une expression de colère qu’il connaissait bien, mais qu’il ne pouvait pas s’empêcher de ressentir à ce moment même. Le Mal est tellement alléchant.

« J… J… Jee neee suiis P… Paaas asseeez bieeen… C… C’eeest çaaaa? »

Elle roula les yeux en regardant vers le ciel, une exaspération bien visible dans ses yeux. Lorsqu’elle baissa son attention vers lui, son dos était bien droit, il la regardait droit dans les yeux et tremblait d’une rage sans égale, serrant la corde qui reliait deux billots de bois servant pour le quai.

« Paaaars »

« Qu… Quoi? »

« Paaaars, laaaisse-moooi traaanquiiillee… Jeee n’aaai paaas beeesoiiin deee teees caareesseees àà saaveeeur deee veeeniiin dee viipèèèère. Pars! »

On pouvait facilement lire la colère qui envahissait la femme à ce moment même. Rares étaient les moments où on pouvait voir celle-ci prise d’une telle rage. Elle s’en mordait les lèvres. Certains croient que la colère offre une certaine beauté à une femme. Dans le cas de celle-ci, la colère avait quelque chose de plus effrayant que de beau pour les rares fois où elle démontrait ouvertement un tel sentiment. Sans plus attendre, elle quitta l’endroit en bousculant le squelette, ne se faisant pas attendre pour remonter à la surface en le laissant tranquille comme il l’avait demandé.

Dès qu’elle fut partie il ne put s’empêcher de tomber à genoux, reprenant subitement conscience de ce qui se passait autours de lui. Le rêve… Encore… L’éloignement, la lâcheté… Il l’avait laissé sortir de nouveau et l’avait laissé mettre un beau bordel dans ses relations comme seul lui le pouvait. S’en était trop. Comment pouvait-on supporter une telle langue sale et comment pouvait-il avoir oublié les démarches qu’il avait entreprit pour s’en débarrasser? Il rampa lentement jusqu’à un billot de bois où il se recroquevilla contre lui-même, toujours sous le choc des émotions.

« C… Commeeent… O… Oooseees-tuuu… T…. Teee mêêêêleeer… D… Deee çaaa… P… Pouuurquoooi… A… A t’iiil F… Faalluuu quee… Queee tuu luii diiises… Ç… Çaaa? C… C’eest P… Peerduuu… C… C’eeest teermiiinéé… J… Jaamaaais Pl… Pluuus eeellee… N… Nee… V… Vouudrraaa… M… Meee vvvoiir… D… Déésooormaaais… J… Jaamaaais Pl… Pluuus… »

« Je n’ai fait que dire ce que tu pensais, hypocrite. Ne viens pas m’accuser de tant de mal, lâche. »

Il resta ainsi silencieux en ne sachant pas quoi répondre devant cette vérité absolue. Il resta là un bon moment, plus abattu sur lui-même que jamais. Il était là de corps, mais pas d’âme. Non, son âme cherchait bien loin, bien loin au-dessus de lui à trouver de la lumière pour sortir d’un tel cercle vicieux, se libérer de toutes ces émotions qui l’accablaient et qui pesaient trop lourd pour lui permettre de se hisser. Il finit par céder à la tentation après y avoir résisté depuis des semaines, plus rien ne servait de se battre désormais, plus rien. Il baissa la tête et se laissa rêver de son propre gré. Sa dernière méditation remontait à longtemps et la fatigue ne le rendait que plus vulnérable à tous ces événements. Il se laissa bercer dans la noirceur. Quelques jours avant il avait été le plus comblé des hommes, maintenant le plus malheureux. Il faut croire que pour être heureux jusqu’à un certain point, il faut avoir souffert jusqu’à ce même point…

[…]

« Tu voulais changer n’est-ce pas? »

« … »

« Éveilles-toi, c’est le temps de faire le plus grand choix de ta vie. Je te donne même tout ce qu’il te faut pour le faire »

Le squelette reprit lentement conscience en s’écroulant au sol. Il observa un bon moment autours de lui pour prendre bien conscience d’où il était. Des décors qu’il n’avait encore jamais vu, c’était loin d’être Mortancia et encore plus loin d’être rassurant. Il n’aurait pas dû… Il n’aurait pas dû se laisser un moment de répit dans ce combat acharné, il n’aurait pas dû donner les reines à Le Mal et lui permettre de l’amener dans un endroit totalement inconnu. Il s’attendait clairement à ce que quelque chose bondisse sur lui, que quelque chose le fracasse, le détruise littéralement…

Rien, rien de tout ça ne vînt à sa rencontre. Non, c’était silencieux et paisible, il était près d’une colline et c’est en se relevant qu’il remarqua plus précisément là où il voulait en venir. Il était au bord d’un ravin, d’un énorme gouffre qui séparait une autre lande un peu plus loin.

« Tu as dit que tu voulais faire un grand saut dans l’avenir pour te débarrasser de moi. C’est ta chance, je te donne la chance d’enfin te débarrasser de moi puisque à vrai dire, j’en ai assez d’être avec un raté. Sautes de l’autre côté et je partirai à tout jamais. »

Le squelette recommença à trembler en évaluant la distance qui le séparait de l’autre côté, mais aussi en évaluant la profondeur du ravin auquel il faisait face. Aucun homme ne pourrait jamais sauter une telle distance, aucun homme ne pourrait même penser s’en sortir indemne. De la pure folie, de la démence, du suicide.

« N… N…Nooon… J… Jee neee P… Peeeux paaas S… Saaauteeer… J… Jee nee peeux P… Paaas faaire U… Uuun teeel S… Saaaut… C… C’eeest iiimpoossiiiible… I… Iiimpossiiible… »

« Je me doutais bien que tu répondrais ainsi, espèce de lâche. Tu dis que tu veux changer et tu ne fais absolument rien pour régler tes problèmes. Tu attends toujours que les autres fassent des démarches pour toi plutôt que de prendre des initiatives. Tu es une risée. Tu es un détritus de la famille puisque tu gruges sans ne jamais rien donner en retour – puisque tu en es incapable – et tu refuses de faire un homme de toi. C’est le temps de changer, si tu ne le fais pas maintenant, tu ne le feras jamais. Débarrasses-toi de moi une bonne fois pour toute, lâche! »

« A… A… Aaarrêêêêtes… T… Tuuu saaais Qu… Quee jeee nee… P… Peeux P… Paaas… A… Aaarrêêêêtes… »

« Lâches lâches lâches! Tu es le seul à t’imposer de telles barrières! De toute façon, tu n’as plus rien à perdre maintenant. Tu n’as plus rien à perdre. »

« J… J… Jeee n’aaai… Pl… Pluuus R… Rieeen… Pluuus rieeen àééé Àà peeerdrrre… »

« Sauf moi »

« S… Saaauf tooooi… »

Le squelette resta ainsi pendant un long moment à contempler le ravin, plus perdu que jamais. Des centaines d’idées lui traversaient l’esprit et ne demandaient qu’à être écoutées, mais aucune ne semblait détenir la raison. Le tout pour le tout… Il avait raison, il n’avait décidément plus rien à perdre excepté Le Mal aujourd’hui. Personne ne lui avait dit que ce serait facile…

Il prit son élan, un absence d’esprit, il concentra son attention vers l’autre côté du ravin. Fixer ses objectifs, toujours. Il le pouvait, il y croyait, il avait foi. Il ne pensait plus, il ne réfléchissait plus, il agissait instinctivement, ce qui ne lui était pas habituel. Il sauta loin… loin… Très loin.

Personne ne lui avait dit que ce serait facile, mais tout le monde lui avait dit qu’ils seraient là pour l’aider à l’affronter. Hors, ils n’étaient pas présents à ce moment crucial où il avait besoin d’aide. Personne n’avait été là pour lui dire que ce saut était impossible, même pour quelqu’un qui avait passé sa vie à s’entraîner à cet effet. Il était seul, accompagné d’un vice qu’il nourrissait à chaque instant sans même le savoir.

Il n’eut même pas la chance de frôler le sol de ses pieds, non, ce destin ne lui était pas réservé. Le destin préférait et de loin la cruauté, ou encore ce qu’on nomme de nos jours la raison. Il chuta dans ce gouffre comme il en avait tant l’habitude, mais cette fois-ci c’était son corps qui en subirait les conséquences, littéralement. Le saut qu’il avait fait n’avait rien d’un saut vers la gloire. Non, sa vie ne connaissait pas la gloire et ne la connaîtrait probablement jamais. Une vie d’échecs accumulés, toujours et encore en une immense masse bien pesante, une masse qui à ce jour ne l’avait jamais entraîné à une telle vitesse vers le fond du gouffre. Ce n’était pas dans le but de se débarrasser de Le Mal qu’il avait sauté cette journée là, ni même pour la famille : C’est par orgueil et pour au moins une fois connaître une fois dans sa vie la gloire. La gloire est le soleil des morts, dit-on. C’est dans un pesant silence qu’il vînt s’écraser au fond du gouffre, ses os se brisant sous l’impact du choc jusqu’à ne laisser qu’une vieille carcasse qui eut tôt fait d’attirer les charognards de toute sorte. Il avait raison : Il était voué à n’être qu’un déchet tout au long de sa vie, et même après.


Qui ne peut supporter le mal ne vivra pas pour voir le bien.
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Xul'Thris, Mortanyss

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MessageSujet: Re: Historique Xul'Thris   Mar 16 Sep - 21:43

« Oh, justement. Je dois me débarrasser de ça. J’ignore ce que ça fait dans mon sac, mais je t’en fais cadeau si tu veux bien. »

L’homme tendit une fleur vers Zalhaxa, un léger sourire en coin plutôt douteux. Le fait qu’il semble vouloir s’en débarrasser ne plaisait pas à sa sœur qui ne se considérait pas comme un dépotoir, mais elle la prit tout de même et la déposa à l’intérieur de son long manteau habituel.

C’était il y a quelques jours… Déjà.

[…]

Il fait beau. J’observe l’endroit qui m’est tellement familier encore une fois. Je suis à la salle de repos et je me sens bien, je me sens transporté par le vent. Je me sens légèrement flotter comme si j’étais sur un nuage. Je me sens calme, je me sens rassuré. Les choses autours de moi vont tellement vite, le soleil fait rapidement place à la lune et vice-versa. Même la pluie est belle, même la pluie… Mes frères et sœurs sont toujours présents, ils bougent et j’ai parfois l’impression qu’ils me regardent et qu’ils me voient. Je ne distingue pas ce qu’ils disent, mais c’est probablement beau aussi. Le vent souffle contre moi de nouveau ; Je me sens bien. Je me sens finalement bien.

Je vois l’endroit où j’ai vécu évoluer rapidement. Les jeunes frères se font de plus en plus présents et je ne peux que m’en réjouir. Je vois les plus vieux prendre soin des plus jeunes, je vois les plus jeunes prendre soin des plus vieux. La vie familiale est plus parfaite encore que jamais je ne l’aurais imaginé. Ils sont tellement heureux désormais, tellement heureux oui. Elle est heureuse elle aussi. Elle est finalement heureuse, elle a trouvé son bonheur. J’admire son sourire en silence par-ce que je sais qu’elle ne me voit pas, qu’elle ne me voit plus. Même son dos est beau. Kaz’Xira est parfaite. Si seulement je pouvais à nouveau passer mes mains dans ses cheveux doucement, si seulement je le pouvais. Je dois laisser les choses passer, je ne pourrai plus jamais le faire. Je sais que je n’appartiens plus à ce monde, je le sais très bien. Je reconnais mon échec, mais pourtant je me sens calme. J’espère qu’elle m’a pardonné, j’espère de tout cœur que son magnifique sourire ne cache pas une rancœur inimaginable, je le souhaite de tout cœur. Ce que je vois est magnifique, j’imagine que c’est ce qui nous attend après avoir trépassé de nouveau. Je rêve. Je rêve et je m’y plaît. Je me sens tellement bien loin de toute cette source de problème, je me sens tellement bien… L’épaule de Zalhaxa est tellement réconfortante. Je me plais à me perdre dans son cou et à caresser sa main. Je réfléchis… Elle me comprend et elle me dit qu’elle restera toujours avec moi. Je fais mine de la croire, même si je sais que ce n’est qu’un rêve. Je l’aime, ma sœur. Elle disparaît lentement, mon rêve s’épanouit. Je n’ai pas le temps de lui dire que je l’aime. Ce sera pour un prochain rêve… Un prochain rêve oui. Je l’aime…


[…]

Il avait changé. Il avait définitivement changé depuis la dernière fois qu’il fut aperçu, notamment par sa sœur Kaz’Xira. Même son corps avait changé. Le squelette avait laissé place à la figure sombre et spectrale d’un homme dans la quarantaine au regard froid et sévère, son visage très maigre à la limite du squelettique raffermissant ses traits. Le contour des yeux noircis par un maquillage qui refusait de partir, les lèvres déchirées, il n’avait rien de plaisant à regarder, c’était bien la dernière personne en qui quelqu’un de normal aurait fait confiance. Il n’avait plus rien de ce qu’il était autrefois. Il se tenait le dos bien droit, fixait les gens dans les yeux jusqu’à un point où ça en devenait clairement de la provocation, ses bégaiements avaient complètement disparus pour laisser place à un vocabulaire riche souvent dit sur un ton hautain. L’orgueil bien en évidence, tout à fait le contraire du pauvre squelette, il ne lui restait pratiquement que quelques petits détails pouvant le faire reconnaître : Ses mains étaient toujours trouées en leur centre et il portait le même bâton et le même sac à son épaule que le squelette disparu.

Arrogant jusqu’au bout, il tenait des propos plutôt crus envers ses frères, tâchant de toujours donner des sous-entendus ou des double-sens à chacune de ses phrases. Sa compagnie devenait désagréable tellement il était orgueilleux et arrogant. Certains de ses frères partaient en le voyant arriver, d’autres restaient et ignoraient tout simplement ce qu’il disait. Malgré tout l’orgueil dont il pouvait faire preuve, il restait incapable de complètement cacher l’une de ses faiblesses. Ses jambes étaient visiblement très molles, fléchissant au moindre pas qu’il faisait, il devait continuellement se tenir contre son bâton pour ne pas chuter sous son propre poids. Certains auraient pu présumer que sa tête avait tellement enflé depuis que ses jambes ne supportaient plus son poids, d’autres voyaient clairement un nouvel handicap bien qu’ils n’en faisaient pas mention. Il démontrait aussi une allure beaucoup plus violente, autant physique que mentale. La moindre remarque suffisait à lui faire serrer les dents et crisper les poings. Il avait changé « Pour le mieux », comme lui avait conseillé sa sœur Zalhaxa envers qui il démontrait toujours énormément de respect.

Sœur à laquelle il avait odieusement menti récemment, lui affirmant qu’il avait parlé à Kaz’Xira et que tout était réglé depuis. Non, ce qui germait lentement en lui était de la haine et non du pardon ou encore moins de la compréhension pour la vampire. En mentant ainsi, il croyait se débarrasser de nombreuses questions auxquelles il ne tenait pas particulièrement à répondre. Elle n’avait pas besoin de savoir ce qui s’était passé entre lui et Kaz’Xira, personne n’avait besoin de le savoir. Il restait distant avec elle, il l’observait de loin, détaillant son corps avec énormément d’attention bien qu’elle lui tournait souvent le dos. Même si elle ne le regardait plus, lui ne l’avait pas quitté des yeux. Non, lui ne l’avait pas quitté une seconde des yeux. Il léchait ses lèvres déchirées à sa simple vue, se régalant d’un tel spectacle, pris d’une obsession incestueuse qui jusqu’à maintenant ne lui avait décidément rien apporté de bon. Ce mensonge pour sa sœur Zalhaxa… Il était loin de se douter… Bien loin de se douter.

[…]

Elle venait tout juste de quitter le quai pour remonter à la surface, lui disant de rester assis là et attendre son retour. Mine de rien, il était tout de même assez évident que ce qu’elle comptait faire n’avait rien de plaisant aux yeux du Spectre. Il mordait les lèvres et serrait les poings tout en cherchant une alternative à la situation : Elle était partie chercher la version des faits de Kaz’Xira pour savoir s’il lui mentait ou non. La vérité ne triomphe jamais, mais ses adversaires finissent par mourir, dit-on. Rien, mais rien qui se trouvait autours de lui ne suffit à lui donner assez d’inspiration pour continuer sa mascarade. Il n’avait plus qu’à espérer qu’il se trompait et qu’elle était partie pour une toute autre raison, ce qui était très peu probable. Un étrange sentiment d’impatience l’envahissait alors qu’il aurait ironiquement désiré qu’elle ne revienne pas le trouver ici pour le sermonner ou pire encore. Elle revint finalement de sa très longue absence pour aller prendre place au même endroit, un visage plutôt vide d’émotion bien que le spectre ressentait très bien qu’il ne s’était pas trompé sur la raison de son absence.

La conversation s’entama, conversation pendant laquelle il cherchait visiblement ses mots bien qu’il se refuse de l’admettre. Tentant de se frayer un chemin de mensonge dans son propre mensonge, une véritable toile qui refusait de se tisser correctement sous l’œil bienveillant de sa sœur, elle finit par sortir de sa poche une fleur assez particulière, une fleur qu’il pouvait aisément reconnaître. Elle avait commencé à faner avec le temps, mais jamais il n’aurait cru qu’elle aurait gardé cette fleur qu’il avait pratiquement jeté comme un déchet aux mains de sa sœur négligemment. Elle la fît tournoyer entre ses doigts tout en observant celle-ci. Sa voix se voulait calme et vide même si la situation était toute autre.

« Enchantée de faire ta connaissance, Le Mal, mon frère m’a beaucoup parlé de toi. »

« Mais qu’est-ce que… »

« Qu’est-ce que tu en as fait ? »

« Mais je n’ai… Je n’ai rien fait. De quoi parles-tu ? »

Il se mordait les lèvres à nouveau. Elle en savait un peu trop, beaucoup trop sur ce qui s’était passé. C’est dans le doute qu’elle démordrait à l’hameçon. Ce qui s’était passé devait rester mort, personne ne devait le savoir. Nier pourrait peut-être la dissuader de ce qu’elle disait.

« Pourquoi m’as-tu menti ? »

« Je ne t’ai pas menti, très chère Sœur »

Il y eu un moment de silence pendant lequel elle eut un long soupire. Un moment qui semblait long, beaucoup trop long. Un moment embarrassant et pourtant il n’avait pas de voie d’échappatoire. Si jamais il partait, il lui donnerait inévitablement raison. Comment en savait-elle autant… Comment se pouvait-il qu’elle en soit venue à ce raisonnement ?

« Je vois bien clair dans ton jeu, ne me prends pas pour une idiote. J’ai remarqué dès le début que tu avais changé »

« J’ai changé… J’ai changé pour le mieux, comme tu me l’as demandé. »

« Je ne te l’ai jamais demandé, frère »

« Alors tu me l’as fortement suggéré, ce qui revient au même. J’ai changé pour ce qu’il y avait de meilleur pour moi et pour la famille. Tu ne peux tout de même pas m’en vouloir de faire des choix ? »

Il y eut encore l’un de ces grands moments de silence. Ces silences éprouvant qui voulaient tout dire. Elle le consultait parfois des yeux toujours en restant calme alors que lui se plantait les ongles dans les mains pour éviter de craquer devant tant de pression. Elle se mit très lentement à arracher les pétales de la fleur fanée qu’elle tenait entre les mains pour les laisser tomber bien doucement dans l’eau. Elle fixait le vide tout en reprenant la parole.

« Tu veux savoir pourquoi Kax’Xira agit ainsi avec toi ? »

Ses yeux devinrent plus grands que jamais devant une telle question. Il ne pouvait décidément pas s’empêcher d’éprouver une curiosité sans égale face à l’attitude de sa sœur depuis les derniers temps. Il approuva sans plus attendre, portant son attention sur elle et en examinant chacun de ses mouvements pour s’assurer qu’elle ne se moquait pas de lui.

« C’est ton changement. »
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Xul'Thris, Mortanyss

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MessageSujet: Re: Historique Xul'Thris   Mar 16 Sep - 21:51

Il se crispa de plus belle. C’était bien la dernière réponse à laquelle il s’attendait, mais pourtant la plus évidente. Il sombra de nouveau dans une rage profonde et bien refoulée, serrant les poings et les dents sous l’effet de la colère. Il cracha ses mots nonchalamment.

« Tu te moques de moi ? J’ai quitté tout ce que j’avais de faible, tout ce que j’avais de détestable pour devenir fier et fort. On m’en veut car je deviens une meilleure personne de jours en jours !? »

« Tout ce que tu avais de faible ? Je me souviens d’un frère qui était attachant et doux, je me souviens d’un frère… »

Elle laissa tomber la fleur qu’elle avait dans les mains dans l’eau, maintenant complètement nue de ses pétales. Elle plongea la main dans son grand manteau à nouveau pour y prendre une autre fleur qui semblait encore plus vieille que l’autre, encore plus flétrie et qui tombait presque en miette.

« Je me souviens d’un frère qui m’a donné une fleur par-ce que j’étais la personne la plus importante à ses yeux… Et je me souviens aussi d’un frère qui m’a donné une fleur par-ce qu’il voulait s’en débarrasser. »

Elle le fixa dans les yeux, un regard qui était pourtant vide d’émotion et qui suffisait à lui donner les plus grands frissons qu’il n’avait jamais eu. Il regardait ailleurs, il regardait au sol, dans l’eau, ses propres mains ou ses genoux, mais il ne devait pas regarder ces yeux qui ne demandaient qu’à percer encore et encore des mystères qu’il cachait avidement. Il ne pouvait plus soutenir son regard, plus maintenant.

« Elle n’a pas reconnu le frère qu’elle a embrassé »

Des mots bien simples qui pourtant lui donnaient un véritable coup de poing en plein ventre et qui suffisait à lui faire courber l’échine. Bien qu’elle ne démontre aucun signe de violence, il n’en restait pas moins que c’était la vérité qui frappait le plus fort, cette même vérité qui réveillait en lui quelque chose qui depuis trop longtemps maintenant était endormis…

« Je connais un frère qui n’a pas une once d’orgueil et qui fait tout pour plaire à sa famille… Et je connais un autre frère qui, prit d’un orgueil démesuré, mène à sa propre perte et aussi à la perte de cet autre frère. Il n’a pas à écoper des problèmes que tu lui attireras. »

« Mais… Mais de quoi parles-tu ? Tu es démente, sœur, reprends-toi, ce n’est pas toi que je vois là… »

« Un frère à qui j’avais conseillé d’unir l’orgueil et son caractère pour obtenir le meilleur des résultats. J’aime l’orgueil, c’est un don qui est une bénédiction tout comme une malédiction. Et toi, amateur, tu mènes à ta propre perte. Je trouve dommage que ce frère ait dû faire un tel choix alors qu’il était chagriné. C’est sans doute ce qui l’a mené à ça. »

« Arrêtes… Arrêtes, tu divagues encore. Tu ne sais même plus ce que tu dis. Reprends-toi ma sœur, reprends-toi et arrêtes. »

Son visage s’était crispé dans une expression de douleur, il porta une main à sa tête tout en serrant les doigts contre celle-ci avec force. Il regardait dans le vide, les yeux bien ronds et le dos courbé vers l’avant. Quelque chose n’allait décidément pas bien et ce que sa sœur lui disait réveillait vraisemblablement des sens qui étaient oubliés, des manies qui étaient enfouies bien profondément. Il se mit à pianoter d’une main contre le quai nerveusement tout en tentant de garder le contrôle de lui et ne pas sombrer dans une colère des plus violentes. Quant à elle, elle avant bien évidement remarqué qu’elle avait mit le doigt sur le problème et c’est avec un certain plaisir qu’elle tourna le fer dans la plaie, l’air toujours sérieux.

« Est-ce que ça va, frère ? »

« O… Oui, je vais très bien… Je vais très très bien. »

« J’attendrai son retour à lui avec impatience. Tu sais très bien tout comme moi que vous ne resterez pas dans cette situation éternellement, un jour il refera surface… »

Le Spectre craqua. Il coupa net la discussion en se retournant et en tentant de ramener ses jambes vers lui. Son bâton de marche était un peu plus loin derrière lui, légèrement hors d’atteinte.

« Assez… C’est assez… »

Ses jambes ne répondaient plus à l’appel, ses jambes qui semblaient maintenant peser plus d’une tonne. L’effort était bien visible sur son visage, mais rien n’y faisait. Il ne comprenait pas, il ne comprenait pas du tout ce qui lui arrivait. Loin de lui était l’idée que sa paraplégie, du temps de son vivant, refaisait surface pour lui nuire une ultime fois. C’est en rampant qu’il alla porter la main sur son bâton. Zalhaxa, quant à elle, sortit ses jambes atrocement maigres de l’eau et se releva, observant ce qui faisait office d’être son frère, rampant comme une larve sur le sol et tentait misérablement de se relever de peine et de misère.

« Tu as de la difficulté à te relever, frère ? »

Un léger sourire à double tranchant faisait maintenant place sur son visage. L’un se voulait bienveillant envers son frère alors que l’autre semblait se régaler de le voir perdre ainsi la face. Elle l’observait de bien haut, mais elle ne se pencha pas le moindre du monde pour l’aider à se relever. Son frère, quant à lui, ne répondit rien, toujours en situation de crise.

« Tu te laisses abattre tellement facilement… Un jour viendra où ce sera son tour d’être devant toi et qu’il devra lui-même décider de ce qu’il devra faire avec toi. Ce jour là, il aura le choix entre t’accepter ou te rejeter à tout jamais. Ce jour là, je serai avec lui peu importe le choix qu’il fera. Je serai toujours avec lui, toujours. »

Il se recroquevilla contre lui-même, portant ses mains au-dessus de sa tête et parvenant à hisser ses jambes vers lui. Il se cachait le visage contre le sol. Jamais dans cette situation de crise il n’oserait relever les yeux vers sa sœur. Ses mots étaient forts et puissants, il entendait sa voix forte qui perdait peu à peu de sens. Les mots devenaient plus longs, les choses commençaient à s’éteindre autour de lui. Il n’entendait bientôt plus les phrases de sa sœur, sombrant dans une situation qu’il n’avait pas vécue depuis très longtemps. C’est dans un étrange sentiment de sommeil qu’il perdit complètement conscience de ce qui se passait autour de lui, toujours en restant dans la même position fœtale.

[…]

Ma sœur, ma chère sœur Zalhaxa. Je ne comprends que trop peu ce qu’elle me dit, c’est vague. J’essaie de me concentrer pour bien écouter ce qu’elle dit, ça semble tellement important. Je la vois, elle a un air plutôt triste tout en baignant ses jambes dans l’eau. J’essaie de lui sourire, mais je ne crois pas qu’elle le voit. J’aimerais l’étreindre dans mes bras et la serrer contre mon corps pour toujours, aller chercher le confort dans son cou comme j’aime tant le faire. Ça me manque, plus j’y pense. C’est bien l’une des choses que je regrette maintenant que je ne suis plus d’ici…

Elle a… Elle a conservé les fleurs que je lui ai donné, même après tout ce temps ? J’aimerais la remercier, je lui dis que je l’aime plus que tout, mais elle ne m’entend pas, ou fait mine de ne pas l’entendre… J’ignore… Je commence à me sentir étourdi, je commence à ne plus très bien la voir, mais ce n’est pas du tout la même sensation que lorsque le rêve se termine. Je perds un peu le fil de ce qui se passe et en même temps je comprends mieux ce qui se dit. La situation est dérangeante… Je parviens à déceler quelques mots de ce qu’elle me dit… Je ne rêve pas…


[…]

« Je… Je ne… Je ne rêve… Ne rêve pas ? »

« Non, tu ne rêves pas »

Un petit sourire apparut contre le visage de Zalhaxa, elle se pencha vers son frère qui redressait lentement la tête pour regarder dans quelle situation et dans quel état il était réellement. Elle posa ses mains délicatement contre les épaules du spectre et prit un certain moment à l’observer. Quelques uns de ses anciens tics étaient encore bien présents, bien qu’il observait dans les yeux de sa sœur, un regard innocent et plutôt confus.

« C’est bien toi »

Elle le serra dans ses bras fraternellement, le spectre fit de même après avoir prit un certain temps pour comprendre ce qui se passait. Il vint caresser le dos de sa sœur d’une main tout en plongeant son visage dans son cou, balançant doucement de gauche à droite.

«Tu seras… Tu seras là pour… P.. Pour toujours, sœur ? »

« Oui, pour l’éternité »

« C’est… C’est long, l’éter… L’éternité ? »

« Oui, c’est long »


Il frotta un peu sa tête dans son cou, visiblement satisfait de la réponse malgré qu’il restait toujours choqué par ce qu’il venait de vivre. Il comprenait lentement ce qui se produisait, il démêlait les choses qu’il savait et les choses qu’il croyait ne pas savoir comme un véritable casse-tête à l’intérieur de sa tête. Néanmoins, il souriait. Il souriant et c’était l’important.

« Ne changes plus jamais. »

« Plus… Plus jamais ? »

« Plus jamais. »


Ils se serrèrent ainsi encore un moment en savourant tout ce qui s’en dégageait. Ce sentiment de fraternité si fort et si solide, ravivant une flamme qui jusqu’alors n’était qu’un bien maigre tison. Ils finirent par se détacher lentement, se regardant pendant un instant. Elle l’invita à la suivre jusqu’en haut, mais il devait réfléchir, il devait faire le point sur ce qui s’était véritablement passé. Il regarda partir celle qui avec tant d’efforts était parvenue à trouver la raison dans tout cet orgueil et tout ce mensonge, celle qui avait mit le pied là où personne n’avait osé ou daigné auparavant.

« Je… Je t’aime »

Elle s’arrêta, un sourire venant se percher contre ses lèvres, elle lui fit face l’espace d’un instant avant de remonter à son tour.

« Je t’aime aussi, frère »

Une fois partie, il se laissa tomber sur ses genoux à nouveau. Observant encore une fois partout autours de lui pour s’assurer que tout était pour le mieux. Les choses ne seraient probablement plus jamais les mêmes désormais. On ne peut pas redevenir ce que l’on était sans qu’il y ait le moindre changement. Perte d’identité au dépend d’une facette de lui qui s’imposait de façon plutôt brusque et violente, une facette de lui qui se montrait bien assez imposante pour contrôler ses gestes et mouvements. Le combat qu’il croyait terminé ne ferait que se poursuivre et personne ne savait réellement pour combien de temps ce combat contre sa propre identité pourrait durer. Il avait perdu du terrain, mais Le Mal n’avait jamais eu une aussi grande claque au visage de toute sa vie. Il était tombé entre ses doigts, entre ses griffes. Il était tombé dans ce gouffre profond, mais c’est la main d’une sainte qui vînt lui montrer le bon chemin à suivre. Il se releva, il se releva pour reprendre les armes, il se releva pour elle, il se releva pour lui, il se releva pour… Elles ?


L'homme qui se relève est plus fort que celui qui n'a jamais tombé.
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Xul'Thris, Mortanyss

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MessageSujet: Re: Historique Xul'Thris   Ven 26 Sep - 16:11

La colère montait rapidement en lui, une expression qui lui semblait maintenant plus près de lui que jamais, plus accessible et d’un charme si évoquant. Il se tenait assit contre un banc, les mains resserrées contre celui-ci à en tordre le bois s’il le pouvait. Il leva les yeux vers la forme qui se tenait non loin de lui, détaillant le défunt Drakan dans toute sa splendeur et ne portant pas d’attention à ce qu’il dégageait et les différents signes qui émanaient de lui. La tension était palpable entre les deux Mortanyss qui s’observaient. Un rien aurait suffit à le faire bondir contre son frère, mais quelque chose le retenait, quelque chose de plus fort que de simples liens familiaux comme on en voyait quotidiennement en la morte.

« Tu… Tu peux… Tu peux garder tes sottises pour… Pour toi »

Le Drakan s’indigna de la remarque, ses griffes se serrèrent à son tour alors qu’il fixait son frère. L’aura qui l’entourait se teintait de différentes couleurs qui ne présageaient absolument rien de bon de sa part.

« SsSc’est moi qui dit des Sssottissses? Tu as la mémoire plutôt courte… Pourtant deux SsSoeurs peuvent très bien te rafraîchir la mémoire. »

Le spectre bondit sur ses pieds, laissant bien voir ses dents dans une expression colérique qui ne lui était pas fidèle. Il s’approcha plutôt près de son frère, sa main droite se serrant davantage, prête à s’élancer rapidement à la moindre remarque de trop. Le regard noir et haineux fixé contre les yeux reptiliens du Drakan, il crachait ses mots en tâchant d’avoir l’air menaçant.

« Ré… Ré… Répètes ça… Répètes moi ça pou… Pour voir »

« Pourtant, deux SsSoeurs peuvent très bien te rafraîchir la mémoire… Et même une mor… »

Il fut interrompu par un bruit sourd, un mouvement brusque qu’il n’avait décidemment pas vu venir où qu’il n’aurait sans doute pas imaginé de la part de son frère. Comme un ultime gage d’affront, la main du spectre était venue s’abattre contre le visage reptilien de son frère en un grand claquement qui le fît taire sur le champ. L’effet désiré avait porté ses fruits, mais jamais l’homme aurait cru en arriver là. Emporté par l’émotion du moment, il poursuivit en pointant la gueule du Drakan d’une main tremblante, son corps supportant très mal toute la haine qui se dégageait d’un tel affrontement.

« Ne… Ne te mêle… Ne te mêle plus ja… Plus ja… Jamais de mes aff… Affaires… C’est… C’est clair? »

Xenshi ramena sa tête de l’autre côté en crachant au sol un morceau d’ectoplasme qui alla s’écraser contre le sol. Il supportait très mal un tel geste de l’un de ses frères, bien qu’il ne continua pas en ce sens. Bien qu’il gardait encore un air mauvais lui aussi, il parlait sur un ton plus calme que ce qu’il aurait bien pu laisser paraître.

« Je ne veux pas qu’il revienne, et tu SsSais de qui je parle… »

« Ne… Ne… Ne me dit pas quoi… Quoi faire… Avec… Avec tes mains sales. »

Encore une fois irrité par ce que disait le Spectre, il maintenait malgré tout un calme surnaturel, voir même inquiétant, alors qu’à l’inverse son frère sombrait peu à peu au gré de ses émotions et de ses envies… Ses instincts.

« Il faut parfois SsSe SsSalir les mains pour les autres. »

L’homme assez âgé vînt choir contre le banc qui était toujours à proximité. La crise laissait lentement, mais surement place à quelque chose qui se rattachait à de profonds remords. Il réalisait peu à peu ce qu’il venait tout juste de faire, ses tremblements de rages se transformaient en des tremblements de craintes. Il ne pouvait pas supporter d’agir ainsi, pas envers sa famille. Cette haine n’avait rien qui lui ressemblait… Pas à lui du moins.

« Tu n’as toujours pas compris. Tu regarderas mon dos pour encore longtemps… En SsSeras-tu capable? »

« Pa… Par… Pa… Par… »

Il balbutia encore et encore, visiblement incapable de prononcer la fin du mot. Ce qui en restait n’était nul autre qu’un autre mot bien simple que le Drakan pouvait exécuter avec grande facilité. Il attendit encore un peu à regarder l’homme qui après la tempête n’attirait que la pitié, de quoi lui faire perdre toute crédibilité. Il repartit en lui tournant le dos, prononçant quelques mots que le Spectre n’écoutait pas, il continuait à prononcer la syllabe inlassablement et ce n’est qu’une fois le Drakan partit que le morceau finit par sortir pour s’adresser au vide auquel il faisait maintenant face.

« Par… Par… Pardonne-moi… »

[…]

« Elle m’a demandé de l’attendre à cet endroit tellement… Tellement marquant. Le quai est l’endroit où j’ai connu mes plus grandes joies, mais aussi l’endroit où j’ai connu les pires moments de mon existence. Je croyais qu’il valait mieux l’oublier et penser à autre chose, la soustraire de mes pensées pour peut-être un jour pouvoir voler de nouveau. Jamais je n’ai pu tempérer cette intime brûlure qu’elle a fait contre mes lèvres et pourtant… Et pourtant je suis incapable de venir lui en chercher un autre. Enlever quelque chose à quelqu’un fait plus mal que de le priver de ce qu’il n’a jamais eu… Je crois. Un étrange mélange de haine et d’amertume se mêle lorsque je la vois. Mon cœur se crispe et je ne peux que plier l’échine devant pareille majesté. J’aurais aimé que nous puissions faire figures échanges et que le ciel m’eût fait beau et qu’il l’eût fait laide. J’ai peur de ce qu’elle pourra me dire ici bas. Elle est imprévisible… Je ne sais jamais à quoi m’attendre avec elle et j’ignore si c’est une bonne chose ou une mauvaise. Il me peine de penser ainsi de ma sœur, Kaz’Xira, mais je suis un peu las de me mentir. Je la crains plus qu’elle ne pourra jamais me craindre, car elle détient en ses mains des chaînes qui me sont liées au cou et qui pèsent sur ma conscience. Et moi en vain je tente de me délier de ces chaînes et je rampe à ses pieds, je me tords d’une douleur que personne ne parviens à voir parce qu’elle est elle-même issue du cœur. La voilà qui revient et qui ne semble pas le moindre du monde enchanté d’être en ma présence. Je n’ai pas besoin davantage de coups de pieds. J’ai le choix entre affronter les injures de ma sœur et me jeter à l’eau… Bien que la noyade est très alléchante… Je vais tout de même rester pour écouter ce qu’elle a à me dire…»

[…]

« J’ai fait un énorme effort pour elle. D’abord écrasé par ses propos et ses yeux qui ne demandaient qu’à m’achever comme un vulgaire insecte, plus autoritaire que jamais elle ne l’avait été auparavant, j’ai fini par me prendre en main et de lui montrer que je voulais bien faire ma part pour au moins adoucir les liens très étroits que j’avais avec elle. Je lui ai fait un présent, je lui ai débité les plus beaux mots qui me parvenaient à l’esprit à ce moment et me voilà debout devant elle à attendre comme un supplice qu’elle me rende le pardon qui se fait attendre et désirer, à même l’image de cette femme si convoitée. Elle m’offre un délicieux sourire et je ne peux m’empêcher d’étirer mes lèvres pour en faire de même, bien que je ne me sente pas tout à fait convaincu que ce soit suffisant. On discute encore un peu avant qu’elle ne se lève, toujours élégante peu importe ce qu’elle entreprend. J’attendais ce moment depuis tellement longtemps… J’étire les bras doucement vers elle, du moins j’essaie, dans un ultime effort pour aller chercher en elle une étreinte singulière et pourtant tellement réconfortante.

Rien…

Elle passe à côté de moi comme si rien ne s’était passé et affiche un sourire niais et hypocrite. Je reste debout à la regarder, espérant qu’il ne s’agit là que d’une mascarade et qu’elle reviendra vite vers moi pour mettre un peu de soleil dans ma vie.
Rien… Rien de plus que l’effondrement d’un brin de vanité et l’accomplissement d’un nouvel échec digne de ce nom. »


[…]

Jamais depuis ce temps il n’avait été le même. Des idées venaient troubler ses songes au point qu’il en était plus souvent absent qu’autrement. De sombres idées venaient mendier qu’on leur apporte un peu d’attention, chose à laquelle il ne pouvait que tendre la main. Il restait malgré tout quelque chose de troublant et de choquant. Son attitude n’était pas la même depuis les récents événements, depuis qu’il avait émergé d’un rêve bien éphémère et digne d’une chimère.

« Il… Il n’est… Il n’est plus là… Il a… Il a disparu… »

L’ironie même. Où était-il encore? La réponse était évidente : Là où tout devait continuellement se dérouler pour lui faire vivre des émotions digne des plus grandes controverses. Incontestablement : Le quai.

Une personne siégeait sur le bord du quai à ses côtés alors que lui perdait ses yeux dans l’eau tout en lui avouant ce qui ne tournait plus rond depuis. C’était probablement la dernière personne à qui il se serait attendue à faire de pareilles confessions, Pas même un membre de sa famille, mais bel et bien celle qui avait fait l’objet de ses premières obsessions instinctives. Nulle autre que l’amante de son frère Xhilyan’ntru : Mai’Ame Syliel.

Il ne pouvait décidemment pas s’empêcher de partager ses songes avec une personne depuis les derniers événements. Il n’était plus le même, il n’agissait pas comme il aurait dû, mais pas au point d’en être comme l’image que lui avait donné Le Mal. C’était ça, le plus inquiétant. Ce qu’il avait combattu toute sa vie faisait maintenant acte de non-présence, ne disant pas un traître mot et pourtant, il sombrait à ses pulsions plus que jamais il ne l’avait fait, même sans les doux et venimeux mots de Le Mal. Maintenant qu’il était parti, comment pouvait-il lui manquer alors qu’il avait dévoué toute sa vie à le cacher et à le chasser de ses pensées.

La solitude, le trouble…

La psychanalyse commença lentement, cette froide torture qui vient caresser l’âme et la disséquer pour y trouver les pires abominations. Peut-être ne s’en rendait-elle pas compte, mais elle avait posé le pied un peu trop loin dans son esprit. Il avait fini par lui avouer une partie de ses songes concernant Le Mal et elle continua, se nourrissant toujours et encore des quelques brides d’informations que lui donnaient le Spectre pour renchérir et ne demander que davantage. C’était là l’image qu’elle lui donnait présentement et il ne pouvait se résoudre qu’à lui répondre encore et encore, nourrissant la bête jusqu’à ce qu’elle ne déborde. Une ombre familière veillait sur la scène, une ombre qui restait bien tapissée dans l’ombre sans la moindre intervention, à l’étoffe d’un ange gardien.

« Una, vous devez lui accorder son juste trône et il cessera de vous embêter. Vous êtes comme lui, voilà tout »

Non, non il n’était pas comme lui et jamais il accepterait d’être comparé de la sorte avec ce qu’il considérait comme son ennemi de toujours, lui-même par la même occasion. Il démontra de nombreux signes de colère évidente, mais elle ne sembla pas en prendre véritablement conscience.

« Vous devez libérer vos désirs et ne rien regretter, jamais. »

« Écou… Écouter mes désirs…? »

Un air troublé apparaissait lentement sur son visage, laissant peu à peu place à une expression démente qui ne lui était pas familier. Un sourire singulièrement mauvais affiché contre ses lèvres, ses yeux cherchaient quand même une lueur d’espoir. Quelque chose qui ne lui ressemblait pas le moindre du monde, mais qui n’était pourtant pas si loin derrière lui. Bien que Le Mal se faisait des plus absents, il n’en restait pas moins que son influence avait marqué à tout jamais son esprit. Il plongea sa main à l’aveuglette dans son sac pour en tirer l’un de ses nombreux coquillages, amenant celui-ci à portée de main de la Nargolith qui le prit doucement.

« Pourquoi? »

« Par… Par… Par-ce que je ne veux… Je ne veux que votre plaisir. »

« Menteur… Pourquoi moi? »

« Par… Par-ce que je vous… Je vous apprécie beau… Beaucoup »

« Mais vous ne me connaissez qu’à peine… Comment pouvez-vous? »

« Ai… Ai-je be… Besoin de justifier mes… Mes fré… Mes fréquentations? »

Ses yeux s’assombrirent alors qu’il s’approchait délicatement d’Ame, mine de rien. Elle ne bronchait pas, se contentant de le regarder alors qu’ils échangeaient encore quelques mots qui n’étaient pas vraiment importants, plus maintenant. Elle avait entièrement raison, il devait écouter ses désirs. Il approchait son visage du sien bien doucement et sa main rampait vers la sienne. Quant à elle, elle s’efforçait de garder une allure de marbre, ne prenant pas au jeu du Spectre qui continuait à s’approcher lentement mais sûrement, dangereusement. Quelques mots sortirent finalement de sa bouche, quelques mots qui vinrent le frapper en plein cœur comme un hachoir… Rouillé.

« Je ne vous embrasserai una, Xul’Thris, et vous ne trouverez aucune caresse en moi. »
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MessageSujet: Re: Historique Xul'Thris   Ven 26 Sep - 16:20

Il s’arrêta brusquement dans sa démarche, son regard se perdant un moment dans le vide alors qu’il sombrait dans ses songes les plus noirs. Il avait cru voir enfin une opportunité, une sortie de cet abyssal puits de pensées plus sombres les unes que les autres. Non, ce n’était pas là son destin. Lui, il devait se rouler dans les ronces et se baigner dans le sel.

[…]

« J’aime à contempler ses yeux, ils ont quelque chose d’invitant et de charmant. Xhil avait raison, on peut bel et bien y trouver une certaine éternité. Je m’y perdrais pendant des jours, des mois ou même des années si je le pouvais. Elle… Elle me fait penser à Haze. Leur corps est semblable et ils ont énormément de points communs. Ces lèvres… Ces belles lèvres qui ne débitent de beaux verbes me crient de venir les rejoindre. J’ignore s’il s’agit là de la bonne chose à faire… Écouter ses désirs… Écouter ses désirs?
Serait-ce une invitation? Ça l’est probablement… Bien que je doute. Non, non, c’est forcément une invitation. Tous ses mots sont calculés et elle sait bel et bien ce qu’elle veut. Je sais ce que je veux moi aussi. Quelle est noble et belle... Je ne peux m’empêcher de lui donner l’un de ces présents que je ramasse à cet effet, les plus beaux cadeaux que le monde puisse nous donner, façonnés à même l’image de celles à qui je les donnes. Mes lèvres se rapprochent lentement des siennes, j’ai l’impression de sentir quelque chose qui bat en moi, même si je sais que c’est futile. Ce sentiment de confort et d’inconfort est tellement… Tellement bon. J’en redemanderais. Je recherche cette sensation depuis tellement longtemps et elle est là, comme un ange, à me le donner de toute grâce. Je m’approche encore un peu pour savourer le moment qui m’est si important. Ma main ne demande qu’à tenir la sienne pour former une parfaite harmonie et enfin pouvoir me régaler de cette éternité dont me faisait part Xhil. Oh, douce, si tu savais… »


[…]

« Ce… Ce n’était… Ce n’était pas… Pas… Pas ce que je voulais… »

« Vous mentez. »

Voyant en elle un certain recul, quelque chose qui l’éloignait de lui, il fut prit de panique. Son visage s’horrifia alors qu’il plongea sa main contre la sienne, la crispant avec force dans un ultime effort. Ce qui attirait quelques secondes plus tôt un certain dégoût faisait maintenant appel à la pitié tellement sa situation était désespérée.

« Ne… Ne pars… Ne pars pas… Ne… Ne m’aban… Ne m’abandonnes p… Pas… »

D’abord surprise par la réaction du Spectre, il l’observa alors qu’un grand point d’interrogation se dessinait contre son visage. Elle vînt doucement poser son autre main contre celle du Spectre qui était accroché avec une force démesurée contre la sienne, ne prenant pas en compte la douleur qu’elle pourrait ressentir.

« Je... Je ne vous abandonne pas, je reste ici avec vous »

Le Spectre ne répondait rien, il était toujours sous l’état de choc et ne faisait qu’écouter ce qu’elle disait alors qu’elle tentait de le calmer. Sa main posée contre la sienne, elle la flattait délicatement tout en lui murmurant des mots à l’oreille. Puisse-t-on rêver d’une mère pareille.

« Voilà ce que nous allons faire… Vous allez lâcher ma main et je vous prendrai dans mes bras. Cela vous convient? »

Il la regarda dans les yeux, toujours en tenant sa poigne aussi forte qu’au départ. Il semblait bien sceptique jusqu’au moment où elle étira son autre bras, l’invitant de toute évidence à venir chercher une place près d’elle pour le consoler. Il lâcha la main progressivement tout en s’approchant petit à petit, venant chercher refuge au creux de ses bras élancés. Il vînt la serrer dans ses bras délicatement à son tour, l’étreignant comme s’il s’agissait de la chose la plus fragile qu’il lui fût donné de rencontrer. Il vînt poser sa tête contre le cou de la jeune femme. Aucune larme ne perlait son visage bien que la situation lui était la plus opportune : Il en était incapable.

Tentant de le calmer et le rassurer en lui flattant délicatement le dos, ils restèrent ainsi longtemps durant, se berçant doucement au gré du vent qui n’existait que très peu à même l’ancienne Mortancia. Le Spectre finit par se détacher lentement d’elle, laissant glisser ses mains jusqu’aux épaules pour venir les tenir. Il approcha encore une fois la tête vers la sienne, visiblement incertain de ce qu’il faisait. Elle lui avait dit qu’elle ne l’embrasserait pas et qu’il n’en recevrait pas la moindre caresse, pourtant il avait eu la chance de se bercer dans ses bras, peut-être aurait-il la chance de venir chercher l’éternité sur ses lèvres?

Il n’avait pas écouté, il n’avait pas comprit les intentions de la femme et c’était là sa faute. Entêté comme un bœuf et ne voyant que ses propres objectifs, il continua sa démarche jusqu’à être légèrement repoussé sans violence. Une mine déçue, il ne pu qu’arrêter son geste avant d’aller trop loin, bien que quelque chose l’incitait à continuer toujours plus près. L’envie… Le désir… Non, on oublie.

« Ce n’est una vous… C’est moi »

« C’est… C’est donc… Donc… Lui… »

« Una, ce n’est una lui una plus. »


Il serra les lèvres et replongea son regard dans le sien, une certaine lueur d’espoir l’animant. Il semblait que ce qu’il dirait lui était dur à dire, bien qu’il poursuivit quand même en murmurant doucement à son intention.

« Il… Il n’en… Il n’en saura rien… »

« Moi je le saurai. »

Une amère déception pouvait se lire contre son visage, il vînt se mordre les joues avant de continuer, toujours sur le même ton et ne faisant que tomber plus bas dans ses noires pensées. Tous les moyens lui étaient bons pour parvenir à ce qu’il désirait, aussi bas puissent-ils être.

« Il… Il a… Il a déjà co… Commis par… Pareille chose, lu… Lui. Il a… Il a commis l’a… L’adultère… »

À première vue étonnée, elle refrogna le sentiment bien assez vite en lui répondant sur un ton qui se voulait bien calme.

« Je n’ai una de contrôle sur les gestes des autres. »

Le Spectre baissa les yeux, dépité de voir une telle réaction. Même malgré ses tentatives les plus fourbes et les plus lâches pour la faire changer d’idée, elle ne broncha pas à la tentation. Il préférait se faire à l’idée qu’elle le faisait pour son frère plutôt que de se dire que c’était bel et bien car c’était lui qui avançait vers elle. Une idée moins noire parmi toutes les autres, une idée qui se démarquait pour bientôt retomber dans les abîmes de son esprit, plus noir que la nuit entre les mondes.

« Il est mon Âme, mon Sang, mes sombres Ténèbres, ma délicieuse Agonie.
Il est mon Fragment, mon Tout, mon ultime Souffle. Il est ma délectable Douleur. Il est mon Eternité.
Il est le Sublime. Il est mon songe. Il est mon Infini»


« Il… Il est l’… L’homme le plus… Le plus chanceux du mon… Du monde… »

« Un jour vous connaîtrez une femme qui saura vous procurer ce que vous recherchez. Ce jour là viendra. »

Elle lui offrit un léger sourire avant de se relever, l’invitant à faire de même et le suivre en mettant ainsi terme à l’entretien. Il prit sa main doucement pour se relever et la suivit de corps, son âme était bien occupée à voguer ailleurs…

[…]

« Un nouvel échec qui s’accumule sur une pile innombrable. Je ne peux que m’avouer vaincu devant toute la splendeur de mon frère. Il est décidemment et de toute évidence le plus chanceux des hommes de ce monde… Je l’envie… Je l’envie à en mourir. J’aimerais tellement être à sa place et qu’il soit en la mienne, qu’il puisse comprendre ce que je vis et que moi je puisse me délecter de tous les plaisirs qu’il a la chance de connaître. Ce rejet… Je ne puis le concevoir ou même l’accepter. Je ne comprends pas pourquoi, je ne comprends pas précisément pourquoi je suis sujet à tant de rejet alors que je ne demande que si peu. Je me sens tel un papillon de nuit, voletant pour être attiré par la lueur d’une chandelle qui ne fait que le consumer, le brûler vif et lui faire du mal. Pourtant, je ne peux tourner le dos à ce sentiment. Je crains ne jamais me remettre de cette brûlure que m’a faite Kaz’Xira. Si je ne puis que les approcher en des vapeurs de rêves, alors soite, je me contenterai de rêver ma vie puisqu’il est décidemment impossible de vivre ses rêves. Je les aime… Je les aime et j’aimerais pouvoir leur dire à quel point. Plier l’échine et regarder le sol… Plier l’échine et baisser le front devant si grandes majestés. Non, les désirs ne sont pas faits pour être écoutés. Sans désirs, sans problèmes… Sans plaisirs, sans peines… Sans vie… Sans regrets. »


La dent cruelle de la douleur n'est jamais plus venimeuse — que quand elle mord sans ouvrir la plaie.
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MessageSujet: Re: Historique Xul'Thris   Lun 13 Oct - 18:17

« Elle se tient là, devant moi à attendre. C’est incroyable, je n’arrive véritablement pas à croire que j’en sois maintenant là. L’idée qu’un jour une telle chose puisse être possible dépassait énormément mon entendement. Je suis tellement transparent… Tellement transparent qu’il est possible de lire en moi comme dans un livre. Je ne peux pas lui cacher quoi que ce soit, ça semble déjà perdu. De toute façon, je n’ai pas envie la garder dans le secret. Xhil… Ça fait longtemps déjà… Ça fait très longtemps qu’il n’est pas venu la voir… C’est peut-être pour cette raison? Non… Non, il doit forcément y avoir un certain désir quant à me faire plaisir. Je dois tenir une promesse maintenant… J’ai une promesse à tenir. Je devrai parler et écouter les conseils de Xenshi… Et promettre que ce sera le seul et unique baiser que je lui demanderai. Si peu pour si grand, je peux déjà me compter chanceux de pouvoir goûter l’éternité sur ses lèvres alors qu’elle me l’avait défendue à première vue. Je n’arrive toujours pas à y croire… Je rêve? Non, non je ne rêve pas : Pas cette fois. »

Les deux formes bien distinctes se tenaient debout et se regardaient, s’observaient, se délectaient du regard de l’autre et s’y perdaient. Le Spectre se tenait en plein centre d’une pièce qui lui deviendrait bien assez tôt un peu plus familière, une pièce dont il se souviendrait toute sa vie au même titre que le quai. La pièce où il aurait goûté l’éternité pour une seconde fois, mais cette fois-ci sur les lèvres d’Ame Syliel dont les premiers regards avaient suffit à tisser une véritable obsession refoulée. Comment oublier une femme sinon en lui trouvant un substitut digne de ce nom?

Elle vint doucement poser le satin de ses lèvres contre le sien, les frôlant d’abord et laissant mourir un souffle sur son éther qui ne semblait pas lui causer le moindre froid. Ses lèvres étaient froides, mais c’est de ce gel dont il se délecterait pour venir réchauffer son cœur ce soir. Ils fondirent l’un dans l’autre dans une étreinte qui semblait durer éternellement et qui suffisait amplement à satisfaire chacun des désirs du Spectre qui s’accommodait au rythme qu’elle prenait. La cadence augmenta, les caresses se multiplièrent, les lèvres se frôlèrent encore et encore en faisant doucement naître une animosité hors du commun auquel l’être d’éther se mêlait avec grande aise. Elle sembla s’éveiller en un sursaut de ce rêve auquel elle participait, leurs corps emmêlés et tenant toujours debout, elle tenta de se dégager doucement alors que les mains du Spectre s’agrippaient à elle comme des griffes et en demandaient toujours de plus en plus, bien que silencieux, venant lui arracher cette chaleur qu’elle ne dégageait pourtant pas à ses lèvres.

Elle se cabra vers l’arrière, tâchant tant bien que mal de repousser le Mortanyss épris de fougue et de passion qu’elle avait provoqué, les mains contre les épaules alors que lui avant les mains contre son dos et l’une à ses hanches. Il ne lâchait pas ses lèvres le moindrement, cherchant encore et encore plus que ce qu’elle pouvait lui donner et éternisant ce qu’on lui avait décrit comme étant l’éternité même. Il ouvrit les yeux, éveillé à son tour de cette animosité qui ne lui ressemblait pas, pas à lui du moins, et voyant la position qu’elle adoptait pour se débattre moindrement de ses bras sans violence, il la relâcha…

« Sublime… Tout simplement sublime. Ça dépasse et de loin ce que j’aurais pu espérer et ce que j’ai vécu avec Kaz’Xira. Toute cette sensualité, toute cette mimique, ces mouvements, cette grâce… Elle mérite bien qu’on puisse dire qu’on trouve l’éternité sur ses lèvres et même en ses yeux. J’y pense… J’y pense et j’y repense. Je n’ai pas envie d’arrêter d’y penser, pas cette fois. Si elle n’a pas voulu m’offrir la moindre caresse et le moindre baiser au départ et que j’en suis maintenant là, est-il fou de croire que je puis peut-être aller encore plus loin? Qu’elle puisse me donner encore et encore de ces baisers, ces intimes moments qui parviennent à me faire sentir au-delà de moi-même et me donnent un brin de vanité? J’ose le croire… J’ose le croire parce qu’il n’y a rien de plus désespérant que de ne pas trouver une nouvelle raison d’espérer. »

Et ce fut là un curieux mariage que celui-ci. Sa première et sa dernière éternité contre ces somptueuses lèvres qu’on ne verrait qu’en de merveilleuses voluptés…

[…]

« M’c’est une bière de renom. On la nomme la Guillotine, car elle fait perdre la tête. »

« Oh… À l’ivresse! »

« À l’ivresse! »

« M’à l’ivresse »

« À l’iv… L’ivresse oui… »

Curieuse impression que les choses ne tourneraient pas dans le bon sens cette soirée là, ils étaient installés au sommet de la tour appartenant à Zxi, Kaz’Xira et Mar’Carax, là où reposait le bain de sang. Se baigner dans ce qui avait un arrière goût de vie avait quelque chose d’assez ironique pour des êtres qui prétendaient être des morts et dont la majorité avait un dédain bien évident pour tout ce qui était encore bien vivant. Le faucheur et la Nargolith, l’objet de ses sombres rêveries et de ses passionnantes obsessions, y reposaient et y prenaient goût, alors que l’amant commençait lentement à faire un fou de lui sous l’effet rapide de ce qui prétendait pouvoir faire perdre la tête en quelques biens simples gorgées. Le Spectre quant à lui reposait dans un coin, assit contre le sol et tâchant de ne pas attarder son regard sur la marre de sang qui lui levait le cœur. Qu’aurait-il donné pour que la situation dans laquelle il l’eût trouvée fût différente que celle-ci...

« Chose certaine… Je crève d’envie d’être ailleurs à ce moment même… Ça ne sent rien de bon, ça n’annonce absolument rien de bon. Et s’ils savaient… S’ils savaient la chance qu’ils ont de pouvoir boire si allègrement et de pouvoir jouir de ce simple plaisir de la vie… J’ignore quel en est le goût et encore moins la sensation, mais je l’ai vu assez souvent pour pouvoir envier ceux qui pouvaient y goûter. Cette sensation de libération qu’ils ont soudainement, ce sentiment que plus rien n’importe vraiment et que tous les yeux disparaissent autours pour ne se concentrer et s’attarder qu’à la réalisation de ce qui nous plaît… Faire disparaître les yeux des autres pour un temps… Ces yeux qui nous observent et qui nous méprisent… S’ils savaient… S’ils savaient… Au moins Zxi est toujours là et il ne boit pas, ce qui fait que je ne suis pas le seul à ne pas boire… Je ne suis pas seul même dans mon isolement, volontaire je dois avouer, il y a déjà cela de rassurant. Tout ira pour le mieux… Tout ira pour le mieux ce soir… Ah… J’aimerais tant lui dire que ces vêtements réservés à la baignade épousent parfaitement son corps… J’aimerais tant le lui dire… Mais depuis le retour de Xhil, elle est tellement plus distante… Où sont passées ces caresses qui m’étaient réservées maintenant qu’il est là? N’étais-je qu’une mesure temporaire qui nourrissait un certain plaisir à être désiré? Elle est trop loin pour que je puisse le lui dire maintenant. Peut-être me suis-je trompé sur toute la ligne… Je devrai m’y habituer, c’était prévu que ce soit ainsi depuis le tout début. J’étais conscient de tout cela… Elle est trop loin… »

Et le temps passa, fila, se déroba ailleurs alors que le Spectre gardait profil bas pour éviter de les regarder se réjouir dans leur ivresse. Et pourtant, chaque fois qu’ils portaient la bouteille à leurs lèvres, ce n’était pas eux qui y buvaient, c’était eux qui venaient s’y perdre alors que l’alcool les buvait et les privait de leur raison…

Ils étaient maintenant debout, l’un blotti contre l’autre, les mains caressant le corps de l’autre sans prendre en compte les yeux qui étaient portés sur eux. La machine était en marche, le mécanisme était débuté, l’alcool avait triomphé.

« M’première règle de la maison : Ne pas faire comme chez soi… »

Les mots du faucheur n’avaient pas d’impact alors que le Vampire et la Nargolith s’adonnaient à des jeux de séductions et n’avaient visiblement jamais assez de verbes à débiter l’un pour l’autre. Leurs lèvres se rapprochaient doucement et le Spectre restait en arrière plan, incapable de détourner les yeux d’une telle scène qui lui rappelait vaguement un amer souvenir de ce qu’il avait lui-même vécu avec elle. Il ne pouvait se résoudre qu’au silence tout en observant, attendant…

Le faucheur s’éleva finalement pour les séparer, leur rappelant la sainte première règle de la maison et s’assurant qu’ils gardent un tant soit peu de respect pour les autres personnes présentes. Un soupire de soulagement vînt naître et mourir aux lèvres du Spectre qui n’aurait probablement pas supporté de les voir ainsi s’embrasser sous ses yeux… Malgré tout ils continuèrent de s’approcher mutuellement l’un de l’autre, comme si rien ne pouvait les séparer l’un de l’autre, comme si rien d’autre n’existait autour d’eux, que tout n’était qu’éphémère et qu’ils ne vivaient que l’un pour l’autre. Zxi les menaça de les séparer de force si jamais ils continuaient, mais il ne fit que mettre davantage de feu à cette passion grandissante et bien présente, ce sentiment de désir mutuel et de besoin l’un de l’autre qui suffisait à donner des frissons au Spectre qui se voyait ainsi dépouillé de tous ses derniers espoirs, aussi futiles puissent-ils avoir été.

Il les sépara comme promis, le Vampire allant s’échouer et débouler les escaliers dans toute leur grandeur alors que son amante glissa et se fracassa la tête contre le marbre, gisant de nouveau dans la marre de sang dans un état plus inquiétant. Cette violence psychologique agressante et ensuite cette violence avec et entre des personnes qui lui étaient chères? Avait-il vraiment mérité de passer une si agréable soirée? Il restait malgré tout incapable de se relever et de quitter l’endroit qu’il ne supportait plus depuis un long moment déjà. Il observa un longtemps durant et sans bouger son frère tenter de s’occuper de la femme blessée jusqu’à ce qu’il lui demande de venir lui tenir la tête pour la garder hors du sang, tâche à laquelle il s’acquitta malgré une certaine désapprobation ; Il ne pouvait supporter de la voir dans un tel état.

Il vînt poser sa main sous sa nuque délicatement alors que le Faucheur descendait en bas pour s’assurer de l’état de son frère. Il ne pu s’empêcher de porter son autre main pour caresser la douce joue de la femme qui gisait à quart consciente de ce qui se passait, déjà atterrée par les effets de l’alcool et ensuite sonnée. Elle murmurait son nom à voix basse, cherchant toujours et encore celui qui lui fut brutalement arraché des mains. Elle tendait les bras à sa recherche jusqu’à les poser contre ceux du Spectre, cherchant à venir le rejoindre comme s’il était à l’image du grandissime Vampire qui ne manquait de rien. Une pensée, un songe lui traversa l’esprit alors qu’il baissa la tête vers elle, un sourire faux et forcé, singulièrement mauvais, venant se pendre à ses lèvres déchirées alors qu'il réalisait qu'ils étaient seuls et qu'elle le confondait avec le plus grand des amants…
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MessageSujet: Re: Historique Xul'Thris   Lun 13 Oct - 18:18

Il n’eût pas le temps. Quoi qu’il avait en tête en approchant son visage du sien, il n’eût pas le temps de le faire. Les deux autres étaient remontés et il fit mine de rien, toujours en caressant sa nuque du bout de ses doigts fins et élancés. Il serait maintenant laissé seul face à ces deux bêtes ne vivant que d’instinct et de désir à cette heure-ci, le Faucheur quittait l’endroit respectueusement en leur laissant toute l’intimité dont ils auraient besoin. Le Spectre quant à lui resta. Sa motivation restait douteuse, mais il resta.

« Ils n’oseront jamais faire cela tant que je serai présent, ils ne fuiront pas mon regard. Je les violerai de mes yeux, je violerai leur intimité et ne les laisserai pas se dérober de leur pudeur. Je serai là pour les regarder, pour les observer pendant leur moment les plus tendres et ils seront bien forcés d’admettre que je suis présent, que je suis ici à les regarder et à les sentir, à les regarder et non pas de les rêver… »

Visiblement… Non. Sa présence ne changeait strictement rien à leur comportement. Dès que Zxi eut mit un pied en dehors de sa propre demeure, ils ne perdirent pas une seconde de plus avant de venir s’étreindre et nourrir leur passion de verbes et de mots des plus raffinés et des plus incroyables pour celui qui ne possédait pas l’esprit d’un poète. Non, sa présente ne changeait rien. Il n’était pas et il n’existait pas : Mais ils sentiraient son regard, ils le sentiraient posé contre eux et ne pourraient en venir trop loin tant qu’il serait là…

Et pourtant il reposait maintenant un peu plus loin contre l’une des murailles, perché comme la sombre silhouette d’un vautour qui guettait sa proie, à observer le spectacle qui déroulait devant ses yeux. Les caresses s’accumulaient, les vêtements se soustrayaient et la passion se multipliait à vue d’œil. Tout cela dans un bain de sang… Le spectacle l’écœurait, il ne le supportait plus depuis longtemps déjà et pourtant il refusait de les quitter des yeux. Ils se rendraient bien assez vite compte qu’il était présent et qu’il avait assisté à leur décadence… Ou plutôt leur excès de passion. Curieuse sensation de bouillonnement, étrange sentiment de déjà-vu qui refaisait surface alors que sa vue s’embrouillait dans une profonde colère refoulée depuis la nuit des temps. Jalousie, envie, désir, colère, dépendance, instinct… Trop tard.

« Je me perds… Je me perds en des songes qui ne me ressemblent pas. Je suis là, sombre spectateur à observer un spectacle que je n’aurais sans doute jamais dû voir de toute ma vie et qui parvient à me blesser plus que ce que j’aurais pu imaginer. Je savais que ça devait arriver un jour, je le savais et j’en suis toujours conscient. Comment puis-je leur en vouloir alors que je sais très bien qu’ils sont liés l’uns à l’autre? Comment puis-je me permettre de ressentir de tels sentiments à leur égard… Pour mon frère? Ça fait longtemps… Ça fait longtemps déjà que Le Mal n’est plus présent et qu’il ne me parle plus et pourtant je ressens des choses qui le dessinent plutôt bien. J’aimerais… J’aimerais m’éteindre ici, maintenant, et ne plus ouvrir les yeux, plus jamais… Je ne sais plus quoi faire… Je ne sais plus…»

« Ne vous arrêtez surtout pas… Ne vous arrêtez surtout pas… »

Une soudaine prise de conscience? Leurs yeux se tournèrent vers le Spectre dont les yeux ne les avaient jamais quitté, plus noircis que jamais par des sombres sentiments et des désirs refoulés qui refaisaient surface en laissant d’horribles traces de leur passage contre son visage déjà massacré. Il était là, maintenant, il était bel et bien là et ils sentaient enfin son regard posé sur eux à leur dérober toute l’intimité qu’ils auraient souhaité. Il souriait… Malgré ses yeux fous qui ne demandaient qu’à écorcher, il souriait d’un sourire singulièrement mauvais et qui ne laissait rien présager de bon.

« Je suis fatigué… Fatigué… Je veux fermer mes yeux et abandonner cette cruelle scène que je ne puis supporter. Je veux m’évader dans un royaume où le soleil ne se couche jamais, je veux m’évader dans un royaume où j’arrêterais finalement de danser. J’aimerais m’épanouir pour une fois et me laisser bercer par le vent… Je m’imagine... Loin de tous ces tourmentes et de tous ces problèmes, loin de toutes ces pensées et de tous ces sentiments que je n’arrive pas à contrôler. J’aimerais être une fleur, car les fleurs ne pensent pas. Elles ne sont là que pour s’épanouir et se laisser cueillir. Je veux être cueilli…

C’est… C’est terminé. Je ne peux pas passer ma vie à m’enfuir dans un rêve… Mais mes jambes sont tellement faibles… Depuis combien de temps suis-je ainsi épanouis…? J’aimerais sentir… Un regard… Un souffle… Une main contre la mienne? Me cueille-on… ? »


L’éveil soudain et brutal. Tantôt debout et courbé à observer l’excès de passion et maintenant couché et gisant contre le sol, observé par de nombreux yeux et accroché à une main qui ne lui était pas étrangère. Les choses avaient repris leur cours normal, il revenait peu à peu à lui… Une sensation qu’il n’avait pas eu depuis déjà très longtemps. Il prit un temps pour observer les lieux qui restaient les mêmes, Zxi était revenu entre-temps… Avait-il été si longtemps dans cet état?

« Le Mal est revenu »

Les mots dont il se rappelait venaient le frapper comme un coup de poing au visage, venant écraser ce qu’il en restait. La nouvelle ne sembla pas le réjouir le moindre du monde… Ce soir, il n’avait pas besoin de lui, il n’avait pas besoin de ça. Il leva les yeux en direction du Faucheur qui se mettait à son tour à l’alcool. Cette soirée-ci était terminée alors qu’elle n’aurait sans doute jamais dû commencer. Il se releva d’un bon en tâchant tant bien que mal de cacher son énorme malaise et son évidente faiblesse après ce qui s’était passé, bousculant le Vampire au passage pour quitter l’endroit au plus vite, prit d’une profonde frustration et d’une haine inimaginable… Mais pour qui?

« À l’i… À l’ivresse… »

[…]

C’était terminé… Terminé maintenant. Le jeu ne pouvait plus continuer ainsi. Cette mascarade n’avait plus à avoir lieu désormais. On enlève finalement nos masques pour dévoiler ces traits gris qui nous identifient et nous démarquent de toutes ces autres teintes de gris qui couvrent le monde. Les couleurs fanent, les couleurs s’éteignent et tout prend une teinte un peu plus morose jusqu’à ne laisser voir qu’un abjecte noir parsemé des dernières teintes grises, fade lumière, de ce monde. Il les déchira et les écorcha à longueur de la citée. Il écorcha un symbole qui lui tenait à cœur depuis longtemps et qui représentait énormément. Il arrachait pétales par pétales chacune des fleurs qu’il avait dans son sac… Et Kalos sait qu’elles sont nombreuses. Le sol de Mortancia était recouvert de plus de couleurs que jamais elle ne l’avait été, couleurs qui furent bien vite piétinées ou emporter par le vent pour à jamais être oubliées.

Il vînt déverser ce qui restait de son sac dans l’un des bassins de sang de l’air de repos. Il n’en aurait plus besoin désormais. Les dépouilles et les reliques de la mer reposeraient désormais au fond d’une marre de sang, comment pouvait-il en être autrement? Tous les coquillages qu’il avait été cueillir sur la plage étaient ainsi destinés à finir baignant dans le fluide de la vie. De toute évidence, ce qu’il y avait de plus beau dans le monde prenait un malin plaisir à se baigner dans cette rouge vie, rien ne servait de faire une exception à la règle.

« Sans regrets…? Non, pas sans regret. On ne quitte jamais les choses sans la moindre once de regret et encore moins lorsqu’il s’agit de personnes… Ou d’une vie. Ce bonheur… Ce futile bonheur que je recherche et qui me fuis, est-ce là le secret? Ne plus ressentir la moindre émotion? Ça m’est impossible… C’est ce qui me rend vivant après tout. Et ce combat interminable qui recommence maintenant, j’aurais bien pu m’en passer. Ce Mal qui revient et qui est plus envahissant que jamais… J’ai besoin d’autre chose qu’une fleur… J’ai besoin d’autre chose qu’un coquillage… J’ai besoin… J’ai besoin d’une étoile… D’une bienveillante étoile… Viens m’éclairer, ma belle étoile… »



Nul besoin de gril, de flammes ou de tisons : L'enfer, c'est les autres.
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Xul'Thris, Mortanyss

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MessageSujet: Re: Historique Xul'Thris   Ven 24 Oct - 0:12

« Cette chose que vous ne goûterez plus jamais… »

« Plus jamais… »

« Plus jamais? »
« Plus jamais! »

« Haha »
« Haha »

« ...Haha? »


Plus rien. Elle y était parvenue. Elle l’avait cherché et elle l’avait trouvé, éveillé, troublé ou animé. Peu importe le terme, c’est à ce moment même où il était venu pour elle et ce n’est pas avec de grandes caresses qu’il vînt chercher ce qui lui était interdit, chose qu’il ne trouva pas contre ses lèvres qui ne participaient pas le moindrement au jeu du Spectre. Il ne se désista pas sur le moment et même les coups ne parvinrent pas à le dissuader de ses vicieuses ambitions. Les coups… Les coups? Quand on se bat, on peut être battu…

Un coup, un contact physique brutal, des bousculades, une avancée toujours plus insistante vers elle alors qu’elle était plaquée contre le mât du bateau sur lequel ils étaient, les lèvres toujours cherchant à réclamer leur dû à l’insu de la Nargolith qui ne lui offrait toujours pas. Un…

[…]

…Coup. Un autre de plus, et encore un autre. La femme était plaquée contre le mur de la chambre, près du lit, les vêtements en bien piteux états, entre l’intact et le déchirement alors que l’homme la retenait et semblait se réjouir d’entendre ses cris. Elle se débattait tantôt calmement et un sourire aux lèvres, maintenant avec plus d’ardeur et une conscience évidente du danger. Un sourire mauvais… Ce même sourire mauvais qui laissait entrevoir des dents carnassières qui se délectaient des lèvres de la jeune femme et qui n’en finissaient plus de tirer et de tirer leur morceau, suivant la violente cadence de la pauvre victime en s’assurant de toujours avoir le dessus, stimulé et plus excité que jamais par les cris qu’elle lui offrait, les coups qu’elle lui donnait et les coups dont il en répondait. L’image était bien présente, l’image s’éternisait et ne laissait pas d’autre place à quoi que ce soit d’autre…

[…]

L’éveil soudain et le constat d’une situation qui le dépassait. La Nargolith reposait contre le sol devant lui alors qu’il ressentait une énorme fatigue le tirailler. L’horreur laissa place au néant alors qu’il fut incapable de soutenir la vue trop longtemps, tombant littéralement dans un profond et lourd état de torpeur. Jamais il n’eût la possibilité de faire autant de ravages, jamais Le Mal n’avait eu la chance de s’adonner à de tels jeux et jamais auparavant le spectre n’avait eu de telles images, de tels rêves qui ne lui ressemblaient pas du tout, mais qui semblaient trop vrai pour qu’on puisse s’en départager et les prendre à la légère. Le rêve recommença et recommença encore en ne lui donnant pas de répits… Chaque soir était couronné d’une femme différente dont il ne connaissait pas l’identité, chaque soir il était prit dans une situation qu’il ne pouvait contrôler et dans laquelle il se voyait coupable d’actes abjectes et répugnants, des choses qui ne pouvaient êtres dîtes… Des choses qui évoquaient un horrible arrière goût de déjà-vu qui ne lui était pas inconnu…

[…]

« Je… J’aime… J’aimerais… J’aimerais vous étreindre en… Encore une fois… »

« Vous n’avez una besoin de le demander… »

Son corps tremblait tout entier alors qu’il vînt étreindre la Nargolith avec une idée bien précise derrière la tête. Il se berçait dans ses bras et savourait le moment plus que jamais, sachant qu’il ne risquait probablement pas de se reproduire avant longtemps. Il ferma ses yeux et se laissa voguer dans ses pensées, se laissant aller dans son imaginaire tout en étant emporté par le moment, bien silencieux. Son corps se sépara lentement du sien après un moment. Il était attendu à Mortancia disait-il dans une langue sale qui ne lui était pas coutume : Le mensonge. Il l’amena à l’extérieur et tâchait de garder une allure plutôt fière, une allure noble et droite avant de lui remettre le fruit de longues heures de griffonnage et d’écritures à chercher les mots justes et les plus appropriés à la situation. Il lui remit le carnet dans lequel il avait prit tant de temps à écrire une lettre qui lui était destinée, joignant le tout d’un coquillage, son dernier disait-il, avant de s’éloigner à grands pas, incapable de rester plus longtemps avec la montée d’émotions qui faisaient surface et qui se trayaient un chemin jusqu’à son visage qu’il cachait maladroitement derrière ses longs cheveux pour éviter de lui donner une dernière mauvaise image… Une dernière…


Citation :
« À Ame Syliel, l’une des plus belles, cette véritable perle et le coquillage de ma vie. Ces mots je vous les voue, je vous les jure et je vous les dédie. Vous êtes à l’image de mes yeux tels un coquillage. Froide et dure en surface, vous cachez de grands secrets et de grands mystères en votre sein et quiconque les atteints ne peut les oublier.

Vous m’avez serré, vous m’avez froissé, vous m’avez consolé et aidé et je ne peux que vous en remercier. Vous m’avez apporté tant de bien, tant de bonheur et tant de choses que je ne peux me permettre d’oublier… Si les choses furent autrement… Si elles furent autrement…

Il me peine maintenant d’écrire contre ces pages. J’ai l’impression d’écrire un Adieu que je préférerais ne jamais avoir à faire. Les choses changent, les gens changent et les sentiments changent. Pour le mieux? Je l’ignore… Pourtant, il reste des choses qui refusent de changer et sur lesquelles je resterai muet, vous me pardonnerez. Je ne sais plus trop comment aborder de tels écrits pour qu’ils soient compréhensibles… Il est maintenant des sujets que je préfère éviter que de devoir affronter. Nos idées ne sont pas toujours les mêmes, nos aspirations encore moins, mais il reste que j’ai un horrible pressentiment… Une impression que les choses ne tourneront pas très bien si nous continuons sur cette voie. Je sens un danger, je sens un danger qui est prêt à bondir à chaque instant. Je le sens comme un battement de cœur et Kalos sait qu’il y a longtemps que je n’en ai plus. Ce danger ne me menace pas moi, mais c’est plutôt vous. Je ne suis pas prêt à vous faire courir un tel risque.

Ma simple présence est un danger. Depuis ce jour où vous m’avez froissé, il n’a cessé de se présenter et de s’exciter de votre seule présence. Votre persistance à croire qu’il me faut lui tendre la main plutôt que de la lui présenter de revers et vos certitudes quant à savoir qu’il reviendra un jour et qu’il trouvera le moyen de vous blesser par tous les moyens inimaginables m’atteignent et se crispent contre mon cœur comme des griffes acérées. Une poigne qui me coupe le souffle court et qui m’empêche de respirer ou de voir une lumière scintillante... Les choses sont grises autours de moi. Le monde se peint de gris et de noirs, les gens et les choses perdent leurs couleurs peu à peu… Je divague, ce n’est pas important. Ça m’a simplement traversé l’esprit. J’ai des images qui ne font qu’empirer l’idée qu’un danger s’approche. Je tiens d’abord et avant tout à vous garder bien loin de ce danger… Ce danger que vous connaissez très bien et que vous soupçonnez.

Vos certitudes peut-être… Vous nourrissez le doute par le doute, le songe par le songe, l’inquiétude par l’inquiétude et l’inconfort par l’inconfort. Ces belles paroles que vous me dîtes dans le but de me rassurer le temps venu… Je n’y vois pas là une sincérité absolue. Ce n’est peut-être pas là ce que vous ressentez réellement au fond de vous, mais vous êtes de plus en plus distante, et avec raison suite aux derniers événements. Il est dangereux pour vous, je suis dangereux pour vous et je ne tiens pas à ce qu’il vous arrive le moindre mal et encore moins que la faute soit mienne. Peut-être avez-vous mis les pieds trop loin pour tenter de m’aider, peut-être ne suis-je qu’un cas désespéré, je l’ignore aussi…

Je perçois quand même de bonnes intentions, mais les résultats ne sont pas ceux que j’avais escompté. Pour notre bien, mais en particulier pour votre bien et votre sécurité, il vaudrait sans nul doute s’éloigner l’un de l’autre pour un temps… J’ignore encore combien de temps… Pardonnez-moi… Jamais je ne vous oublierai… Mon coquillage…

Le Triste Bien »


Et ce fut là son dernier contact avec elle…

[…]

« Premier écrit, sans date ni notion du temps.

Voilà des mois et des mois que je suis perdu et égaré dans ce vaste étendu aux allures noires que je reconnais aisément comme la réalité. Je me suis moi-même égaré et j’ai dissimulé la moindre piste qui pourrait me permettre de me retrouver. C’est maintenant que je me trouve vraiment brillant… J’ai comme dirait-on le don de massacrer tout ce que j’entreprends et je ne comprends toujours pas pourquoi, pourquoi suis-je ainsi condamné à ne pas connaître le succès, ou en un seul et bref instant éphémère? Suis-je donc vraiment à plaindre ou est-ce que je ne me lamente que trop et les autres acceptent leur triste sort sans mot dire?

J’ai besoin d’oublier… J’ai besoin d’oublier et de passer à autre chose, me donner un nouveau départ ou cultiver des ambitions, nourrir des idéaux et des rêves par le fruit de labeur. J’ai besoin de voir la lumière, j’ai besoin de voir une scintillante lumière se révéler à moi pour éviter de plonger dans un long et lourd silence et risquer de ne plus jamais en sortir. Je trouverai fort probablement quelque chose… Ça commence à bouger ici, certains événements prennent place dans le silence et il y a des choses qui s’annoncent. Pour le plus grand bien ou pour le plus grand mal? Je l’ignore encore. Je demeure dans le silence pour le moment et j’essaie d’oublier, par pitié, j’essaie d’oublier tout ce qui ne tourne pas rond chez moi. Ces rêves qui me viennent nuits après nuits sont troublants… Je ne veux plus rien savoir. Je veux me refermer sur moi-même pour germer de nouveau et prendre mon envol. Prendre mon envol… Mon envol vers ces contrées où le soleil ne se couche pas. J’ignore encore quelle direction je devrai prendre… J’ignore… Oui, le mieux est d’ignorer pour l’instant…»


[…]

« Second écrit, j’ai vu quelques saisons des abysses passer devant mes yeux.

J’ai trouvé de quoi me soustraire à cette réalité. J’ai enfin trouvé de quoi me réjouir et de quoi migrer vers les lointains horizons où le soleil ne se couche pas. Je me rendrai finalement utile à ma nation. C’est un travail qui ne comporte pas de risque et qui attire énormément de personnes. Nombreux sont les étrangers qui viennent trouver refuge en Mortancia et qui commencent à en vivre. C’est une alternative bien honorable pour le moment que d’offrir une telle possibilité et une telle ouverture d’esprit. Je compte m’y lancer moi aussi. Ils invitent tous ceux qui veulent recommencer leur vie de nouveau et/ou qui veulent faire bénéficier de leurs services à la nation. Les installations sont terminées depuis longtemps et le tout me semble bien acceptable. Les mines de Nox… Je ne veux sans doute pas en savoir davantage sur le sujet. Je ne veux que me rendre utile et jouir de ce refuge qui m’offre de faire le point sur ma vie et de combler tous ces moments de solitudes. »


[…]

« Troisième écrit. J’ignore où nous en sommes maintenant.

Curieux de voir à quel point on peut se retrouver facilement seul parmi une foule pourtant tellement grande… Nombre de mes frères cèdent leur place à des étrangers qui sont loin d’être le genre de personnes que j’avais imaginé. C’est loin d’être le travail que je m’étais imaginé aussi, mais je crois que c’est ce dont j’avais besoin. Je n’ai rien à ajouter… Rien…? »


[…]

« Quatrième écrit. Oui?

Les choses vont très bien ici. Les mines de Nox sont un endroit où il fait bon de travailler et se rendre utile à la nation et au Père. Je me sens utile. Je fais ma part pour la nation. Je travaille pour la nation et la nation me rend des services. Je fais partie de la nation… Je suis la nation. Nous sommes la nation. Tout est merveilleux ici. Tout. Il n’y a absolument aucune raison de se plaindre de quoi que ce soit. Il faut travailler, c’est l’essentiel. Travailler pour mieux vivre. Le labeur fait oublier… Le labeur fait oublier. »


[…]

« Cinquième écrit.

Cette lumière verte, ces poussières grisâtres de pierre et ces déchets de la terre, c’est vraiment un domaine dans lequel on peut se plaire. Je ne me lasserai jamais de ce travail. J’y suis très bien. Tout va bien. Bien. »


[…]
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MessageSujet: Re: Historique Xul'Thris   Ven 24 Oct - 0:15

« J’en ai assez… Assez. Je craque, j’explose et je ne peux plus me retenir plus longtemps. Cette lumière verte m’écœure, ces mines suintent d’une odeur de souffre désagréable qui n’arrête plus, j’entends le fracas du métal, les chariots et leur infernal vacarme, les lamentations des gens autours de moi qui s’accumulent jours après jours. J’entends des cris, des hurlements, des pleurs, des craquements et des bruits sourds et je reste pourtant de marbre. Ce qui compte, c’est de travailler pour oublier. Pour oublier ce qui nous entoure… Ce qui nous entoure est tellement horrible… Cette horrible mine, cet horrible projet, cette horrible condition de vie. J’en ai assez… J’en ai plus qu’assez. Je vois des gens qui meurent chaque jour près de moi et ils se succèdent. Ils sont traités comme de la chaire à pâté et sont remplacés dès l’instant où ils tombent. Il n’y a aucune trace des morts… Aucune. C’est obsédant, c’est dérangeant et c’est troublant. On voit les dépouilles s’accumuler et pourtant rien ne s’arrête, ils ne font que nourrir la grande machine qui s’alimente des morts et qui réclame davantage de travail. Cette grande machine qui leur vide le corps pour les modeler, ajouter des viscères de fer et d’acier, remplacer tout ce qui ne va pas pour les renvoyer miner. Elle fait tout ça à l’aide de ses grands crochets rouillés. Je la vois, la machine. Je la vois moi.

Je sais qu’elle est présente, je la vois très bien qui veille sur cette grande opération. Je la vois qui vient murmurer à l’oreille des défunts : « Félicitation, vous êtes morts ». Les malformations deviennent de plus en plus régulières et les travailleurs sont placés dans des taudis plus sales que jamais. Ils avaient autrefois des logements abordables, mais ils sont dans un état pire que la vermine. Ils sont les lépreux de Mortancia… C’est une véritable machine infernale. Elle gronde et elle gronde d’un vacarme sans égal et attire les plus démunis dans son mécanisme éternel. Ceux qui font parti de la grande machine sont condamnés à y rester pour toujours. On ne quitte pas la machine et elle ne nous quitte pas. Jamais.

Je suis un frère. Je suis bien traité malgré les conditions grotesques et lamentables. On m’a proposé nombreuses fois de me faire remplacer et d’arrêter, qu’il y avait assez de travail pour les mortels. Je ne veux pas. Non, je ne veux pas. Je veux être traité comme eux, je veux être traité ainsi même si ça m’effraie. Ces horreurs, je veux pouvoir les vivre pour comprendre ce que les autres ressentent. Je veux pouvoir m’en plaindre au même titre qu’eux, mais ils ne comprendront jamais. Je ne comprendrai jamais ce qui se passe réellement non plus, je ne comprendrai jamais toute cette souffrance, je ne peux que l’anticiper alors que mes mains sont vissées à une pioche et que je frappe, frappe et frappe de nouveau contre les fragments de ce répugnant poison qui nourrit la grande machine. Je me tue à chaque coup, mais ce n’est pas grave : Je suis déjà mort, qu’ils disent, je suis déjà mort, moi.

Où sont passés mes rêves et mes ambitions, où est passée cette lande où le soleil ne se couche pas? Je ne sais pas, je ne sais plus. Quels rêves? Lui reste silencieux. Lui s’éteint en même temps que moi. Ça le garde en cage. Il est épuisé lui aussi, il murmure, il est faible tout comme moi. Je dois continuer ainsi, c’est le seul moyen. Je ne sais plus si je ressens quelque chose, je ne sais plus comment me sentir. Je dois retourner travailler. Tous ici travaillent pour oublier. Il y a une règle d’or, ici : On peut tout oublier… Sauf de travailler. »


[…]

« 31 Floréal dont je ne connais pas l’année,

Elle est venue me chercher de force. Zalhaxa est venue me chercher pour m’arracher à l’infeste Verminal. Elle dit que de prendre une pause me fera le plus grand bien… J’en venais même à l’oublier elle. Je me sens un peu honteux, je me suis poussé au-delà des limites de ce que je croyais possible. Enfin… Ne parlons plus jamais de Verminal, je ne veux plus rien savoir de cet affreux projet, plus jamais…

Nous sommes partis il y a quelques jours à peine et je commence à respirer un air moins saturé de nouveau. Je recommence à voir d’une teinte moins verdâtre le paysage qui me semble plus beau que jamais. Nous voyageons… Nous voyageons par-ce que c’est nécessaire. Voilà longtemps que j’avais oublié à quel point je rêvais de partir en voyage avec un frère ou une sœur, ce n’est qu’encore mieux avec Zalhaxa. Comment est-ce que je l’appelais déjà… Ça fait tellement longtemps. Ma bienveillante étoile, voilà, Zalhaxa ma bienveillante étoile.

J’avais aussi oublié à quel point la nature est belle. Elle est en pleine expansion, son cœur est plus grand que jamais. Ça me manquait. Ce vert-ci me manquait sans le moindre doute. Je peux m’épanouir de nouveau… Je peux prendre un peu plus de temps pour moi. Je lui dis merci. Je dis merci à ma sœur de m’avoir sauvé de cet horrible endroit et de l’infernale machine. Il y a des choses là-dedans que je n’oublierai jamais… Je croyais avoir dit que je n’en parlerais plus, je m’égare de nouveau.

Les fleurs sont plus belles que jamais. Je porte une grande attention à ma sœur et je me donne comme objectif de lui en offrir une à chaque jour de notre voyage. Elle est ravie à tout coup. Ce sourire m’est agréable. Je crois que je suis heureux qu’elle soit heureuse. On termine toujours nos soirées enlacés et jamais je ne pourrai m’en lasser. Rien n’est équivalent, et encore moins Verminal, à ce que je peux retrouver alors que je me berce dans ses bras. Je l’aime ma sœur. Je l’aime, mais elle n’est toujours pas prête. Je l’aime… »


[…]

« 17 Fructidor,

Tout allait bien, tout allait tellement bien. Pourquoi Père a-t-il fallu qu’il se passe quelque chose que je ne suis même pas en mesure d’expliquer? J’ai tenu ma promesse jusqu’au bout, mais je n’aurais peut-être pas dû. Oh si quelqu’un pouvait m’expliqué ce qui s’est passé… Comment est-ce possible qu’une telle chose arrive à ma sœur? Si elle savait comme je m’en veux… Si elle savait.

Je lui apportais une fleur de choix à tous les jours, une fleur qui me passait sous la main et qui plaisait à mes yeux. Echium vulgare, Solanum dulcamara, Melampyrum arvense, Eryngium maritimum, Anemone nemorosa et plus encore, elles y ont tous passé. Quand je lui ai offert cette Rosa… Je n’aurais jamais dû, si j’avais su je ne l’aurais jamais fait… Je me suis approché d’elle tendrement et j’ai laissé glisser la fleur contre sa joue, je lui ai laissé le temps de la sentir, et puis nous étions heureux, enfin. J’ai glissé les pétales de la fleur jusqu’à sa gorge pour aller jusqu’à son cœur. Elle souriait, je souriais, c’était le monde parfait jusqu’à ce que son visage ne prenne une toute autre expression.

Une réaction s’est produite, une réaction que je ne saurais expliquer. Son visage s’est tordu dans une expression de douleur, je ne l’avais jamais vu exprimer si ouvertement ses blessures autrefois. Je ne comprenais pas ce qui se passait, je ne comprenais pas pourquoi elle agissait ainsi. J’ai premièrement cru à une horrible blague douteuse, j’y croyais par-ce que j’aurais préféré qu’il en fut ainsi, mais ce n’était pas un rêve cette fois-ci. Je ne savais pas comment réagir, j’étais figé de la voir ainsi pour la première fois et de ne pas comprendre la provenance de cette subite douleur. J’étais effrayé à l’idée qu’il lui arrive quelque chose, mais bien loin de me douter que j’en étais responsable. J’ai voulu la rassurer, j’ai voulu croire que ce n’était qu’un traumatisme quelconque, une crise comme nombre d’entre nous font parfois, mais c’était bien plus qu’une simple crise.

Elle s’est empressée de repousser la fleur que je tenais toujours en main lorsque je l’approchais et c’est à ce moment que j’ai vu ce qui se passait réellement. La marque… L’affreuse marque qui longeait le long de son visage pour aller chercher refuge à même son sein et qui suivait malveillamment le même et identique parcours que la fleur elle-même avait tracé. J’étais estomaqué. Je ne savais toujours pas comment réagir alors que sa souffrance se poursuivait et s’amplifiait davantage. Je suis resté ainsi figé longtemps durant avant de finalement m’avancer à la hâte vers elle…

Notre voyage était terminé et notre retour fut bien pénible. Nous retrouvions cette vieille Mortancia et déjà nous avions perdu le sourire avant même d’y mettre les pieds. Je ne l’ai pas revu depuis un moment déjà et je m’inquiète pour elle… Je ne veux pas qu’il lui arrive quoi que ce soit, je ne le tolèrerais pas. Je l’aime, ma sœur… Je l’aime… »


[…]

« 7 Brumaire,

Non, ce que nous avons retrouvé n’est décidemment pas la vieille Mortancia. Les choses ici ont subit de grands changements, énormément de changements oui… Rien n’est plus le même et les gens s’activent davantage. Des constructions se font, des travaux sont en cours, il m’a fallu de bonnes semaines avant de me remettre de ce qui s’est passé et de me mettre à jour. L’élu… Celui qui portait le nom de l’élu a finalement dévoilé ses cartes. Les gens ne doutent plus du tout. On m’a fait savoir qu’il avait déjà commencé avant même, lorsque j’étais dans le Verminal et que jamais je ne m’en étais aperçu tellement j’étais… Enfin… Les gens le voient comme le guide de notre peuple, il a enfin hérité de ce qui devait lui revenir selon les prophéties. Je ne peux contester qu’il ait fait de grandes choses pour notre nation, je ne peux que m’apercevoir de tout ce qu’il a fait pendant que j’étais dans l’ombre de cette grande et écœurante lumière verte. Je n’ai pas revu Zalhaxa depuis cet incident, j’ai bien trop peur de savoir sa réaction. Je l’évite au mieux que je peux... Et pourtant j’aimerais tant la revoir. Je ne veux surtout pas la perdre… Je ne veux pas la perdre comme j’ai perdu les autres. Ça fait tellement longtemps maintenant… Je n’arrive plus à me remémorer leur visage parfaitement. J’ai… J’ai mal quand j’y repense. Je ne dois pas y penser, je dois passer à autre chose. Ça recommence, je le sens. Je ne dois pas, il ne doit pas… Je ne dois pas… Penser. »


[…]

« 1er Frimaire,

Elle va mieux maintenant. Elle dit qu’elle ne m’en veut pas… Pourtant les marques restent bien évidentes sur son corps. J’ai peine à croire qu’elle ne m’en veut pas, mais elle semble si sincère… Je veux y croire, je ne veux pas douter de ma sœur. Elle est la plus importante à mes yeux, je ne dois pas m’en éloigner. Elle est ma lumière, ma bienveillante étoile… Ces marques contre son corps sont toujours là pour me rappeler ce qui s’est passé, mais je ne dois pas y penser. Je ne dois pas y penser par-ce que c’est le souvenir d’un échec incontestable… L’échec…

J’ai été témoins d’une horrible scène, néanmoins… Je suis toujours sous le choc de ce qui s’est passé, bien que j’essaie de penser à autre chose. Ils l’ont emporté. Ils ont emporté l’un des nôtres de force, ils l’ont amené dans l’ombre et l’ont trainé jusque dans ce sombre bâtiment aux allures morbides. On dit que les hérétiques sont pourchassés et qu’ils sont menés devant le tribunal de Revhan pour obtenir les grâces de Kalos… Ou pour subir le divin courroux qui leur revient de droit pour s’être éloignés du Père… Oh s’ils savaient… Non, non, ils ne doivent jamais savoir. J’ai une foi immense, mais mes opinions sont à controverse du courant de la nation. On m’a déjà traité d’hérétique par le passé, je ne tiens pas à ce que ça se reproduise… Et encore moins en voyant de telles condamnations quant à ceux considérés comme des déviants à l’ultime foi. Je dois me faire oublier. Je dois oublier et me conformer. Je dois me soigner et arrêter de penser. C’est ça, la solution. Et je dois trouver un remède pour ma sœur. Je ne peux pas la laisser dans un tel état. J’ai déjà une bonne idée de ce qui pourra l’aider, j’espère de tout cœur qu’elle s’en sentira mieux… Je ne peux que me tourner vers la dernière chose qu’il me reste. Le dernier refuge dans lequel je peux me tourner pour oublier et pour atteindre ce qui je crois la sauvera : Verminal, me revoilà. »


[…]

« J’ai une fois de plus perdu toute notion du temps,

On ne quitte jamais l’infernale machine une fois qu’elle nous a accueillis en son sein. Je retourne inévitablement la voir inlassablement pour frapper, frapper et frapper de nouveau contre les pierres et arrêter de penser. J’arrive à peine à me remémorer la raison pour laquelle je suis revenu ici en premier lieu… Oui, c’est vrai, pour les cristaux de Nox… Ils n’ont pas pu aider ma sœur. Ils ne lui ont pas rendu ce qui lui a été arraché de mes mains. Je dois creuser plus loin. Plus loin se cache le remède et l’acquisition de mon propre pardon. Je dois travailler plus fort, me donner entièrement à la nation. J’oublie ce qui se passe autour de moi, bien que je sois toujours conscient de toutes les atrocités de l’infernale et grondante machine. Je me soigne lentement. Je crois que j’arrive finalement au but que je désirais. Je sens cette certaine paix qui s’installe en moi et qui me prend doucement. J’ai trouvé mon remède, j’ai enfin trouvé mon remède grâce au Verminal. Oui, Verminal m’a donné le remède à mes problèmes et m’a ouvert la porte pour éliminer chacun d’entre eux. Je dois lui rendre honneur, je dois continuer de travailler. Verminal est bonne pour moi et pour mes proches. Jamais je n’aurais dû en douter. Si je peux me soigner ainsi, je soignerai aussi ma sœur. Je l’ai vaincu, j’ai vaincu Le Mal. Je suis plus fort que lui et il ne peut rien faire.

Et je l’entends s’approcher de moi dans ses grands grincements et ses fracas d’acier, L’infernale mélodie de ses intimes vacarmes, la traînée de charbon et cette odeur de souffre qu’elle laisse en son cheminement. Je vois sa sainte lumière verte m’éclairer et me plonger entre ses crochets qui caressent mes cheveux. La grande machine sourit de ses dents rouillées et vient murmurer à mon oreille : « Félicitation, vous êtes mort. »

Je suis guéri. »



« Travaillons sans raisonner ; c'est le seul moyen de rendre la vie supportable. »
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Xul'Thris, Mortanyss

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MessageSujet: Re: Historique Xul'Thris   Mar 10 Fév - 15:42

« Je… Je n’ai ja… Je n’ai jamais été si heureux de… De toute… De toute ma vie »

[…]

Il était là, puisque c’est le moindre qu’on puisse dire pour définir l’état dans lequel il était, installé dans les escaliers de l’aire de repos, chose qu’il n’avait pas faite depuis des lustres. Il s’était fait absent, très absent et pourtant son retour n’annonçait déjà pas une grande présence d’esprit. Il était là à regarder un peu partout, les yeux mi-clos et un air atrocement fatigué plaqué au visage. Ses yeux qui autrefois fuyaient tout ce qu’ils croisaient comme la peste en étaient maintenant vides et absents, ne reflétant pas même une once d’émotion dissimulée ou refoulée. C’était là le retour si étonnant, le retour des profondeurs des mines que certains auraient pu attendre depuis longtemps. Les potins le disaient non sans retenue ; Ceux qui entrent dans le Verminal n’en ressortent jamais comme avant, et ce n’était d’autant plus vrai pour le Spectre qui y avait séjourné des années durant.

« Ça… Ça fait des… Des années? Je… Je cr… Je croyais que… Que ce n’était que… Que des… Que des mois… »

Complètement absent d’esprit, il ne raisonnait plus du tout comme avant, ni même ne regardait comme il avait l’usage de le faire, ni même ne tremblait, ni même n’osait être lui-même. Les seuls vestiges qu’il lui restait encore étaient un corps – Si c’est ainsi qu’on peut l’appeler – Et cette manie de bégayer dont ni le temps et ni le Verminal n’était venu à bout. Les visages qu’il voyait lui étaient vagues et il ne cherchait pas plus loin pour se souvenir. Un nom, un visage et c’est tout ce qui suffisait, les souvenirs englobant cette personne n’avaient pas d’importance, pas s’ils n’étaient pas mentionnés du moins. Il semblait se familiariser lentement avec son nouvel environnement, lentement mais surement, retrouvant des vieux visages qui longtemps semblaient avoir disparus de sa mémoire en y laissant qu’un vague sentiment de déjà-vu. Et sur ce visage absent, ce visage qui ne reflétait rien d’autre qu’une extrême fatigue qui se taillait une place de ses yeux jusqu’à ses joues en amplifiant ce qui semblait être un maquillage venu d’une autre vie et qui refusait de partir, sur ce visage absent osait se tisser un sourire…

Vide…

Vide… Vide et encore vide. L’un de ces sourires faux qui ne signifient rien, l’un de ces sourires faux qui suffiraient à casser une glace si elle le lui fût présentée tellement il respirait le mensonge et l’absence d’émotion. Ce n’était visiblement pas de mauvaise grâce, certes non, mais ce sourire absent et totalement dénudé d’émotions n’était là que l’apogée de l’œuvre du Verminal. Mais tout ceci n’était pas important. Les faux sourires, les faux regards, les faux visages et les faux masques n’avaient rien d’importants. La seule chose qui importait maintenant…

« Je… Je n’ai ja… Je n’ai jamais été si heureux de… De toute… De toute ma vie »

On ne lui en voudrait pas d’être heureux… On ne pouvait lui en vouloir d’enfin être heureux…

[…]

Un aller, un retour, un aller-retour et ainsi de suite. Les venues et les départs s’empilaient, les venues étant justifiées par des pauses et ses départs par des reprises de quart de travail. On ne devait surtout pas faire attendre la grande machine… Surtout pas…

« La grande machine me donne du bonheur… La grande machine est bonne pour moi, en échange de mon travail, je reçois du bonheur. Quand je travaille, j’arrête de penser… Elle m’aide à ne plus penser à tout ce qui pourrait me faire du mal. Elle s’est approchée de moi avec ses grands crochets et elle a changé les fils à l’intérieur de moi. Elle a changé les fils noircis et rouillés par les noires pensées que je cultivais pour les remplacer par de grands fils de cuivre. Je me souviens encore de leur éclat. J’aurais aimé les toucher je crois. Elle m’a permit de retrouver le bonheur, tout ce que j’ai besoin de faire pour elle, c’est d’arrêter de penser et simplement frapper contre le Nox. Elle ne me demande pas des exploits, elle ne me demande pas des manèges, des tours, des ciels ou plus encore. Elle me demande ce que je peux lui donner et je le fais volontiers, parce qu’elle me donne mon bonheur tant recherché. Penser mène au désir et le désir mène à la souffrance… Je ne devrais pas penser… Je pense trop, je devrais retourner travailler, la grande machine n’aime pas attendre. Je sens déjà son œil vert, cette lumière verdâtre contre mon corps pour me caresser doucement, lentement et comme une mère qui prend soin de ses enfants. Je ne dois pas la décevoir, elle est le Verminal. Elle est mon bonheur… »

Bonheur fort illusoire, mais bonheur tout de même. Tous les moyens sont bons pour parvenir à ses fins. Enfin il était remonté à la surface dans l’espoir de revoir des visages qu’il aimait et dans ce même espoir de les voir lui dire qu’ils étaient fiers de lui, qu’ils étaient fiers de ce qu’il avait fait, de ce à quoi il était parvenu et de tous les efforts qu’il mettait à son travail dans le Verminal. Ses attentes furent donc ainsi vouées à ne rencontrer que ce que ses yeux laissaient voir…

Vide… Vide... Et toujours vide…

Pire encore, on s’inquiétait de son état, on s’inquiétait de son bonheur et on suggérait l’idée absurde qu’il tentait de se convaincre lui-même et les autres qu’il était enfin heureux… Mais personne ne le comprendrait, personne ne pouvait comprendre pourquoi il avait agit ainsi et pourquoi il en était maintenant là. Tout semblait tellement facile chez les autres, toutes ces acquisitions, tous ces buts atteints, tous ces prodiges du Père et de la nature qui parvenaient à s’échelonner et se hisser jusqu’au sommet en un rien de temps. Des élus ici, des élus par là… Mais personne ne parlait des résidus. Ces matières informes qui n’avaient encore trouvé aucune utilité en ce monde, les déchets de la société étaient bel et bien là. Leur état n’avait rien de plaisant à regarder, voir même rien de réconfortant, certains parvenaient même à donner des hauts le cœur. Convaincu que c’était là son destin, puisque les faibles ont toujours été présents pour justifier les forts, il valait ainsi mieux par soucis de l’environnement se recycler plutôt que de rester un déchet sans importance. Comment peut-on mieux paraître qu’en plein milieu d’un amas de déchets pire que sa propre personne, quoi de mieux pour se valoriser que de trouver les quelques honneurs à dépasser le statut social et physique d’avortons lorsqu’on est soi-même convaincu n’avoir aucune véritable utilité – Sinon élever les autres – en ce monde?

Verminal était la réponse. Jamais Mortancia n’avait connu pire amas de déchets de toute son existence. C’est parmi cette masse de déchets – Aussi appelés Mortels – Qu’il avait cru pouvoir briller, bien que ses motifs fussent tout autre que de rabaisser les autres pour s’élever lui-même.

[…]

Il avait fait une promesse… Et il avait pris les mesures pour y parvenir. Quinze années plus tôt ses instincts, ses désirs et ses impulsions étaient plus forts que jamais, à savoir qu’il lui arrivait de plus en plus souvent de ne même plus pouvoir les contrôler et de faire du mal à ceux qu’il aurait tant aimé chérir plus que tout. Il ne pouvait plus vivre en étant un danger pour les autres, vivre dans la peur de faire du mal à ses proches était inconcevable. Hors… Il avait finalement réussit. C’est à force de travailler jusqu’à s’en négliger, jusqu’à éliminer ses propres pensées et ses idées, jusqu’à ne plus avoir le moindre désir tellement il était plongé dans ce si beau bonheur sans corps ni forme ni raison qu’il était parvenu à dissoudre ses instincts. N’était-il pas logique qu’après avoir établi un rapport spéculant qu’on ne pouvait vivre le bonheur – Le vrai – Sans avoir à vivre l’autre côté de la médaille, la souffrance, on en vienne qu’à penser que de supprimer les deux nous mènerait vers l’apogée du bonheur?

Mais les règles qui régissent notre monde sont faites autrement, hélas.

Il était finalement remonté à la surface après s’être assuré d’être bien calme et qu’il ne pourrait plus laisser place à ses instincts et ses désirs. C’était là la vraie motivation quant à aller voir la grande machine. Persuadé qu’il ne pourrait parvenir à Le contrôler lui-même après toutes ces tentatives échouées, il avait besoin d’une aide extérieure que seule elle avait pu lui procurer avec autant d’efficacité. La machine ne pense pas, n’a pas de désir et ne souffre pas, elle est donc synonyme de bonheur absolu et elle lui avait gracié de ce don dont il était infiniment reconnaissant. Il l’avait vaincu, il avait vaincu Le Mal… Voilà des mois – Des années? – qu’il était disparu et qu’il n’avait pas donné le moindre signe.

Il n’existait plus, simplement. Il n’y avait plus la moindre raison d’en parler. Jamais il n’avait existé, on se devait de l’oublier comme il avait oublié tous ses instincts, toutes ses envies, ses désirs et ses passions. Jamais l’homme ne trouvera pire châtiment que l’oubli, jamais.

Et ce sourire persistant à travers le temps, ce sourire informe qui ne dévoile que des dents de mensonge et qui n’a rien de vrai. Cette horrible image d’un semblant de bonheur durement gagné restait gravée sur son visage. Presque en tout temps, qu’il soit à un moment opportun ou non, le sourire s’adapte à n’importe quelle situation disait-on. Sourire sans même chercher à comprendre pourquoi, simplement le déclencher pour tenter de se tirer d’affaire ou faire bonne impression ; c’était ça l’important maintenant.

C’est la pioche à la main et le sourire à ses lèvres déchirées qu’il était là, siégeant dans les escaliers de l’aire de repos en prétendant y être alors qu’il s’évadait dans un vide quelconque à la moindre occasion et tentait de se convaincre qu’il ne devait s’épanouir ou dormir. Mais tout ceci n’avait pas d’importance. L’état de notre propre corps et de nos propres capacités n’ont aucune importance lorsqu’on trouve finalement quelque chose qui nous apporte du bonheur après tant de temps.

Et un coup… Un coup de plus pour la grande machine. Les poussières de Nox lui montaient une fois de plus jusqu’à l’esprit comme un papillon dépose la poudre de ses ailes contre le sol. Cette belle lumière verte et radiante, tellement éloquente. Hélas… C’était un beau papillon que celui qui savait nous rendre heureux…

« Je… Je n’ai ja… Je n’ai jamais été si heureux de… De toute… De toute ma vie »


Le travail éloigne de nous trois grands maux : l'ennui, le vice et le besoin.
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Xul'Thris, Mortanyss

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MessageSujet: Re: Historique Xul'Thris   Mar 17 Fév - 1:55

« Promets-le moi... »

Il posa sur elle ses yeux vides et pour une première fois depuis longtemps, on pu voir apparaître dans ses yeux une lueur d’incompréhension, d’hésitation et une phase de questionnements. Des mots qu’elle lui avait dit résonnaient encore très bien à ses oreilles et il avait déjà goûté de ces méthodes peu orthodoxes, voir même hypocrites et pourtant nécessaires dont pouvait faire usage sa sœur Zalhaxa. Ses lèvres recommençaient à trembler, ses mains à s’agiter et ses pensées à broyer. Ses yeux cherchaient et cherchaient jusqu’à se poser contre le pic à miner qui reposait au sol non loin d’eux. Ce sourire, ce sourire absent venait lui voler sa raison en se posant une fois de plus contre son visage, bien en évidence et ne faisant pas le bonheur de sa sœur. Il ne prit pas beaucoup de temps pour l’effacer comme il était venu, voyant que dans cette situation, aucun sourire ne pourrait le sauver d’un choix qu’il aurait à faire et qui changerait à jamais non seulement ses états d’âmes, mais aussi et surtout sa relation avec la liche…

« Xul…? »

[…]

« Xul…? »

[…]

« M’tu vas bien…? »

Un sursaut, un grand sursaut alors qu’il revenait à ses pensées. Ses mains chétives se flattaient déjà l’une contre l’autre, ses yeux exorbités et plutôt fous cherchaient de quoi se calmer du regard, de quoi lentement revenir à lui, son propre lui et son calme d’autrefois dont il semblait maintenant si loin. Ses dents claquaient et son corps était parcouru de frisson. On pouvait parfois même le voir gratter contre le sol lorsqu’il arrivait que son corps en entier se crispe d’horreur. Certes, cet homme là n’était pas du tout le même qui était revenu des mines quelques semaines auparavant, ni même celui qu’on avait connu quinze années plus tôt.

Ce qui se tenait là était un homme qui avait fait une promesse de trop, une promesse qu’il aurait bien trop de mal à tenir et il ne le savait que trop bien avant même de la faire. Cela faisait des jours que ce même homme n’avait pas mis les pieds dans les profondeurs des mines du Verminal et qu’il n’était pas retourné se ressourcer de son dur labeur – Et de tout ce que ça impliquait. Ce sont ces mêmes quelques jours plus tôt qu’il avait regardé l’image d’un pic à miner sur un rivage lointain, se mêlant à sa propre perception. Il en était certes à se demander si c’était le pic qui s’éloignait de lui – Car rien ne devait être de sa faute, il en avait déjà trop sur les épaules – Ou s’il s’agissait de lui qui s’en éloignait. La triste figure de bois et de fer était restée abandonnée comme un déchet sur l’herbe non loin du sable et criait qu’on vienne la chercher. Elle criait et sanglotait, faisait appel à tous les muscles du Spectre pour qu’il vienne la chercher, mais rien n’y faisait. C’est la main dans celle de sa sœur qu’il quittait cette rive non pas sans regarder à l’arrière. C’est cette main qui le traînait loin de cette vieille relique qui bientôt appartiendrait à un passé dont peu de morceaux resteraient…

Pourquoi? Pourquoi lui avait-elle fait promettre de ne plus jamais remettre les pieds dans le Verminal et de ne plus jamais aller revoir sa glorieuse Grande Machine, celle qui semblait l’avoir délivré de tous ses maux et qui connaissait la clef du succès? Pourquoi désirait-elle si abondamment qu’il la préfère à sa machine, qu’il avoue se sentir plus heureux en sa compagnie qu’avec les crochets rouillés et la lumière verte de cette ferraille? Elle qui ne désirait que son bien ne le voyait-elle pas souffrir en ce moment? Ne voyait-elle pas tout le mal qui l’affligeait, toute cette volonté dont il devait faire preuve pour résister à l’appel du Verminal…?

… Le Verminal?

Une sensation de sueurs froides, des bouffées de chaleur intenses, la tête qui tournait, les dents qui claquaient et le corps qui s’activait comme s’il était affligé d’hypothermie. Était-ce donc véritablement le Verminal et l’appel du travail, l’appel du dur labeur et de « L’utilité » qui le faisait sentir ainsi? Il ne se questionnait pas vraiment à ce sujet, s’en tenant pour dit que c’était bel et bien le cas et qu’il n’y avait pas de raison d’aller chercher plus loin.

Les papillons… Mais où étaient donc passés les papillons qui allaient et venaient pour laisser doucement tomber leur poudre verdâtre sur chacun des travailleurs de l’infernale mine… Un délire? – Certes non, une métaphore de bien mauvais goût. Cette présence, cette odeur, cette sensation étrange de bien être et d’un certain réconfort… Ce qui semblait donner la force de continuer de piocher malgré une certaine fatigue… Il est en d’étranges idées que le corps s’accoutume à son environnement s’il y est exposé trop longtemps. Jamais il ne fut répertoriés de tels symptômes de par un arrêt soudain d’une incassable routine de travail et de dur labeur, mais ce ¨jamais¨ n’inclus pas que le travail fut fait dans certaines conditions qui pour le commun des mortels faisait naître des malaises et divers problèmes de taille. Les conditions de travail pour le Verminal sont obscures et ce, même pour ceux qui en tirent les ficelles. On ne connaît le calvaire des travailleurs que lorsqu’on y a pleinement participé, et ce présent cas était un sujet bien à part.

Vert… Cette lumière verte. Ces rayonnements verts, cette couleur qui semblait lui apporter tant de réconfort et qu’il n’avait pas vu, en de pareilles teintes, depuis fort longtemps. Le corps l’appelait, l’esprit l’appelait et n’en finissait plus et ce, au point d’en créer des malaises propres à lui et des symptômes qui instinctivement auraient pour but de le faire revenir à la source de son approvisionnement.

Mais il avait fait une promesse… Une promesse de trop.

[…]

« Tu dois d’abord aider les autres pour que ce regard sur toi change. Il n’en faut pas énormément pour aider, une simple pièce pour un mendiant ou encore protéger une personne contre une bête peuvent suffire à titre d’exemples. Ce n’est qu’une fois que le regard que les autres portent sur toi aura changé, une fois que tu sentiras ce regard qui dit ¨Merci¨ que tu pourras te regarder avec ce même regard, accepter tes différences et enfin connaître le bonheur. C’est là que se trouve le véritable bonheur. »

Les souvenirs difformés des mots résonnaient encore pleinement dans son crâne. Ce n’est que quelques minutes auparavant qu’il avait été atteint d’un certain délire à la suite d’une consommation de ce qu’on lui avait présenté comme ¨Du bonheur à fumer¨, aussi appelé Lys fané. Prêt à tout pour atteindre son ultime but et être heureux, il n’avait pas hésité le moindre instant quant à consommer les produits les plus insolites pour parvenir à ses fins. Ce n’est qu’après une mise en scène finement exploitée qu’il en était venu à croire à des hallucinations qu’on lui avait imposé par des moyens peu conventionnels – L’art de l’illusion est grand, Kalos en soit témoin. Il en était à deux pouces d’étrangler Zxi dans ce qu’il prétendait bel et bien être sa gorge pour faute de lui avoir donné de quoi qui aurait su ramener à la vie de vieux problèmes et de vieux délires de l’esprit lorsqu’il fut arrêté dans son élan de colère. D’abord choqué par la situation fâcheuse dans laquelle il était, on l’avait à proprement dit testé jusqu’à voir à quel point il pourrait dépasser les bornes du possible au risque de s’en prendre à l’un de ses frères, ou du moins le tenter ou menacer de le faire. Mais la leçon allait bien plus loin que ça…

« Axxiel… »

Il avait quitté comme il était venu et son apparition n’avait semblé avoir lieu que pour lui. Presque complètement drapé de blanc, sa silhouette aurait tôt fait de faire ressortir l’image d’un frère tout en confondant habilement avec celle d’un ange gardien de par les propos qu’il tenait et cette connaissance occulte qu’il semblait tenir à l’égard du Spectre. Il avait déjà eu une telle apparition des années auparavant, il en avait encore le souvenir bien clair.

« Vaesxa… »

Elle était venue pour lui aussi, mais bien avant. Elle était venue pour le guider de nouveau vers les siens, pour éviter qu’il s’écarte de la voie du Père et qu’il se rapproche de ses frères plutôt que de patienter aux frontières de Citria dans l’espoir d’en voir sortir sa sœur Haze. C’est sa lumière, cette lanterne qui jamais ne s’éteignait et qui servait à guider les égarés vers le chemin de l’ultime foi qui l’avait ramené à la raison… Mais cette fois-ci, les choses étaient différentes. Les choses avaient changé et il semblerait que quelqu’un veille sur son cas de bien plus près qu’il ne l’eût cru. Ce Axxiel disparu comme il était venu sans ne laisser la moindre trace, mais il avait laissé derrière lui des propos inspirants qui auraient tôt fait de raviver en lui un espoir, une idée ou même un but. Il en avait si peu fait, s’il fallait le comparer à toutes ces personnes qui lui étaient venues en aide… Mais pourtant… En quoi se méritait-il donc tant d’intérêt dans ses propos?

Parce qu’il avait raison. Voilà pourquoi.

[…]

« Ce visage d’ange… Ce visage. Je le connais. Elle me connaît aussi à en voir le regard qu’elle me porte et je n’ai pas une impression d’inconnu. Ce visage, je l’ai déjà vu, je l’ai déjà sentit, je l’ai déjà caressé et même... Goûté…? »

« A… Ame? Ce… C’est… C’est t… C’est toi? »

Couché au sol dans un état qui ne faisait qu’empirer au fil du temps, son corps entier tremblant et ne demandant qu’une seule chose qu’il était déjà impossible de lui donner sous peine de trahir sa promesse, il revoyait un visage qui sans l’ombre d’un doute évoquait des souvenirs. Des souvenirs noirs et blanc, mais surtout gris. Il n’arriva pas à s’empêcher de sourire d’un de ces sourires qui disent merci lorsqu’elle lui tendit un sac rempli de tous les présents qu’il lui avait offert avant de lui donner un Adieu temporaire… Mais ce n’était pas le temps. Ce n’était pas le temps de sourire, ni même d’être heureux. On ne peut être heureux et malheureux à la fois sans qu’on nous prenne pour un dément et c’est le malheur qui l’affligeait à l’instant, suivit de lamentations déplorables et incessantes qui le ramenèrent à l’ordre. L’ombre derrière lui attendait toujours en tentant de se faire un chemin dans ce qu’il disait pour bien percevoir ses intentions. Quelques signes qu’il ne vit pas, des pas qui s’en allèrent et une voix grave, sinistre et parsemée de grognements s’éleva alors autoritairement de cette même ombre qu’il n’osait regarder, mais qu’il sentait bel et bien non loin dans son dos.

« Si tu es si fatigué et que tu as si mal, je peux veiller à alléger tes souffrances… »
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MessageSujet: Re: Historique Xul'Thris   Mar 17 Fév - 2:05

Comme une illumination, le Spectre tourna la tête en direction du faucheur sans visiblement comprendre le sens caché de cette proposition. On lui tendait une main ouvertement avec une proposition de bonheur, comment pouvait-il résister à un tel appel?

« Tu… Tu peux… Tu peux faire… Faire… Faire ça p… Pour… Pour moi? »

Un simple hochement de tête suivit de divers bruits venant de partout à la fois. Des bruits de pas, des gens qui parlaient, des personnes qui se faisaient bruyantes. On se croyait à un carnaval de Mortancia tellement l’amas de personnes qui y étaient était importante et concentrée. Il avait du mal à se concentrer, à bien comprendre ce qui se passait, à bien comprendre les intentions. Au moment où il tournait la tête à nouveau en direction du faucheur qui s’était approché, il n’eût le temps que de voir sa main se poser contre son épaule, d’abord en un geste qui se voulait direct, précis et sans hésitation.

« Ça y est. J’ignore comment il procédera et si ça fera mal, mais je sens qu’il pourra m’aider à enfin atteindre mon Bonheur. Il a toujours été si distant, je m’étonne qu’il soit là à poser sa main contre mon épaule et me proposer son aide de cette façon. Je crois qu’il me comprend, je crois qu’il comprend ce que je ressens et ce que c’est que cet état. Il semble tellement froid… Ça ne peut être que le résultat d’une dure vie à surpasser problèmes après problèmes… Mais il ne laisse rien paraître. Il semble tellement invincible… Tellement… Vide. Rien ne semble lui faire du mal, rien ne semble l’attrister. Il est heureux… Je crois. Je veux être heureux comme lui, je veux être comme lui. Les gens savent qui il est, ils vont souvent le rencontrer. Il a bonne réputation, il a bonne confiance, il n’a aucun soucis et aucun problème. Il est parvenu à atteindre des titres au sein de Mortancia que je n’aurais même pas osé imaginer pour ma part. Il a fait de grandes choses, Yudjhezel. Il pourra me débarrasser de ce qui m’afflige, je le sens… Merci… Merci… »

La main du Sinistre s’écrasa soudainement avec plus de force que le Spectre ne l’eût cru, l’écrasant contre le sol avec une brutalité qu’il croyait jusqu’à ce jour inconcevable. Confus, médusé par les méthodes peu communes et effrayantes, il ne pouvait s’empêcher de ressentir un effroi grandissant. Ces quelques secondes qui le séparaient de ses pensées avaient suffit à lui faire changer d’idée en tout en partout. Rapidement et dangereusement, le Sinistre approcha sa faux du cou du Spectre alors qu’il semblait comprendre en un éclair de génie où il voulait en venir. Aucun son ne sortit de sa bouche sur l’instant, beaucoup trop surpris pour laisser s’échapper le moindre bruit. Il entendit un cri et des bruits de pas, il vit des visages se tourner et s’avancer en un instant. Tout allait tellement vite, tout défilait à une vitesse ahurissante. C’était une mascarade? Tout ceci ne pouvait être qu’une mascarade, on ne pouvait laisser le faucheur s’en prendre à lui sans même l’en empêcher. Son ouïe s’embrouilla, il releva la tête en direction de la forme sombre qui s’en prenait à lui pour plonger son regard dans les profondeurs de la sombre capuche…

« Tu vas te laisser abattre ainsi, sans te défendre!? »

Sa vision s’embrouilla elle aussi, mais alors qu’il baissa les yeux, il vit ce filament argenté qui commençait lentement à s’échapper de lui pour aller rejoindre le faucheur. Son corps fut pris d’horreur et au même moment il sentit son corps se débloquer tout en se crispant. Il commença à se débattre comme un diable plongé dans l’eau bénite avec le peu de force qu’il avait et qui donnait raison à cette mine atrocement fatiguée qui était toujours taillée sur son visage. Il se mit à crier tout en bougeant n’importe comment pour tenter d’éloigner le Sinistre sans grand succès.

« P… P… Pas… Pas la… Pas la F… Pas la faux! Pas la faux! PAS LA FAUX! »

« C’est tout!? Allez, relèves-toi! »

Vaine tentative de se remettre sur pied et d’éloigner le faucheur de lui, il entendit bien clairement le grognement reprendre de plus belle en voyant les lamentables essais du Spectre. C’était terminé, il lui avait laissé une dernière chance de se relever comme un véritable Mortanyss plutôt que de ramper au sol comme une larve. Il rapprocha davantage la faux et le mince filament d’argent recommença à être absorbé de cette même perturbante manière…

« Je… Je ne veux pas m’éteindre. Je ne veux pas disparaître et être oublié, je ne veux pas. Laisses-moi… Laisses-moi partir je t’en supplie… Je t’en conjure. Je ne veux pas mourir une deuxième fois, je ne veux pas quitter ces personnes que j’ai connu. Je ne veux pas les oublier, je ne veux pas qu’ils m’oublient… Je ne veux pas oublier la promesse que j’ai fait. Je veux vivre… Je désire vivre. Je désire… »

Frustration d’être placé dans une telle situation déstabilisante, de ne rien pouvoir faire pour veiller à sa survie. La pitié qu’il avait l’habitude d’attirer, bien qu’elle ne fût pas désirée, ne suffisait pas. Soit il combattait pleinement, soit il se résignait à s’éteindre et retourner à la terre avec un amer souvenir de défaite et d’abandon…

Son visage vînt se tordre et se crisper, prendre pleinement une expression de colère, de rage… D’instinct. Plus rien ne comptait, plus aucune raison morale, plus aucune raison esthétique et familiale, plus aucune valeur et respect n’avait lieu d’être. Tout ce qui importait en ce moment même, c’était la survie. C’était le faucheur ou lui, un seul d’entre eux ne pourrait s’en sortir vivant. On avait voulu s’en prendre à sa vie, à ses souvenirs et à son existence, il donnerait tout ce qu’il avait sans retenue. Il se battrait pour la tenir, la cajoler, la flatter, la caresser et l’embrasser. Il existait… Il existait et il existerait.

« Je vais te tuer… JE VAIS TE TUER! »

Il se mit à hurler, à crier, à frapper dans tous les sens et à se débattre avec tout ce qu’il avait. Toute cette rage qu’il avait depuis trop longtemps refoulée et avalée pour éviter qu’elle ne sorte, toutes ces frustrations dont il n’avait pas fait le moindre cas et dont il n’avait que courbé le front et accepté sans chigner… Une force sortie d’on ne sait où vu son état faible et chétif, une détermination et une sauvagerie inhumaine dans l’espoir de déchiqueter son adversaire.

Il ne prit pas beaucoup de temps, mais des efforts surhumains pour repousser le Sinistre… Mais il ne s’arrêta pas là. Le danger était toujours présent, l’instinct l’appelait, l’instinct le poussait à ravager jusqu’à s’assurer qu’aucun mal ne pourrait plus lui être fait dans l’avenir. Un seul d’entre eux ne survivrait à cet affrontement, le tout était clair et précis dans sa tête. Il bondit vers le faucheur et le rua de coups, s’agitant instinctivement et frappant comme il le pouvait sans la moindre technique. Griffant, fracassant et mordant dans son avancée, le faucheur qui adoptait une position de plus en plus défensive en voyant une telle bête surgir enfin de l’esprit du spectre ne put s’empêcher de grogner devant une telle férocité qu’il avait du mal à garder loin de lui.

Le spectre s’accrocha à lui en le tirant vers le sol, toujours avec cette même force et cette rage surhumaine. Il grimpa sur lui jusqu’à ce qu’il puisse s’en prendre à ce qui semblait être le visage du faucheur, ne se souciant que bien peu de la faux qui tentait de le garder à distance. Il se mit à frapper… Frapper et frapper dans la capuche avec comme seul et unique but d’un jour sentir le sol sous son poing. Il grognait, criait et frappait de plus belle. Le faucheur avait eu ce qu’il cherchait et le spectacle pouvait prendre fin. Il le repoussa sans mal et sans retenue, la bête retombant vers l’arrière et dans un ultime espoir de se relever s’aperçut de toute la fatigue qui s’emparait de lui après un tel effort physique. Il fut incapable de se relever et rapidement sembla reprendre conscience de ce qui s’était passé.

Il regarda partout autours de lui, le souffle haletant jusqu’à en voir les ravages qu’il avait fait sur le faucheur. Le danger avait été écarté, sa vie semblait sauve pour l’instant… Mais à quel prix? La peur… La peur reprenait les reines dans son esprit pour lui faire réaliser l’étendue de ce qu’il avait fait et ce qu’il avait permit de sortir à nouveau… Il ne l’avait pas entendu, il n’avait même pas murmuré le moindre mot. Il était venu comme un voleur sans le moindre bruit et semblait s’être emparé de son corps, chose qu’il n’avait pas fait depuis bon nombre d’années… Pour le sauver?

Quelque part dans son esprit, il ne pouvait s’empêcher de penser que si cette chose… Cet instinct ne s’était pas emparé de lui, il ne serait plus de ce monde et possiblement encore moins d’un autre. Son existence aurait prit fin, elle se serait éteinte comme tous les misérables et tous les faibles qui refusèrent de se battre ou qui n’en eurent pas la force. Cette chose qui sommeillait en lui et qui s’était éveillée sans prévenir, ce Mal qu’il s’était efforcé à oublier…

[…]

Il relâcha la main du faucheur mollement, son esprit vagabondant en d’autres espaces dont il était sans doute le seul à avoir accès. Il ne pouvait s’empêcher de penser, de craindre et pourtant de sentir un certain réconfort. Il quitta avec une mine absente, parce qu’il n’y avait plus rien pour lui dans l’immédiat, sinon quelques regards indiscrets et des murmures sur son passage…

« Cette force, ne la cache pas. Domine-la et contrôle-la. Elle est une partie de toi que tu dois combattre comme tu m’as combattu aujourd’hui. »

Un écho, un souvenir. Combattre… Combattre… Qu’avaient-ils donc tous à avoir ce mot à la bouche? La vie n’était-elle donc limitée qu’à n’être qu’un perpétuel combat jusqu’à sa fin – Et à en croire son état maintenant, même après?

Cette présence qu’il ne pouvait sentir, qu’il ne pouvait juger comme autrefois avait quelque chose à la fois d’effrayant et de réconfortant… Mais les choses avaient tellement changé depuis ce temps. Il n’entendait plus sa voix, il n’entendait plus ses sombres murmures. Il n’avait plus quoi que ce soit pour se baser et mettre le blâme de ses crises sur une entité créée au même titre qu’on s’imagine un ami imaginaire. Celui-ci n’avait rien de tel, il s’agissait d’un ennemi imaginaire, bien plus redoutables. Encore fallait-il croire qu’il soit imaginaire, car rien n’y faisait. Il connaissait cette présence, il connaissait cette énergie et s’en méfiait.

Regardant une fois de plus autours de lui, bien que des dizaines et des dizaines de mains s’offraient à lui pour lui venir en aide et l’aider à se surpasser, il n’y voyait que de grands étendus grisâtres. Bien qu’il fût pour l’instant le spectre d’une grande famille, il lui semblait que le sort eut tourné différemment et de cette même façon, il se sentait entouré de spectres qu’il ne voyait ou qui ne parvenaient pas à le réchauffer. Des mains qui venaient le déchirer de part et d’autre, le briser entre un choix et un autre… Peu étaient de ces mains qui prennent le temps d’écouter et de caresser pour mieux comprendre plutôt que de juger et de sauter aux conclusions.

Seul… Il se sentait véritablement seul. Quand même eut-il été d’un millier de ces mains qui lui auraient soutenu le dos, il ne pouvait s’empêcher de se sentir seul pour parvenir à se relever des récents événements. Lentement il commençait à penser à autre chose que cette obsédante idée du Verminal, lentement il se détachait de chacune de ces choses qui le retenaient là-bas sans évidente raison. Cette fois-ci, il devait se relever seul – Ou plutôt, il voulait se relever seul…

Un petit sourire jaune vînt à transparaître sur son visage. L’idée de se relever seul soulevait de l’ironie…

Pour quelqu’un à qui on avait gracié… D’un ennemi imaginaire.


Les enfers de l'esprit sont bien plus vastes que l'espace, plus noires que la nuit entre les mondes .
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Xul'Thris, Mortanyss

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MessageSujet: Re: Historique Xul'Thris   Jeu 5 Mar - 4:14

Une mode… Une véritable coutume au sein des siens…

« Moi je ne le crains pas. »

La main momifiée plaquée contre lui le retenant au pilier de pierre qui faisait partie de l’une des arches de l’air de repos, il tentait de se débattre dans des efforts qui se montraient bien vains. Il cherchait à fuir, il cherchait à s’éclipser jusqu’à la lune pour ne plus avoir à subir toutes ces histoires, toutes ces défaites, toutes ces humiliations… Mais il ne le pouvait pas. Il forçait contre la griffe pour la repousser sans grand succès, son adversaire du moment bien plus entraîné que lui.

Et il n’était même pas foutu d’avoir des yeux pour le vaincre… Salaud.

Cette présence, cette sensation de se sentir observé même quand on sait pertinemment que l’autre ne peut nous voir et que personne ne rôde dans les environs… C’était nouveau, c’était subit, c’était flagrant. Le Drakanyss ne le laisserait pas s’échapper avant d’avoir ce qu’il voulait.

Une mode… Yudjhezel semblait avoir passé le mot ou passé la ligne que personne n’osait traverser. C’était tellement facile… Tellement gratifiant de se voir s’élever au-dessus des autres, ce malin plaisir que l’homme a à toujours utiliser les autres comme des béquilles pour se surélever davantage en vue d’une ascension. L’homme n’avait rien perdu de son potentiel même après la mort, voir même que le désir n’était que plus grandissant. D’abord le faucheur, maintenant Xenshi… Qui seraient les prochains? Combien seraient-ils à le mettre dans une fâcheuse situation plutôt humiliante et exercer leur force contre son frêle corps qui ne demandait que rédemption?

« Tu vas te laisser marcher dessus de cette façon? »

« Je vais me laisser marcher dessus de cette façon…? »

« Détruis-le, les autres te craindront. »

« Je dois le détruire, les autres me craindront…? »


« Allez, qu’il sSsorte! »

Il se laissa submerger par cet inconscient désir de se surélever au-dessus des autres, ce profond désir à l’épreuve de la mort; La première seulement. Cette même rage qui l’avait prise lors de son combat avec Yudjhezel s’empara alors de lui, guidant ses muscles et ses gestes avec une animosité qui n’avait rien de fidèle à son image. Le résultat de la confrontation se termina sensiblement de la même façon que le précédent, bien que le Drakan déchu prenne bien moins de temps à l’immobiliser puisque là résidait son but. Ils se quittèrent bien vite sur une leçon de vie qu’il n’avait aucune envie d’entendre après l’humiliation qu’il venait de vivre, il quitta en le laissa sur des mots bien plus sombres et bien plus teintés de malice qu’il ne l’aurait cru possible.

« Un… Un j… Un jour je… Je te… Je te le… Le rendrai… »

[…]

« C’est tout ce dont tu es capable? »

[…]

« Il est à l’arrière, où d’autre? »

[…]

« J’en ai simplement assez de le voir ramper comme une larve… »

[…]

« Frappe-moi. Maintenant. »

[…]

« J’arrêterai de dire que tu bafouilles quand tu arrêteras de bafouiller. »

[…]

« Discipline! »

[…]

Ces mots… Ces mémoires bien imprégnées qu’il avait vécu depuis peu, ces scènes qu’il revoyait et revoyait encore dans sa tête n’avaient pour seul but que d’attiser la profonde haine qu’il ressentait à l’égard du faucheur, le sombre Père de cette nouvelle habitude de vie qui consistait à l’humilier publiquement, le rabaisser et l’insulter. Le plus frustrant de toute cette histoire résidait dans son incapacité à répondre… En raison que le faucheur n’avait pour lui aucune trace de passé ni la moindre trace d’une faiblesse quelconque. Il semblait tellement invincible et au-dessus de tout, attirant le respect et l’obéissance sans même avoir à dire un seul mot…

Une ambition nouvelle naissait, non pas une ambition dont le but est vertueux, si ce n’était là qu’une question d’honneur, mais une ambition qui résidait en ce besoin de prouver aux autres qu’on est mieux que ce à quoi on aspire. Le désir de vaincre… Le désir de vaincre le Faucheur et lui prouver de quoi il était capable… Le désir de rendre à ceux qui l’avaient vaincu leur propre médecine, un profond désir de vengeance subsistant et se nourrissant d’une profonde colère prête à éclater à n’importe quelle occasion…

Il se sentait tellement… Tellement vulnérable. Ses émotions changeaient du blanc au noir et du noir au blanc en si peu de temps, tantôt laissant place à un air dépité et inquiet, plus tard à un air d’enragé rien qu’à la vue de la forme du faucheur… Tous ces changements, toute cette fragilité émotive ne pouvait lui apporter quelque chose de bon, mais il ne s’en souciait pas beaucoup. Ses priorités étaient placées dans l’espoir et le profond désir de vaincre.

[…]

Et pourtant… Ça semblait être si lointain. Quelques semaines tout au plus s’étaient passées depuis les plus frustrants événements personnels… Et voilà que déjà sa tête s’envolait sur un autre nuage bien moins consistant, bien plus troublant. Il devait laisser de côté ses belles ambitions de vengeance, il y avait bien plus important en jeu.

Meurtres… Homicides… Trahisons…

Les mots du jour, de l’heure, de la seconde. On ne pouvait plus faire confiance à qui que ce soit (Ou presque) dans la Nécropole… Ou on ne devait plus faire confiance à qui que ce soit. Chaque visage… Chaque corps… Chaque frère était devenu une menace potentielle. Tous ces assassinats qui se faisaient de plus en plus communs, il se devait de quitter cet endroit au plus vite avant de devenir l’une des cibles de ces attentats qui finissaient bien souvent par un fructifiant succès pour le cerveau derrière toutes ces opérations. Mortancia n’avait plus rien de sécuritaire, ni pour lui et ni pour elle…

Elle… Il se devait de l’avertir, il se devait de l’éloigner le plus possible du poste auquel elle semblait aspirer et qui la mettrait dans une bien fâcheuse situation. Il ne pouvait risquer de la perdre elle et ne pouvait penser au moyen de le lui dire pour qu’elle accepte de le suivre. C’était là son inquiétude… Il n’accepterait pas de perdre sa sœur Zalhaxa et encore moins entre… Ces mains…

« Mais tu n’as rien à craindre, frère, tu n’as pas de poste important… »

Oh s’ils savaient… S’ils savaient ce que lui connaissait. À en croire qu’il n’y avait plus que le poste qui comptait alors que le simple fait de savoir qui était le cerveau derrière ces opérations le mettait dans une bien plus fâcheuse situation…

Il savait. Lui savait de qui il s’agissait…

Le dire…? Il ne pouvait se faire à l’idée de mettre sa vie en danger, il ne pouvait se faire à l’idée de se déclarer comme un ennemi ouvertement, se mettre une cible droit sur la tête et attendre qu’on l’explose de cette même et horrible façon, à outrance qui plus est, que les précédents furent tués…

La peur de mourir l’emportait au-delà son sens du devoir. Certains autres frères mouraient sans doute… Mais pas lui et ni elle. Profond refuge de l’égoïsme peut-être, mais un égoïsme qui le mènerait vraisemblablement vers la vie plutôt que vers une mort assurée. Une angoisse naissait et se taillait une place bien profonde dans son corps pour lui rappeler à chaque seconde de son existence que ce qu’il faisait n’avait rien de valorisant, ni rien de valeureux. Il devait trouver un moyen de les informer sans se mettre en danger… Mais comment, maintenant qu’il était dans un univers qui lui était inconnu? Maintenant qu’il était sur une île qu’il ne connaissait pas et qu’il n’avait d’autre occupation que celle de regarder l’herbe pousser en cette belle saison d’été?

Il se sentait néanmoins plus en sécurité maintenant, grâce à Ame qui lui avait offert refuge dans cette maison perdue, bien à l’écart de toute civilisation… Mais là ne s’arrêtait pas ses songes, ses préoccupations…

Impérativement, ça devait être ELLE, d’entre toutes les personnes qu’il connaissait, qui lui offrirait un tel refuge. Ça devait être ELLE qui l’y mènerait, qui prendrait sa main, qui caresserait son visage et qui lui murmurerait qu’il était en sécurité maintenant et qu’il ne devait pas s’en faire.

Oui, ça devait être elle, celle qui avait fait l’objet d’une terrifiante obsession qui s’attisait à nouveau à chaque approche et à chaque attention. Comprenait-elle ce qu’elle faisait?

Était-ce des avances, s’était-elle à ce point ennuyée pendant toutes ces années? Sa relation avec Xhil se passait-elle véritablement bien ou était-elle poussée à chercher ailleurs pour se satisfaire un peu avec toutes ces années qui étaient passées?

Et il n’avait d’autre occupation que ces songes malfaisants, ces songes de désirs qui le déchiraient de part et d’autre…

Il porta une main vers son cœur à ces pensées toutes simples et tellement accessibles et sentit ce qui semblerait être un haut-le-cœur, s’il eu au moins quelque chose à régurgiter – Autre que ses intimes sentiments. L’interdiction de ses propres désirs ne saurait perdurer encore bien longtemps à ce rythme, cette barrière qu’il s’était lui-même vraisemblablement fait à l’épreuve du désir n’aurait lieu de tenir encore et elle quitterait avec cette même envie de vomir qui le tiraillait à chaque fois qu’il pensait à « L’interdit ».

Ses désirs… Ses envies… Ses démons et ses vices. Toutes ces choses qu’il s’était efforcé à oublier pendant les dernières années dans ce qui semblait être un bonheur substantiel – Son bonheur imaginaire. Ces mêmes désirs qui avaient attisé une véritable bête, un puissant instinct qui sommeillait en lui, un grandiose et sublime ennemi imaginaire. Il n’était jamais véritablement parti, il le savait très bien ou il s’en doutait pour le moins… Mais il se faisait des plus silencieux. Ce silence avait quelque chose des plus inquiétants, des plus lugubres. Pourtant, à force de surveiller ses arrières, la mort nous vient de l’avant. Triste réalité d’un triste mort.

Ce qui devait être son lieu de refuge devînt rapidement une prison de féminité qui n’avait comme habitant que des femmes de toute sorte, si on l’excluait lui. Les nuages féminins, les arbres féminins, les fleurs féminines, les formes dans les étoiles féminines… Peu importe où il portait ses yeux, il lui était impossible de ne pas voir quelque chose lui rappelant une femme.

Désir obsessif enfermé dans des murs gris et une vie bien grise… Il tentait de se changer les idées en lisant, mais on ne peut lire quand notre esprit est tourmenté par des démons et merveilles de cette sorte et encore moins se concentrer. Il aurait volontiers embrassé chaque nuage, chaque arbre, chaque plante ou chaque étoile s’il avait su que son désir aurait été comblé… Bon sang… Qu’est-ce qu’il n’aurait pas fait pour goûter l’éternité à nouveau et pouvoir sentir la passion, fondre dans les bras d’une femme et mourir sur ses lèvres?

Ce qu’ils sont beaux ces soleils couchants…

-Seul…

Ce qu’ils sont beaux ces soleils levants…

-Seul…

Ah qu’il est plaisant de se coucher et de regarder les étoiles…

-Seul…

Et comme il est plaisant de penser qu’un jour on peut crever…

-Seul.

[…]

Il entra finalement dans la petite demeure qui lui était maintenant réservée sur cette île qu’il ne connaissait pas. Il ne prit pas beaucoup de temps à se familiariser avec l’endroit, ni même à voir le signe féminin partout autours de lui et en chaque chose qu’il observait. Il passa finalement la porte de ce qui semblait être la chambre et ce qu’il vit lui étira un sourire faux, jaune et ironique, comme s’il n’en avait pas déjà assez de son calvaire ;

Un lit double.

Ce soir là, il tomba net comme brique. Cette fatigue accumulée ne pouvait plus durer et il trouverait sans doute salvation à son profond ennui qui le poussait à penser à l’interdit dans ses rêves les plus fous. Ce soir encore l’histoire se répétait… N’ayant pour seule compagne que la solitude et ne pouvant étreindre nul autre que soi-même…

Sur le plus misérable tapis de sa vie.


La solitude trouble les cerveaux qu'elle n'illumine pas.
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MessageSujet: Re: Historique Xul'Thris   Mar 10 Mar - 19:31

« Xul… Allez, un mariage nous attend. »

«Qu… Que… Quoi? Tu… Tu v… Veux que… Qu’on…? »

« Ima… Ima je le veux… »

« J… Je… Je rê… Je rêve ce… C’est… C’est ça? »

« Vous ne rêvez una… »

« C’est… C’est une… Une ho… Horri… Horrible bl… Bl… Blague? »

« Una plus, mais una un mot de plus, en route. »


[…]

Confortablement installé dans les escaliers du manoir, il était là à admirer les préparatifs du mariage, observant chacune des personnes qui y mettait du sien. Était-il véritablement possible que ce jour soit réel ou ne se contenta-il que de le rêver? Il se frottait les yeux encore et encore, se pinçait comme il le pouvait en tentant de revenir à une triste réalité bien malgré lui – Il en reste que le goût est moins amer que de croire en ce qui n’existe pas ou ce qui n’existe que pour nous.

Il ne rêvait pas, le jour était bel et bien enfin arrivé, le jour qu’il ne se permettait même plus de fantasmer, ce jour où il pourrait enfin s’épanouir avec la ravissante Ame Syliel, bien que la situation se présentait à lui avec hâte. Ce fut toujours pour lui une femme aux décisions rapides et plutôt imprévues, une femme plutôt imprévisible et ça n’avait rien de bien déplaisant à en voir la situation dans laquelle il était maintenant plongé. Il y était, corps – si on peut l’appeler ainsi – et âme. Il est parfois des chemins tortueux dans la vie qui nous mènent enfin vers ce qu’on désire, à condition d’y croire et de s’y accrocher toute sa vie.

Il portait ce sourire niais, ce sourire franc qui affichait un bonheur certain. Ce qu’il ressentait à l’instant n’avait rien de bien descriptible, ni même qu’il en comprit l’essence. Malgré qu’il fût à ce moment le plus heureux des hommes, il ne pouvait empêcher ses pensées d’aller à la dérive et s’inquiéter de ce qui se passait outre cette histoire de mariage. Cette décision avait beau lui paraître soudaine et subite, il se questionnait bien malgré lui sur ce qui se passait avec Xhilyan dans toute cette histoire…

Oh et puis… Ça n’avait pas la moindre importance. Il n’avait pas à s’embêter pour Monsieur Succès, il saurait rapidement trouver une autre femme si ce n’était déjà fait. Si ça se trouve, elle avait fini par se lasser de lui pour se tourner vers le Spectre, voyant là de bien plus grands avenirs qu’en ceux du Vampire.

Un petit sourire dans le nul part à la simple pensée qu’il avait enfin ce que le Vampire chérissait si ardemment…

Xul- 01
Xhil- 356…?

… Mais ça non plus n’avait pas la moindre importance, ça non plus… L’important se trouvait dans l’instant et dans le futur, à la simple pensée de pouvoir vivre sa vie éternellement avec la belle et charmante Ame Syliel.

[…]

Les invités commençaient lentement à arriver, laissant bien voir qu’il s’agissait là d’un mariage organisé rapidement et qu’ils n’eurent pas le temps d’inviter tous ceux qu’ils auraient sans doute voulu inviter. La Nargolith se faisait distante, s’assurant que tout soit parfait pour le mariage, mais rien n’était plus normal que de veiller à ce que ce jour soit le plus beau des jours de sa vie… Et c’est ce qu’il souhaitait pour elle et pour lui.

Il arrêta sa promise dès qu’elle passa non loin de lui, adressant un sourire anxieux, gêné et emplit de nervosité – Mais cette bonne nervosité, celle qui fait vibrer l’acteur avant une prestation. Il lui adressa quelques mots d’une voix faible, mais il semblait important pour lui de les lui mentionner et à cet instant bien précis.

« C… C’est… C’est le… Le… Le plus… Le plus b… Beau j… Jour de… De… De ma… De ma vie… »

Et il y croyait… Et ce jusqu’à ce qu’il vît la silhouette lointaine de ce qui était bel et bien son frère. Xhilyan semblait s’être invité lui-même… Ou à en croire la Nargolith qui se rua vers lui pour l’accueillir de bonne façon, il s’agissait plutôt bel et bien d’un invité.

Le doute germe,
Le germe tue.

[…]

« Je savais que je n’aurais jamais dû croire à toute cette histoire, à toute cette sottise… Mais c’était trop beau… Et sensiblement trop beau pour être vrai, de cette même façon. Je ne pouvais concevoir de tels événements si ce n’était qu’en m’abandonnant à mes fantasmes les plus fantasques, mais j’aurais dû m’en tenir à la mauvaise blague. Ce qui d’abord était le plus beau jour de ma vie devînt rapidement le jour que j’aurai le plus haïs… Et c’est pourtant tellement égoïste de ma part. Je ne peux même pas les regarder, je ne peux même pas déposer mes yeux vers Zxi et sa nouvelle épouse sans avoir cette arrière pensée, cette envie de lui cracher au visage, de me sauver, de le frapper, de me frapper, de m’arracher les cheveux ou même de m’en prendre à Ame pour le beau scénario qu’elle m’aura fait avaler jusqu’au bout. Je n’ose pas lever les yeux lors de leur baiser, ça me paraît la pire horreur, le plus inconcevable de tout ce qui ait pu se passer dans la vie et probablement dans l’ancienne. Ce sentiment de dégoût… Ce sentiment de haine… Je ne devrais pas ressentir ça, je sais qu’il est encore bien présent, je sais qu’il se nourrit bien qu’il reste muet, peut-être qu’il n’attend que le bon moment pour surgir à nouveau et me faire un sale coup comme il en a l’habitude… Et pourtant j’ai l’impression que cette fois-ci, c’est différent. Je suis incapable de ressentir autre chose en dépit de mes bonnes intentions à l’égard de mon frère et de sa conquête. S’il n’y a bien qu’une seule chose que je souhaite, c’est de rentrer sur l’île qui me sert de refuge et d’y rester définitivement, je ne pourrai faire de mal à qui que ce soit de cette façon… Et personne ne pourra me faire de mal, personne. Je les envies… Je les envies tellement... Ils peuvent bien crever, ça m’est égal… »

[…]

Ils étaient retournés sur l’île à la demande plus qu’insistante du Spectre, par d’étranges pouvoirs qu’Ame semblait avoir développé de cette même façon que son frère Xhilyan. Elle ne fut pas complètement satisfaite de simplement l’y reconduire, elle ne pouvait se contenter de ne pas poser de questions et de retourner au mariage de ce qui semblait être sa propre fille et le faucheur. Elle demandait parole, elle demandait réponse, elle demandait parce qu’elle n’avait toujours pas compris ce qui s’était passé dans la tête du Spectre lors de cette matinée, lorsqu’il fut doucement réveillé par celle-ci.

Enfin… Enfin la lueur de compréhension devint lisible dans ses yeux, comme dans un éclair de génie – Bien différent du coup de foudre. D’abord surprise et ensuite interdite, elle remontait le cours du temps pour se resituer et confirmer ses pensées, voyant de plus en plus clair dans l’esprit brumeux et les propos tout aussi vagues que lui donnaient le Spectre, poussé davantage par la colère que par le désespoir – Bien qu’un agréable mélange des deux était de mise.

« Tu… Tu… Tu sais co… Comment je… Je me… Je… Je me sens en… En… En ce moment? C… Ce… C’était… C’était le… Le plus… Le… Le plus beau j… Jour de… De ma… De… De ma vie et j… Et je v… Je voulais y… Y cr… Y croire et… Et m’a… Et M’accrocher m… Mê… Même si ça… Si ça se… Semblait tel… Tel… Tellement im… Improba… Improbable. M… Mais… Mais j’au… J’aurais d… D… Dû m’en… M’en te… Tenir à… à la… À la m… M… Mauvaise b… Blague. Tu… Tu s… Sais co… Co… Comment on… On se… On se sent d’ê… D’être ain… Ainsi re… Re… Rejeté et… Et refu… Et refusé s… Sans… Sans cesse? Co… Comment on se… Comment on se sent de… De se… De se faire de… Devancer d… Dans une… Dans une his… Histoire d’a… D’amour par… Par… Par qu… Par quelqu’un qui… Qui n’est mê… Mê… Même pas f… Foutu d’avoir… Pas foutu d’avoir de… De visage? »

« Una… C’est donc ça… C’est le corps… »

Il ne su quoi répondre à cela que par un détournement du regard, le tout ne semblait que trop évident. Il ne pouvait se faire à l’idée que son frère Zxi, qui pour lui n’avait rien de désirable, qui n’avait même pas de corps, ni de lèvres… Puisse ainsi le devancer amoureusement et ce, peu importe avec qui. À trop chercher l’âme sœur, finit-elle par nous échapper? Doit-on l’oublier pour qu’elle nous trouve en premier? Doit-on davantage souffrir pour avoir droit à ce bonheur?

Haha… Haha, personne n’avait davantage désiré ou même souffert de cette idée plus que lui ne l’aurait pu.

« Vous… Vous êtes un amea que j’affectionne énormément. Même plus qu’un amea… La preuve est là, je suis ici avec vous alors que le mariage de ma fille n’est una encore terminé… Je vous demande pardon pour les malentendus… Et ne partirai una avant d’avoir entendu que vous savez que je n’avais aucune intention de vous faire du mal. »

Il ne pouvait s’empêcher au fond de lui, cette petite pensée qu’il reconnaissait bien, mais qu’il ne distinguait toujours pas de par sa subtilité, qui lui murmurait qu’elle savait tout, qu’elle s’amusait avec ses émotions comme on se plaît parfois à jouer dans la boue, comme un enfant n’ayant aucune conscience morale ni même considération du mal qu’il fait.

Les échanges continuèrent ainsi quelque temps jusqu’à ce que tous deux se lèvent pour aller voir ce qu’il en était du fameux mariage de l’horreur. Elle le prit par les mains et s’approcha doucement pour venir poser un délicat baiser sur son front, bref, simple et surtout très « Simplement amis ». Quelque chose le rongeait de l’intérieur encore une fois, quelque chose le démangeait. Une envie de hurler, de la frapper et de la battre, mais il n’en fît rien. Il avait déjà par le passé succombé à de telles pulsions et les résultats ne furent pas ceux qu’il eut escompté. La situation dans laquelle il était pris lui était insupportable et elle en mettait davantage. Lui qui regardait la pomme au bout de la corde depuis trop longtemps sans ne jamais pouvoir y croquer, la voilà qui venait se cogner contre son front, hurlant intimement de la manger et de la dévorer bien qu’elle le lui interdisait.

Belle à croquer…

« C… Ce… C’est… C’est pire qu… Que… Que rien A… Ame… »

Et ces mots, il les regretta toute sa soirée, toute sa nuit, toute sa journée d’ensuite et tous les jours à venir. Alors qu’à la base, les mots devaient avoir un impact qui allait dans le sens qu’il valait mieux lui donner plus que simplement des caresses agaces, il se retrouva bien vite confronté à un mur devant lequel il ne pouvait se défendre. Il avait prononcé des mots qu’il ne pouvait reprendre sous peine d’incohérence, mais il aurait souhaité que sa sentence fût toute autre que celle-ci. L’idée de ne plus jamais avoir droit à la moindre caresse et la moindre « Attention » de la part de Syliel lui paraissait fort douloureuse, fort emplie de chagrin et d’amertume… Mais il s’en était déjà passé pendant des années alors qu’il était au Verminal.

Il ne pouvait plus revenir à l’arrière, il la regarda se détacher de ses mains et se mettre en route pour le manoir dans lequel se déroulait le mariage…

Plus… Jamais…

Il passa le reste de sa soirée étendue à moitié sur une table, comme un ivrogne qui s’enivrait de vieux souvenirs et qui se plaisait à vivre le deuil et la dépression. Un goût fort amer… Pour quelqu’un qui eût cru à une pomme dont le cidre serait fort plus goûteux…

[…]

Il lui restait un espoir malgré tout, il lui restait quelque chose à quoi il devait s’accrocher moindrement pour s’enlever une partie du fardeau qui consistait à connaître l’identité du meurtrier des crimes de Mortancia sans pourtant le révéler. Il lui restait une chose à faire dans cette histoire, une personne qu’il devait avoir près de lui sans devoir se rendre à Mortancia. Une personne qu’il se devait de protéger avec le peu qu’il lui restait, tout autant qu’elle l’eût protégé, consolé et aidé par le passé.

Citation :
« À ma très chère soeur Zalhaxa,

Je ne suis plus en Mortancia depuis voilà plusieurs jours, mais il m'est donné de m'inquiéter à ton sujet plus particulièrement. Peu avant mon départ, j'ai eu vent de ta nomination au titre d'inquisitrice Funèbre...

Renonce à ce titre maudit. Évite à tout prix de t'engager dans des hauts postes. Tu ne dois plus faire confiance à qui que ce soit, rien ni personne, frère, soeur ou non. C'est trop dangereux et je ne pourrais accepter qu'il t'arrive le moindre mal.

Je connais l'identité de l'assassin, mais je ne peux la révéler et pas même à toi. Te connaissant, tu feras tout en ton pouvoir pour veiller à ce qu'il soit attrapé. Il est trop dangereux et cette situation est trop dangereuse.

Viens, viens me rejoindre dans l'exile et le repos le temps que les choses changent en Mortancia et que le danger soit écarté. Je t'en prie, je t'en supplie, ne fais pas une erreur qui viendrait te coûter la vie.

Je m'inquiète pour toi, pour nous. J'ignore même si cette lettre atteindra tes mains et s'il n'est pas déjà trop tard. Je fais mes prières jour et nuit pour qu'aucun mal ne te soit fait, mais je sais que le Père ne pourra éternellement te garder dans ses bras ainsi exposée à un tel danger.

Demande à Xhilyan ou Ame de te mener jusqu'à moi, j'attendrai fidèlement ton retour coûte que coûte et ne trouverai le repos que lorsque je pourrai te sentir à mes côtés.

Reviens moi vite,

Ma bienveillante étoile... »

[…]

Jour… Nuit… Jour… Nuit…

Il restait là au bord de l’île, les pieds suspendus dans le vide, à contempler l’horizon en l’attente de l’arrivée de sa sœur. Il s’imaginait déjà le navire qui viendrait jusqu’à lui, il s’imaginait déjà de voir sa sœur, cette même sœur qui comptait le plus pour lui et celle dont il savait qu’il pourrait sauter en ses bras et enfin connaître un peu de réconfort dans cet univers gris de solitude.

Jour… Nuit… Jour… Nuit…

Rien n’y fît,
Rien ne vînt,
Rien de lointain,
Rien…

[…]
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Xul'Thris, Mortanyss

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MessageSujet: Re: Historique Xul'Thris   Mar 10 Mar - 19:42

Et malgré tout il restait là, restant toujours ainsi installé à observer au loin même s’il n’avait plus le moindre espoir. Elle ne viendrait pas le rejoindre et il préférait se résoudre à cette idée plutôt qu’une fois de plus être épris à penser des illusions fortes désagréables. Il devait déjà avoir mit la main dessus, il n’avait pas été assez rapide pour l’avertir à temps… Il ne la reverrait sans doute plus jamais…

Non, quelque chose en lui murmurait… Quelque chose germait à nouveau. Elle ne venait pas parce qu’elle était importante en Mortancia et qu’elle n’avait plus besoin de lui. Elle n’abandonnerait pas son poste pour venir le rejoindre, parce que ce poste lui était plus important encore. Même si lui avait accepté de se résigner au Verminal, elle n’en ferait pas autant, elle en serait complètement incapable.

Elle lui avait promis qu’elle serait toujours là pour lui…

Rien.

[…]

« Il nous prend parfois de ces sensibles idées et ces enivrantes envies de crever, fort irrésistibles. Quand on a plus de raison d’exister, quand on a plus personne sur qui s’accrocher, plus personne pour qui on est le plus important. Quand tout ce qu’on entreprend nous mène vers un échec certain, on se demande encore pourquoi est-ce qu’on est là. On se rassure un peu en se disant que demain on verra enfin la lumière… Mais demain il pleut et après-demain est encore plus gris que demain. Il faut avoir fait des choses fichtrement horribles pour en arriver là, dans cette vie, ce merdier commun. J’aimerais pouvoir changer de place avec quelques uns, mais je sais que c’est impossible. J’aimerais simplement qu’ils sachent ce que c’est que d’être dans ma peau… Ou ce qui s’en rapproche le plus. Moi aussi, j’aimerais pouvoir profiter de ma vie, du don que Père m’a donné. Bon sang que j’aimerais moi aussi avoir un corps et connaître l’éternité. Il n’y a absolument rien que je ne ferais pas pour enfin avoir droit à ce don. Je donnerais tout ce que j’ai au monde, mon royaume de vide et de solitude pour un baiser… »

« Oh… »

Il s’arrêta net de bouger et même de penser en entendant le bruit derrière lui, se figeant comme une statue. Il tentait d’analyser, de trouver à qui il pourrait apparenter cette intonation de voix, mais aucune ne lui vînt à l’esprit. Une douleur le prit dans un claquement soudain, plaquant instinctivement sa main sur la blessure nouvelle formée dans son Éther, il se retourna vivement pour observer qui était le coupable d’un tel geste… Mais il ne voulu pas le croire.

« On se retourne quand j’approche. »

La femme qu’il vît devant lui suffit à oublier la douleur du fouet, ça n’avait plus tant son importance. Il ne pouvait s’empêcher de la regarder de haut en bas, médusé, envahit par cette sensation qu’il connaissait bien de stupeur et de désir. Il n’avait vu pareil charme en aucune de celle qu’il avait côtoyé par le passé et l’arrogance dont elle faisait preuve n’avait d’égal que sa beauté… Mais ça n’importait que très peu. Un véritable bonbon pour les yeux était devant lui… Et Kalos sait que personne ne viendrait sur cette île perdue sans avoir une bonne raison de le faire.

« Je m’attendais à voir un vrai mâle, un homme viril. »

« J… Je… Je… Je ne… Je ne suis p… Pas… Pas moins… Moins v… Vi… Viril qu… Qu’un… Qu’un au… Autre j… je… »

« J… Je ne suis pas… Pas… Pas moins viril qu’un… Qu’un… Qu’un autre! »

Il s’était sans doute trompé sur son cas, il n’avait imaginé qu’il serait ainsi voué une fois de plus à être la cible de coups bas et d’un défouloir. La moquerie concernant sa difficulté d’élocution ne lui avait jamais été tolérable, mettant généralement fin à toute discussion possible.

« J.. Je… Je ne… Ne cr… Croyais p… Pas qu… Que… Que vous s… Se… Seriez l… Là pour… Pour vous… Vous mo… Vous moquer. J… Je cr… Croyais a… A… Avoir à… À v… Voir une… Une… Une per… Per… Personne de… De qu… De qualité… »

« Oh, moi aussi je le croyais. »

Complètement bouché par la réplique à laquelle il ne s’attendait pas, il se contenta de rabaisser la tête dans l’espoir qu’elle le laisserait tranquille et qu’elle partirait… Ce qu’elle ne fît pas.

« Tu comptes rester planté là? Allez, prouve-le. »

« Pr… Pr… Prouver qu… Quoi? »

« Que tu n’est pas moins viril et masculin qu’un autre. »

« Qu… Que… Quoi? »

Elle força un bâillement alors que lui brassait de la tête de gauche à droite en tentant de percer le jeu de la succube avec grande misère.

« Qu… Qu’est… Qu’est-ce qu… Que… Que v… Vous me… Me… Me voulez? »

« Je te retourne la question, qu’est-ce que toi tu me veux? »

Il ne sembla pas trop savoir quoi répondre, ses yeux se contentant de parcourir le corps de la succube inconsciemment et sans pudeur. Il ne prononça pas le moindre mot, décidemment incapable d’énoncer ses désirs comme il les souhaitait. Elle eut un sourire narquois à nouveau, voyant bien ce qui l’intéressait et y prenant grand plaisir. Elle s’approcha lentement de lui d’une démarche féline.

« Ma maîtresse m’a envoyé ici… »

« V… V… Votre m… M… Maîtr… Maîtresse…? »

« La reine des plaisirs, la reine de tous les plaisirs que peuvent offrir le corps et même l’esprit, la reine des fantasmes… »

« Ce… Ça… Ça n’e… N’e… N’existe pas… Ce… Ça… »

« Oh… Tu crois? »


Elle tourna un peu autours de lui, passant sa main contre la nuque du spectre et dans ses cheveux jusqu’à venir se blottir le dos contre lui. Il plaça instinctivement ses mains contre les épaules de la succube, n’arrivant toujours pas à croire ce qui se passait. Une allure incertaine arborait son visage, il s’était déjà fait mené en bateau et sur des fausses routes tellement de fois ces temps-ci, était-ce vraiment sécuritaire de lui faire confiance et d’oser s’abandonner à ses idées, peu importe ce qu’elles étaient? Elle leva la tête vers l’oreille du spectre pour murmurer de sa voix mielleuse.

« Je peux te montrer tu sais… »

Elle approcha ses lèvres de celles du Spectre tout juste avant de s’éloigner subitement, le laissant ainsi placé dans une position qui prouvait toute l’étendue de son désir puisqu’il n’avait pas songé le moindre instant qu’elle puisse s’abstenir au dernier instant. Il sembla mal à l’aise pendant un moment, reprenant une position plus normale. Elle lui offrit un clin d’œil avant de reprendre, s’approchant de nouveau très doucement.

« Je peux t’offrir tout ce que tu désires, mon corps, mes lèvres, mes yeux, tout ce que tu voudras… »

« J… Je… Ça ne… Ça ne peut… Peut pas être… Être vr… V… Vrai j… Je… Je rêve ce… C’est… C’est ça? »

« Non tu ne rêves pas, pas le moindrement. Il ne suffira que de me laisser prendre quelque chose en échange… »


Il ne su pas s’empêcher d’afficher un léger sourire ironique à cette simple pensée. Elle retourna se blottir dans ses bras de cette même façon, levant la tête pour bien exposer ses lèvres alors que le Spectre avait replacé ses mains de nouveau contre ses épaules, plus par désir que par instinct cette fois-ci. Les mots échangés redevenaient des murmures à nouveau.

« J… Je… Je n’ai ri… Ri… Rien à… À perdre ç… Ça… Ça tient… Ça tient m… Mal… Malgré tout…? »

« C’est une raison de plus d’accepter… En touchant mes lèvres, tu accepteras le contrat… Penses-y bien… »

Il ne perdit pas plus de temps, son choix semblait fait depuis fort longtemps. Il s’abandonna finalement, rabaissant complètement la tête vers elle pour aller rejoindre ses lèvres, fermant les yeux et se laissant bercer par l’occasion qui se présentait devant lui. Il n’avait rien à craindre puisqu’il n’avait rien à perdre, c’était une offre bien alléchante que celle d’obtenir sans même avoir à donner – Et il était plus que temps que cette offre lui vienne après toutes les épreuves qu’il avait passé et enduré. Enfin il reconnaissait cette sensation, cette extase, cette euphorie qu’on ne retrouve que dans pareil geste et qui exprime l’amour même lorsqu’il n’y en a pas le moindre – Sinon l’amour des plaisirs de la chair et des sensations qu’elle procure.

Ses mains ne bougèrent pas du tout, ne s’abandonnant pas à une balade de reconnaissance sur les atouts de la succube. Seul les lèvres avaient lieu de connaître l’extase et le baiser dura longtemps. Il aurait duré une éternité de plus si la femme ne s’était pas finalement éloignée doucement pour mettre fin à ce geste qui s’éternisait un peu trop à son goût.

Elle le laissa en lui faisant entendre qu’elle devait partir et qu’ils se reverraient sans doute. Elle ne lui laissa qu’un nom et une sensation de bien-être immense. Cette sensation de se sentir désiré, qu’on vienne enfin lui décrocher un baiser plutôt que le contraire…

Il toucha longtemps ses lèvres du bout de ses doigts, toujours étonné qu’une telle histoire lui soit arrivée à lui. Il chercha dans les environs de quoi lui assurer que le tout s’était bel et bien passé, mais rien ne faisait… Sinon la douleur qui revenait dans son dos dû au coup de fouet. Il ne s’e souciait toujours pas, la souffrance ne lui important pas beaucoup… Il devait se concentrer sur cette sensation d’euphorie qui lui restait, dernier refuge de son bonheur et éviter que cette même sensation se volatilise dans l’air pour le laisser à ses tourments.

« Weee’Tharx’x… »

Il leva les yeux vers le ciel, comme s’il pouvait revoir les yeux de la femme aux charmes inconcevables à même les étoiles, toujours avec un petit sourire sur ses lèvres.

Ce dont il ne se doutait pas, c’est qu’à quelque part en ce monde ou dans un autre, quelqu’un d’autre souriait.

Et certes… Les raisons à ce sourire étaient toutes autres…


La femme serait bien plus charmante si l'on pouvait tomber dans ses bras sans tomber entre ses mains.
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Xul'Thris, Mortanyss

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MessageSujet: Re: Historique Xul'Thris   Lun 23 Mar - 0:31

« Bon sang… Qu’est-ce qui m’a prit de venir ici seul… Je ne sais même plus où je suis, je ne sais même pas si l’endroit où j’erre porte encore un nom et si je suis encore dans la zone que je souhaitais. Tout est gris ici… Rien n’a de couleur, les choses sont floues et on ne peut passer la moindre seconde sans entendre une lamentation ou un os craquer… Alors qu’on sait pertinemment qu’on n’en est pas le coupable. J’ai peine à bien voir, j’ai peine à me retrouver, tout se ressemble et tout est pourtant différent. J’ai horreur de cet endroit, je suis incapable d’y rester sans sentir au fond de moi cet inquiétant malaise, ce curieux mélange que je n’arrive même pas à définir. Je ne peux ni demander mon chemin, ni même penser à questionner l’une de ces âmes errantes… Je crois qu’elles ne me voient même pas, ni ne m’entendent…

C’est désespérant, je n’arriverai jamais à trouver mon chemin pour la retrouver dans un endroit aussi vaste, mort et terrible que celui-ci. Qu’est-ce qui m’a prit de venir ici seul... »


[…]

Une lettre… Une simple lettre avait été envoyée à Zxi, la seule personne à qui il avait fait ses confessions concernant la disparition de Zalhaxa. Il n’avait pu se résoudre à l’entraîner dans son périple et bien loin de s’imaginer qu’il en serait là maintenant. Ce qui tantôt semblait être un coup de tête, un élan héroïque digne des plus grands récits devînt bien vite l’expression du désespoir et les recherches devinrent rapidement de l’errance pure et nette…

Citation :
« À mon très cher frère,

C'est dans un élan de culpabilité et une incapacité à rester en place que je t'écris ce message et tu ne le liras sans doute que lorsque tu ne seras plus en mesure d'y répondre.

J'ai tenté d'entrer en contact avec Hazken pour avoir de plus amples informations, mais chaque heure, chaque minute et chaque seconde de mon temps me semblait insupportable. Je ne pouvais plus rester en place à attendre que les choses se règlent, comprends-moi. J'ai entendu parler d'une tentative organisée par le Victompte des Cendres, mais les méthodes utilisées me semblent trop peu orthodoxes pour y prendre part, je ne crois tout simplement pas à sa réussite.

Hors, me voilà bien loin de toi. J'ai appris, bien que tu m'aies mentionné le contraire, qu'il était possible de rejoindre le Mortulum en empruntant le Qartagh. Je préfère croire en un espoir que de croire en un échec... C'est donc sans plus attendre que je me suis lancé en direction des landes craquelées, grises et couvertes d'ossements.

Je ne reviendrai pas avant de l'avoir trouvé, que ce soit pour des années ou simplement des semaines. Libre à toi de faire le message, je m'ennui atrocement de la famille en entier (ou presque).

Pardonnes-moi de ne pas t'avoir mis au courant de tous mes avancements avant d'avoir fait le dernier pas définitif comme je te l'avais dis, mais je n'ai pas eu la force de devoir partir autrement que dans l'ombre, nombreux sont ceux qui ignorent encore que je traînais en la Morte.

Je ne peux te demander qu'une seule chose dorénavant pour que tu puisses me venir en aide, une seule ;

Prie.

J'espère un jour vous revoir toi et les autres, mais sois assuré que ce ne sera pas sans elle.

Xul'Thris »
[…]

Il arrive parfois qu’en d’étranges ironies, la vie nous mène à faire des choix qui au final nous nuisent alors qu’on ne souhaitait que notre propre bien. Il arrive parfois que même le plus dépité des hommes ne puisse jouir d’un moment de bonheur, simple et efficace, sans que celui-ci ait des répercussions, sans qu’une quelconque puissance vienne à envenimer le moment tant attendu, cette exquise extase. Il arrive parfois, et pourtant très souvent, qu’on ne soit mis au courant de ces venins que peu de temps après la faute commise – Sans quoi où serait le plaisir de poser un piège si on ne pouvait y voir la bête s’y prendre naïvement? Où serait le plaisir si la pauvre bête innocente ne s’apercevait même pas que sa jambe, son bras ou son cœur était broyé entre deux énormes mâchoires métalliques, cette esquisse de sourire bien vulgaire?

Quoi qu’il en soit, la bête était bien loin de se douter que tout finirait ainsi… Mais encore, aurait-elle refusé même en sachant que tout se déroulerait de cette façon?

La tentation… Le désir… Le vice…

Cette personne, ce chasseur en somme, devait certainement tirer un énorme plaisir à ce moment même à le voir ramper entre les ossements, à le voir plus épuisé que jamais et à l’apogée de son désespoir, ne pouvant trouver la moindre lueur en ce vaste monde sans signe de vie quelconque.

Chaque cri qui s’étirait, chaque lamentation qui était poussée par les âmes en peines qui rôdaient et qui refusaient de se rendre à leur jugement final lui donnait mal au coeur… Elles n’étaient pas si différentes elles et lui, bien qu’il n’aimait pas l’idée de se comparer à celles-ci. Elles cherchaient toutes quelque chose… Elles cherchaient toutes quelque chose qu’elles ne pouvaient plus avoir, quelque chose qui semblait sans le moindre espoir, qui appartenait à une vie passée et à un âge révolu. Ces choses là pour lesquelles on refuse de faire le deuil, ces mêmes choses qu’on préfère voir de nos propre yeux dans un état lamentable plutôt que de se faire du sang d’encre à s’imaginer des scénarios de pires en pires et dépassant de loin les limites du possible.

Sachant pertinemment entre quelles mains elle se trouvait désormais, il ne pouvait se résoudre à l’abandonner. Un énorme sentiment de devoir l’emplissant d’abord sur cette culpabilité de se savoir le coupable de toute cette histoire. Certes il avait été tenté et il avait été mis au courant, si peu qu’on puisse le dire, qu’il devrait payer cher pour obtenir ces lèvres encore bien imprégnées sur les siennes… Mais jamais on ne lui avait tordu le bras pour qu’il accepte de s’abandonner à ses pulsions les plus instinctives, les plus impulsives et les plus dignes de nourrir ce qu’il rejetait depuis tellement d’années et refusait dur comme fer d’accepter.

« Le problème avec les âmes… C’est qu’elles ne veulent pas toujours qu’on leur vienne en aide et qu’elles deviennent rapidement agressives... »

Il se figea en entendant la voix derrière et qui semblait vraisemblablement s’adresser à lui. Il s’arrêta entre l’horreur que quelque chose ici puisse lui adresser la parole et de ne savoir ce qui s’en suivrait… Et l’espoir d’enfin entendre une voix et de se savoir moins seul dans le vaste monde gris et terne.

La forme passa non loin de lui, traînant ce qui semblait être l’une des âmes en peine qu’il avait vu précédemment… Bien qu’ici tout se ressemblait sans s’assembler. Relevant les yeux vers la forme, il pu apercevoir une rive qui donnait sur une étendue… D’eau?

Non, ça n’avait rien d’une eau, rien. Il ne s’agissait là que d’un énorme voile d’ombre similaire à de l’encre de par la texture qu’il laissait imaginer et qui ne subissait pas le moindre mouvement de vague. L’étendue restait immobile, fixe, un peu comme… Mort?

Tournant un peu la tête, il pu voir la forme complètement voilée déposer l’âme dans sa barque. Il se tourna ensuite vers lui et le Spectre posa ses yeux sur la chose qui le fascinait encore plus que la forme elle-même. Cette lumière, cette lanterne qui émanait une douce lumière sur lui, il ne pouvait en dériver les yeux. Cela faisait si longtemps qu’il n’avait pas vu le moindre rayon de lumière, il était presque inconcevable qu’une lumière illumine ici, dans cet endroit qu’il qualifiait de maudit.

Ce calme que la forme dégageait, c’était presque inquiétant. À croire qu’on pouvait avoir une attitude tellement calme, tellement sûr de soi en cet endroit qui n’inspirait que le contraire…

« Qu… Que… Qui ê… Qui êtes… Êtes-vous…? »

« Je suis le Passeur du Mortulum. Quiconque désir se rendre au Mortulum peut embarquer avec moi dans ma barque et je peux certifier de les mener à bon port. »

Le spectre tourna un peu la tête à nouveau pour observer la barque qui était bel et bien réelle.

« É… É… Étrange co… Co… Coïn… Coïncidence p… Pas… Pas… Pas vrai? »

Le Passeur se contenta d’hocher de la tête, ne laissant toujours percevoir que son immense toge. Il valait sans doute mieux s’en tenir à cette image plutôt que de voir ce qui se cachait sous les draps funèbres.

« Et si ça se trouve, il y a une personne bien particulière qui se trouve prisonnière là-bas, une personne qui ne devrait pas y être hum…? »

Un malaise s’installa alors que la culpabilité se pointait le bout du nez à nouveau. Il ne répondit pas, baissant la tête en s’apercevant que le Passeur savait bel et bien pourquoi lui était présent ici et que sa venue n’avait rien d’une coïncidence. La forme se tourna en direction de cette vaste étendue d’encre – Si ainsi pouvait-on la définir.

« La marée se lève, je dois bientôt partir pour voyager là-bas… »

« Vous a… Vous a… Avez dit que… Que… Que n’importe qu… Qui v… Voulant em… Embarquer le… Le… Le pouvait? »

Le Passeur se tourna à nouveau vers lui, levant sa lanterne au niveau du visage du Spectre qui s’était relevé du sol couvert d’ossements dans lequel il rampait depuis déjà trop longtemps. Il l’examina, le sonda, le jaugea avec une minutie déstabilisante. Les longs moments qu’il laissait entre chacune de ses réponses qui se faisaient des plus lentes et monotones et cet air mystérieux et sans visage n’avaient rien pour le rassurer.

« C’est bien ce que j’ai dit. »

« A… A… Alors je… Alors je veux ve… Je veux venir. Je veux… Je veux em… Je veux embarquer et me… Et me rendre… Et me rendre là-bas. »

« Il… Y a un prix à payer pour ça, seras-tu prêt à affronter les conséquences? »

Ça recommençait… Encore ces histoires de prix, encore ces revers de la médaille qui déjà l’avaient mis dans un embarras et une situation fort désagréable.

« Quiconque n’étant pas mort et voyageant sur cette barque jusqu’au Mortulum deviendra un Passeur. »

« J… Je… Je ne ve… Je ne veux que… Je ne veux que sau… Que sauver ma… Ma… Ma sœur. Je… Je veux la… Je veux la ramener saine et sauf à Mo… À Mortancia. »

« J’amène une personne… Et je n’en ramène qu’une seule. Fais ton choix Xul’Thris. »

« Ç… Ça… Ça signifie que… Que… Que je ne… Je ne re… Ne reviendrai j… Ja… Jamais? Je… Je ne re… Reverrai ja… Jamais les… Les miens? »

« Plus jamais. »

[…]

« Cette mer noire me trouble et je crois avoir raison de m’en inquiéter. Il m’a défendu d’y toucher sous prétexte que les conséquences seraient graves et que je risquerais de ne plus être en état de poursuivre ma quête. C’est tout de même fascinant de me voir ici maintenant, qu’une telle occasion se soit présentée à moi. Je devais saisir cette occasion… Et puis j’ai cette impression qu’il n’est pas là pour me nuire. Cette lumière a quelque chose de réconfortant et il ne me semble pas le moindrement inquiétant. Tout est noir et sombre ici… La seule source de lumière capable d’illuminer se trouve à être la lanterne qu’il a accroché à sa perche. J’ai le sentiment que nous n’avançons même pas, bien que je ne vois plus la rive d’où nous sommes montés… Et pourtant il semble parfaitement savoir où nous nous dirigeons. Je n’ose pas vraiment me poser des questions, je n’ose pas non plus m’opposer à ce qu’il fait, il semble être bien conscient. Il a jeté l’âme qu’il avait précédemment embarquée dans la barque par-dessus bord, d’où elle n’est jamais remontée. Elle n’a pas fait le moindre éclat, simplement engloutie par cette mer noire pour ne plus jamais revoir le jour, ni même la lumière. Le Passeur est extrêmement silencieux, il ne dit pas le moindre mot et semble se complaire à œuvrer dans le silence. Il n’y a aucun son ici, aucun. C’est inquiétant, je ne sais même pas si ma voix ferait le moindre bruit si je venais à lui poser quelques questions…

Je ne sais même pas ce en quoi consiste le travail de Passeur, ni même dans quoi je me suis embarqué. Il reste tellement mystique et mystérieux, ça semble faire parti de son image que de me laisser sans le moindre moyen de faire du discernement. J’ai préféré lui faire confiance que de continuer à rôder au Qar’tagh tellement je n’avais plus le moindre espoir. J’ignore s’il est digne de cette confiance, j’ignore s’il ne compte pas me jeter par-dessus bord comme il l’a fait avec cette autre âme et si mon destin sera celui d’être oublié. Je ne veux pas être oublié, je veux accomplir quelque chose avant que mon destin ne soit scellé à ce travail qui aura une longévité très… Trop longue à mon goût… Mais c’est un moindre coût à payer si cela peut me permettre de sauver ma sœur et de la ramener parmi les nôtres. Je ne me pardonnerais jamais cette sottise si je ne parvenais pas à la ramener saine et sauf, Kalos en soit témoin.

Pendant que tout reste silencieux, j’en profite pour écrire une dernière lettre pour ma sœur lorsque je la verrai pour la dernière fois. Ça lui fera au moins ça… Je ne veux pas être oublié… »


[…]

Ils posèrent enfin le pied sur une rive quelconque… Mais ce qui se présentait devant eux n’avait absolument rien de rassurant. Le décor était encore plus terrible que celui qu’offrait le Qar’Tagh et bientôt il vînt à se demander si de le suivre était bel et bien une bonne idée. Les âmes en peine avaient laissé place à des créatures qui rôdaient de toute part, rampaient dans les montagnes pour observer ce qui venait d’arriver sans pourtant s’approcher. La lumière qui émanait de la lanterne du Passeur semblait être suffisante pour les dissuader d’approcher, mais ils suivirent tout au long de leur cheminement, bien trop curieux pour partir sans avoir vu toute la scène. Fort heureusement pour le Spectre, la compagnie du Passeur avait de quoi le protéger contre les abominations qui rôdaient de plus en plus autours d’eux sans ne jamais oser s’approcher et il ne voulait même pas imaginer ce qui adviendrait si l’une de ces bêtes cauchemardesques venait à être gigantesque et ne se laisserait pas intimider par la lumière du Passeur.

« Nous sommes au Mortulum… Comme convenu. Une longue marche nous attend pour retrouver ta sœur…

Si jamais les choses tournent mal… Cours… »
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MessageSujet: Re: Historique Xul'Thris   Lun 23 Mar - 0:36

Une angoisse bien évidente vînt se loger dans son ventre, n’étant pas le moindrement rassuré par les paroles du Passeur. Il s’était dès lors convaincu que rien ne pouvait lui arriver tant et aussi longtemps qu’il était en sa compagnie, mais il ne suffit qu’une simple réplique, comme s’il avait pu lire dans son esprit, pour détruire et pulvériser à même les fondations de ses faux espoirs. Il ravala sa salive – Ou plutôt ce qui s’en rapprochait le plus et suivit le Passeur qui savait décidemment où il s’en allait. Le décor ne changea que très peu sur sa route, la désolation du Qar’Tagh avait laissé sa place au paysage cauchemardesque, fissuré, ravagé et en constante ébullition du Mortulum. Il suivait de très près son guide, s’accrochant presque à sa mystérieuse toge pour être le plus loin possible de la portée des créatures qui guettaient.

Au loin se détailla finalement le haut palais, rivalisant férocement à la hauteur des monts qui l’entouraient. On en avait raconté bien des choses, comme quoi la demeure de l’entité était envoûtante, invitante et bien hospitalière… Mais aux yeux du Spectre, elle n’était rien d’autre qu’un cauchemar. Il s’avançait en suivant son guide, ses pas se faisaient de moins en moins certains, de plus en plus portés vers l’arrière. C’est à contrecœur, qu’il approcha de l’entrée du palais, avec encore le peu de volonté de sauver sa sœur…

Et il ne prit pas grand temps à la trouver.

Elle était là, bien en évidence rangée sur le côté, sans le moindre barreau, la moindre chaine ou la moindre contrainte. Un peu trop de coïncidences se présentaient en si peu de temps – Un peu trop à son goût. Cette facilité, cette évidence, ne pouvait que dissimuler en son sein un autre terrible et vicieux piège de l’entité. Le Passeur se rangea sur le côté et guetta, attendant que les retrouvailles se produisent et n’interférant en aucun cas. Le spectacle qui s’offrait à lui était des plus… Torride et horrible. Ce qui aurait sans doute suffit à attiser sa faim, son profond désir et son insatiable envie se voyait transformé en écœurante prestation. Les démons s’affairaient à des plaisirs les plus dégueulasses les uns que les autres, sans la moindre hésitation ou le moindre respect, se délectant des plaisirs de la chaire en des façons qu’il n’aurait même pas imaginé… Et puis sa sœur tourna enfin les yeux vers lui, lui qui semblait paralysé devant cette vision. Leur regard se croisa et il su à cet instant même qu’aucun piège n’était de mise, ce qu’il voyait était bel et bien sa sœur Zalhaxa et il n’en était qu’à quelques pas – Pas qu’il s’empressa de faire pour poser un genou devant elle afin d’être à sa hauteur. Sans gêne, sans retenue, il posa ses mains sur elle pour vérifier l’intégrité de son corps, s’assurant qu’aucune souillure d’aucune sorte n’avait été faite à sa sœur.

« C… Ce… C’est… C’est ter… C’est terminé. C’est terminé on… On… On s’en va Z… Zal, On… On s’en va. »

Sa sœur étira un très léger sourire sur son visage, presque à contrecœur selon ce qu’il en percevait. Tendant sa main vers la sienne, il semblait des plus pressé à quitter l’endroit des plus sordides et il l’invitait prestement à le suivre de cette même presse…

« Alors on vient dans mon palais pour rompre le contrat? »

La voix tonna, résonna dans tout le domaine comme un écho, semblant venir de chacune des parois de pierre qui les entourait. Les créatures ne s’arrêtèrent pas dans leur débauche, ne se sentant pas le moindrement concernées dans toute cette histoire. Aucun corps ne se présenta à eux pour revêtir la voix puissante et féminine dont il était question…

« A… Allez v… Allez viens… Viens on… On s’en va… »

Il se sentait de moins en moins à l’aise et se faisait de plus en plus pressé de quitter l’endroit. Sa sœur se releva en s’aidant de sa main, montrant elle aussi énormément d’attention à la voix que le Spectre s’efforçait d’ignorer et qui tâchait de ne démontrer aucun énervement; Triste échec en guise de résultat, comme la tradition se le veut bien.

Un étrange point apparu contre son torse, point violet qui commençait à illuminer avec de plus en plus de ferveur. Le Spectre qui tentait de se relever pour entraîner sa sœur avec lui retomba sur son genou, une main se plaçant instinctivement sur son cœur – Là où se voulait d’être le point illuminant contre son torse. Il serra les dents, ne voulant pas laisser la moindre douleur transparaître, toujours avec ce même succès, et s’efforça de se relever pour tirer avec lui sa sœur qui ne savait comment réagir en le voyant ainsi frappé d’un mal qu’on ne pouvait guetter.

Il sentit son cœur se serrer, se crisper et se tordre – Si cœur on pouvait encore l’appeler. Le mal était insupportable, quelque chose bouillait dans son ventre, quelque chose s’activait, se déclenchait, comme une bombe qu’on aurait placé dans son ventre à même sa naissance. La douleur se répandit rapidement, craquant l’éther qui s’illuminait encore de cette faible lueur violette. Il posa ses yeux contre sa main qui était placée au sol pour le retenir, évitant ainsi d’être plaqué complètement au sol…

Il fondait, littéralement. Son éther se déformait et cette douleur maintenant propagée comme un véritable cancer se faisait des plus intenses. Il fut incapable de prononcer un mot de plus, ni même de crier. Son corps se déformait sous la douleur qui n’en finissait plus, mais il comprenait bel et bien ce qui lui arrivait. Il avait été assez imbécile pour oser venir défier une entité à même l’intérieur de son domaine et il en subissait les conséquences. Personne n’avait cru bon de l’empêcher…

Oh… C’est vrai, il n’avait averti qui que ce soit avant son départ…. Oups?

Il se replia sur lui-même, comme s’il pouvait de cette façon rediriger la douleur vers un même point ou l’atténuer. Sans effet – Sans espoir. Il leva les yeux vers le Passeur qui n’avait pas bougé le moindrement, ni pour lui venir en aide, ni pour partir avec sa sœur.

Salaud…

Il tourna ensuite les yeux, s’il lui était encore possible de voir à ce point, vers sa sœur pour la regarder une dernière fois. On l’avait mis en garde qu’il ne la reverrait plus jamais, mais on n’avait pas spécifié qu’il s’éteindrait à même cette opération. Un dernier service rendu, un dernier regard échangé…

La lumière vînt à son apogée, et c’est dans l’explosion totale de son éther que l’entité démontra en guise d’exemple l’étendue de sa puissance. Triste destin de ne finir qu’en petits morceaux au sol d’un palais souillé mille et une fois, mais cette souillure et lui n’étaient qu’en bien peu de choses différents. Distraitement et subtilement s’étaient faufilés quelques derniers écrits dans l’ample manteau de sa sœur, à en croire que ses mains ne s’étaient pas contentées que de s’assurer de l’état de sa sœur sans la moindre pudeur…

Citation :
« À ma bienveillante étoile,

Je veux que tu saches que je n’ai jamais souhaité que tout ceci se produise, ni même pensé le moindre instant qu’il fut possible. J’ai été naïf, voir même inconscient… Mais il m’est important de te faire savoir la vérité.

Certes, j’ai gaffé, j’ai fait grande erreur en acceptant ce marché sans même savoir ce qu’il en retournait et j’en suis désolé, tu n’avais pas à subir ce que tu as subit de par ma faute, encore est-il que je n’ai pas pu faire le constat de ton état ni même de ce qui s’est passé tout au long de ton séjour chez cette vipère. À vrai dire, j’écris ces mots sans même savoir si un jour tu pourras les lire, ni même si un jour tu seras dans l’état de les lire. J’aurais tout donné, tout pour être à ta place et que tu sois à la mienne, quand même que mes inquiétudes dépassent les cieux et les frontières du réel.

J’écris ces mots dans l’espoir qu’un jour tu pourras les lire. J’ai promis de tout faire pour te ramener dès que j’ai su l’état dans lequel tu étais et dès que j’ai eu vent de ton enlèvement. Je me suis fait du sang d’encre depuis ce temps et ça n’a certes pas arrêté. J’aurai foulé le Qar’Tagh et Père est témoin quant à savoir à quel point j’ai cet endroit en horreur pour tout le macabre qu’il dégage. J’aurai soulevé toutes les pierres, tous les os et tout ce qui me sera tombé sous la main pour te retrouver, car je ne puis que penser que tu en ferais autant.

Malgré tout réside le doute, malgré tout réside le bénéfice du doute par cette même occasion. Je suis épris de cette idée que jamais tu ne sois venue me rejoindre, pour ton propre bien avant tout et ensuite pour le mien. Je m’efforce d’effacer ces souvenirs de ma mémoire et de te faire un mémorial digne de ce nom, car ce que je fais ici n’est nul autre qu’un cadeau d’adieu. Tu m’auras tant donné que je ne peux t’en vouloir de t’être désisté pour une première fois à l’idée de venir me rejoindre et de partager avec moi des plaisirs enfouis.

Je ne croyais jamais en vérité avoir à écrire une telle lettre, ni même devoir l’écrire dans cet endroit des plus inattendu. J’essaie de garder un sourire tout en écrivant, mais je m’y efforce. Ce sourire même qui suffisait à te rendre heureuse, ces petites manies que nous avions et qui nous rendait mutuellement heureux. Je me dis qu’à quelque part, ce sourire là tu le sentiras et qu’il suffira à te réconforter. Je me dis qu’à quelque part, on ne se quittera jamais réellement… Et j’ose même y croire.

C’est beau de croire Zal, quand même qu’on croirait en n’importe quoi ou n’importe qui… L’instant pendant lequel on croit nous apporte un soupçon d’espoir. On a l’impression de vivre encore une fois (Et tu sais à quel point j’aime la vie). Tu m’auras fais croire jusqu’au bout. Croire en quoi? Je ne sais pas, je ne le saurai sans doute jamais. Peut-être croire que tu pourrais véritablement me débarrasser de ce qui me ronge de l’intérieur… Ou encore peut-être croire que j’étais le frère le plus important à tes yeux. Je m’en tire tout de même avec une belle image, je ne pense pas regretter le moindre instant passé à tes côtés, le moindre instant passé à poser ma tête contre ton épaule ou encore à te regarder dans les yeux. J’attendais avec impatience le jour où tu serais prête pour que nous puissions nous donner nos corps mutuellement, comme tu l’entendais et le disais si bien. Ce moment n’est jamais venu, je me contenterai d’imaginer toute sa beauté et tout ce qu’il est possible d’en retirer.

S’il y a bien une chose que je regrette, c’est de n’avoir jamais été là pour toi quand tu en avais besoin. J’aurai grugé et rongé l’aide que tu pouvais m’apporter et ce jusqu’à la dernière goûte de moelle, mais jamais je n’aurai eu ce sentiment de t’être venu en aide d’une quelconque façon. Ce sentiment que ton bonheur à travers le mien ne suffisait pas subsiste toujours, au moins je me régale (Peut-être) d’avoir encore des sentiments. J’aurais aimé te prendre dans mes bras comme tu l’as fait si souvent, j’aurais aimé que tu poses ta tête sur mon épaule pour rêvasser des heures durant. Je n’en aurai pas été capable, je n’aurai pas pu t’apporter le centième de ce que tu m’auras donné et je m’en veux encore…

Si la fleur que je t’ai autrefois donné aura suffit à te marquer le visage à tout jamais, saches que la fleur dont toi tu m’auras fait présent aura eu le même effet, si ce n’était qu’elles étaient visibles à l’œil nu. J’en aurai pris soin comme aucune des fleurs que je possède et je la conserverai à travers les âges, loin de toi de corps, mais non pas d’esprit.

J’ai beau savoir que je ne te reverrai qu’une dernière fois, je suis incapable de verser la moindre larme. J’aimerais tellement… Ceux qui pleurent semblent se libérer de vieilles émotions et de rancunes qui subsistent… Mais je ne peux pas. Je ne sais pas comment on pleure et je n’aurai pas passé assez de temps avec toi pour que tu me l’apprennes. Je ne sais pas pleurer Zal, tu te rends compte? Je ne suis même pas foutu de savoir pleurer même en sachant que je ne reverrai plus jamais ton visage.

Une dernière main dans tes cheveux, une dernière caresse sur ton visage. Quelques derniers mots et ce sera finit. L’instant pendant lequel nous nous verrons risque d’être court en vue des circonstances qui l’entoure, mais ça fait partie du contrat. Je reste et tu t’en vas. Je serai entre de bonnes mains, je ferai mon travail ici, je ferai ce pourquoi je suis né… Et ça aussi j’y crois.

Je n’ai pas le moindre doute que je sombrerai dans l’oubli au cœur des miens et je n’y suis pas pour rien… Mais je ne veux pas que toi tu m’oublies. Je ne veux pas que tu oublies ou rejettes le moindre instant que nous avons passé ensemble. Portes le mot à Zxi comme quoi je serai parvenu à racheter ma peine et ce sera suffisant. Je ne désire encombrer l’esprit de personne.

J’espère que tu sauras me pardonner le mal que je t’aurai fait vivre avec les récents événements et j’espère que de par cette même occasion tu sauras davantage apprécier le temps que tu passeras avec tes frères et sœurs.

Puisse-il te protéger éternellement, car je n’aurai jamais autant aimé quelqu’un de toutes mes vies.

Xul’Thris, le Triste Bien »
[…]

La sainte lumière se présenta devant lui, illuminant de mille feux. Il pouvait presque l’entendre crier de venir la rejoindre et pourtant était incapable de bouger le moindre petit doigt…

« Elle est saine et sauve… Maintenant il est temps de remplir ta part du contrat. »

Un contrat… Encore ces histoires de contrat. Ils ne lui foutraient donc jamais la paix, pas même une fois mort. Il ne pouvait même pas parler, il ne pouvait prononcer le moindre mot dans l’état dans lequel il se trouvait, bien qu’il n’ait pas la moindre idée de ce à quoi il ressemblait.

« Laisse la lumière t’imprégner, extirpe en un soupire tout ce qui en toi tu abjectes. Débarrasse-toi de tout ce que tu répugnes… »

Il sentit grandir en lui un sourire, bien qu’il fût incapable de se le représenter. Rien qu’à l’imaginer, il se sentait réconforté. La lumière se rapprocha, cette chaleur vînt l’imprégner. Il se sentit de cette même façon qu’on se sent quand on parvient à reprendre son souffle après avoir manqué d’air pour… Une bonne éternité – Sans doute un sentiment indescriptible. Cette lumière qu’il assimilait… Ou qui l’assimilait semblait lui permettre de reprendre peu à peu ses sens. Il recommençait peu à peu à sentir la présence d’un corps, la douleur s’était atténuée… Mais pas totalement. Restait encore bon nombre de cicatrices et bon nombre de traces de la colère de l’entité, mais au moins il sentait. La lumière devînt moins intense, sa vue s’embrouilla quelque peu, ne le laissant percevoir qu’une dernière fois la forme mystérieuse et mystique de son guide…

« Ma barque t’attend sur la rive, Passeur… »


On s’aperçoit bien trop souvent à quel point une personne est importante à nos yeux qu’une fois qu’on l’a perdu.
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MessageSujet: Re: Historique Xul'Thris   Mar 12 Mai - 20:15

« Le Passeur ne doit en aucun cas faire preuve de compassion pour un défunt.

Le Passeur ne doit en aucun cas laisser ses émotions prendre le dessus. Il serait à titre juste plus vrai de dire qu’il n’en a aucune.

Le Passeur ne doit en aucun cas commencer les offenses, il n’a droit qu’à se défendre lui ou l’âme qu’il transporte vers le jugement final. »


[…]

« Le Passeur ne doit en aucun cas quitter sa lanterne.

Le Passeur ne doit en aucun cas s’attacher à qui que ce soit, puisqu’il est destiné à les guider vers le jugement final et que l’attachement est une possible entrave au devoir.

Le Passeur ne doit en aucun cas… »


[…]

« Je n’y ai pas dr…Oit… »

Il ne comptait même plus le nombre de fois où il avait dû répondre cette même phrase, toujours de cette même façon machinale, presque déjà ancrée dans ses gênes comme une base de données pour être utilisée dans n’importe quel cas où la réponse lui échapperait ou pour laquelle il n’avait pas droit de répondre. N’importe quel cas où il n’aurait pas réellement droit ou n’importe quel cas où il aurait à justifier sa réaction, justifier ce qu’il pensait, justifier ses raisons par des interdictions. Il y avait peu de choses aussi faciles que celle de décliner une offre par excuse qu’on y avait pas droit. Qui dictait ces droits? Qui l’empêchait de faire ce qu’il avait envie de faire?

Il n’avait pas droit de le savoir, ça non plus. La plus légitime des excuses à donner était celle du devoir et de la responsabilité, de quoi se couvrir de banalités.

[…]

Son retour s’était effectué sans trop de mal. La promesse qu’on lui avait fait qu’il ne reverrait jamais les siens était sans nul doute dans le but de savoir jusqu’où il irait pour accomplir son but ou pour tenir sa propre promesse, chose qui n’avait certainement pas déçu celui même à qui il l’avait fait.

« Tu peux retourner chez les tiens quand bon te sembleras, mais pour chaque instant que tu passeras là-bas dans le monde des vivants, tu devras reprendre du temps ici dans ta servitude et l’accomplissement de ta promesse. Le Passeur n’a jamais de repos et son travail est continuel, ne l’oublie jamais. »

C’était là l’entente qui avait été faite, non par parce que le Passeur s’était plaint de ses conditions, ni même qu’il avait finalement chigné à l’idée de ne plus jamais les revoir, d’autant plus qu’il n’en avait pas droit, mais la raison pour laquelle il avait été gracié de cet avantage restait nébuleuse, voir même inexistante à ses yeux. Il n’avait encore jamais entendu parler d’un Passeur qui rôdait sur les landes mortelles…

Mais son retour ne fut pas comme il l’entendit, et il se garda bien de révéler son identité aux autres, de sorte qu’il arborait maintenant un nouveau visage et qu’il ne désirait pas le souiller davantage qu’il ne l’était de par les souvenirs d’un Spectre que l’échec accablait et suivait partout dans ses avancées. L’espoir d’une nouvelle vie avait quelque chose d’un peu plus charmant que celle de replonger dans la peau de « Monsieur j’échoue »…

Aucune épitaphe, pas la moindre trace de tombe, de cérémonie en son honneur, d’acte fait respectueusement pour souligner l’importance qu’il avait eu pour certains, ni même pour souligner la bravoure qu’il avait dû puiser d’on ne sait où à l’idée d’aller se tuer pour sa sœur. Rien, rien et encore rien de tout cela n’était présent en la Morte, quand même qu’il eut fouillé chacune des dalles de pierre et soulevé chaque pelletée de terre de Mortancia, il n’en trouva rien.

L’oubli…

C’est ce triste sort qui accable les morts, cette maladive angoisse que celle de quitter la terre des vivants pour aller vers l’inconnu, jumelée à cette peur d’être oublié, d’être négligé et qu’on passe à autre chose. L’idée que ce qu’on a fait puisse être volé par quelqu’un d’autre, que les efforts que nous avons fait ne nous ont finalement pas aidé, que les souffrances que nous avons enduré ne nous ont finalement pas mené vers grand-chose – Ils sont tous égaux face à la mort, sans la moindre considération de leurs actes ou de leur vécu…

Ce nombre de personnes qu’il avait dû reconduire jusqu’au jugement final, qui craignaient encore et encore d’être oubliés, qui avaient des enfants à leur charge et qui n’avaient pas l’impression d’en avoir terminé, qui n’acceptaient pas de laisser leurs enfants, leur propre création aux mains d’une vie cruelle et parsemée de problèmes et d’imprévus. Il est peu de choses plus écœurantes que celle d’écouter les problèmes des autres alors qu’on en a déjà par-dessus la tête par nos propres angoisses… Mais le Passeur a une image à faire respecter, une image à dégager et il ne doit pas en déroger.

Personne ne voudrait être guidé par quelqu’un qui semble bouleversé émotionnellement, qui ne connaît pas son travail sur le bout de ses doigts ni même les chemins à emprunter.

Personne ne voudrait être guidé par quelqu’un qui dégage la peur, le manque d’assurance ou l’angoisse.

Personne ne voudrait être guidé par quelqu’un ayant ressemblé de près comme de loin à ce qu’il était auparavant.

[…]

Et voilà qu’il avait enfin la raison pour laquelle il avait droit de venir sur la terre des vivants; Il y avait du travail à faire sur cette même lande. Les légendes s’accumulaient et les écrits démontraient que par le passé il arrivait que les Passeurs aient à venir dans le monde des vivants pour rétablir le flux des âmes.

Encore des problèmes à régler alors qu’il en avait déjà assez à son compte… Mais le devoir avant tout, le devoir était l’essentiel. Il n’avait jamais rompu une promesse et il ne devait pas commencer maintenant à déroger de ses bonnes vieilles habitudes.

Et alors que le temps avançait lentement pour faire son cours, alors qu’il se frayait une identité imperméable à l’échec et dont le seul et unique motif était le sens du devoir, de l’impartialité et de l’immunité à tout ce qui concerne de près ou de loin les envies humaines, alors qu’il se faisait une identité bien au-delà de celle qu’il avait auparavant, il connaissait enfin une sorte d’admiration de la part de certains…

Néanmoins, une part de lui ne sentait pas cette admiration et cette nouvelle identité comme elle aurait dû l’être, une part de lui ne pouvait s’empêcher de se sentir mal à l’aise à l’idée d’avouer la mort définitive de celui qu’on nommait Xul’Thris, de réintégrer la société sous un autre nom et d’induire ses frères et ses sœurs dans l’erreur, de se déroger du passé plutôt que de l’affronter et de faire un homme de soi…

Cette maladive envie de ne pas être oublié des autres…

Et de s’oublier soi-même pour laisser place à une personne sans la moindre personnalité…

La mort est le fléau des vivants,
L’oubli est le fléau des morts.

[…]

« Elle sait désormais qui je suis, à force de me harceler pour savoir mon identité. Elle est bien l’une des seules à le savoir en Mortancia. Je l’ai observé longtemps durant sans pour autant démarquer le moindre des regrets, le moindre des remords ou la moindre triste pensée à l’égard de qui j’étais. J’ai espéré mille fois plutôt qu’une qu’il ne s’agirait là que de garder son image et son intégrité au sein des siens, qu’elle devait paraître tout aussi invincible et imperturbable que je le suis moi-même, mais il y a quelque chose en moi qui bouillonne de rage à l’idée que celle pour qui j’ai tout donné ce que j’avais se moque de mon sort et se contente de vivre son train-train quotidien. Maintenant elle sait, maintenant elle sait que celui qui a littéralement explosé devant elle est bel et bien revenu et qu’il la surveille à la moindre occasion… Mais elle s’en moque, ça aussi. Elle a bien d’autres idées en tête pour se soucier de mon sort… »

« Je me fabrique un corps digne de la perfection, sans le moindre des défauts. Je n’en peux plus de traîner cette vieille carcasse lourde et honteuse. »

« Et puis quoi encore… Je suis le plus bel homme que les landes eurent connu? Qu’est-ce que c’est que cette idée de se fabriquer un corps? D’espérer pouvoir atteindre le niveau de la perfection malgré la complexité du métabolisme? C’est de la foutaise, je ne peux pas croire qu’elle s’accroche à ça plutôt qu’à… Autre chose. Si c’était possible, je l’aurais sans doute déjà fait plutôt que de finir sous cette odieuse apparence, massacré par une entité et destiné à ne plus jamais pouvoir connaître la beauté.

Elle choisit mal son moment pour m’en parler… Ce qui m’est interdit fait l’objet de ses désirs, mais je préfère ne rien ajouter à ce sujet. Elle, tout comme moi, est restée dans cette vieille carcasse terriblement hideuse depuis assez longtemps pour que je sache que le Père ne lui donnera jamais ce à quoi elle aspire, comme il en fut de même pour moi. Je ne veux pas briser ses rêves, mais je serai bel et bien là pour lui dire un « Je te l’avais dit » lorsqu’elle reviendra dépitée de ses tentatives, quand même que je ne lui aie pas fait remarquer très ouvertement. Elle ne voudrait rien entendre de toute façon. Le silence avant la tempête. On est dans la même situation elle et moi, j’ai au moins elle pour me consoler que je ne suis pas le seul à devoir cracher sur ce que j’aurais désiré le plus au monde… »


[…]

Une journée comme une autre à prendre un certain repos et profiter des couleurs du monde des vivants avant de retourner dans les landes mortes du Qar’Tagh. Il était là, sur le bord de l’eau à observer la marrée monter vers lui en grimpant sur le sable sans ne jamais l’atteindre. Il était là, ironiquement, à observer une étendue d’eau –Question de faire changement à ce qu’il côtoyait la majorité du temps – mais cette fois-ci sa barque était bien loin et il était tout aussi loin des lamentations troublées des âmes. Le bruit de la mer pouvait lui paraître enivrant et le souvenir des coquillages presque émouvant – Compte tenu de tous les présents dont il en avait fait.

Cette solitude ne le troublait plus tant qu’auparavant – Car on finit par presque y prendre goût à force de côtoyer des âmes qui se lamentent sans arrêt ou des frères et sœurs plus dérangés les uns que les autres, aux obsessions les plus folles et voir même dérisoires. Il pouvait faire le point sur lui-même et penser à ce qu’il était devenu, observer sans craindre le regard des autres. Observer son corps aux aspects léprosés, craquelés et massacrés par l’entité de la luxure. Il était revenu grâce au pacte qu’il avait fait avec le Passeur – à savoir ce qui se passerait une fois son contrat terminé, il ne le savait pas – Mais dans l’un de ces sales états… Aucune parcelle de son corps n’avait été épargné, et cette trace qu’elle avait laissé suffisait à rendre tout contact extérieur désagréable tellement la douleur s’y faisait sentir. Ça avait au moins cet aspect d’agréable... Il n’aurait surement plus jamais à se laisser enivrer par ses envies les plus profondes puisqu’elles étaient synonymes de souffrance.

Se faire avoir dans des pactes débiles par des succubes ou de croire qu’il serait un jour possible d’atteindre le Nirvana et s’épanouir d’une belle relation avec une femme…

Jamais plus…?

Un léger souffle, bien différent de celui du vent, un petit sourire dans le nulle part et elle prit place à côté de lui, visiblement ravie de le trouver ici sur le bord d’une plage très peu fréquentée. Il tourna la tête vers elle pour l’observer longuement et ses intentions n’étaient que bien peu discernables. Sa présence ici ne relevait certainement pas d’un pur hasard, encore moins de par le teint qu’elle avait et cette étrange lueur qui émanait de ses cheveux au moindre contact avec la lumière de la lune ou encore sa propre lanterne…

Son petit rayon de lune à lui, sa grande et bienveillante étoile tombée du ciel, décrochée par des mots plus que par des mains…

« Je te l’avais dit »

[…]


Dernière édition par Xul'Thris, Mortanyss le Mar 12 Mai - 20:24, édité 1 fois
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Xul'Thris, Mortanyss

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MessageSujet: Re: Historique Xul'Thris   Mar 12 Mai - 20:23

« Seul dans mon échec à tout jamais. Ce à quoi j’accrochais hypocritement mes derniers espoirs – Celui de ne pas me retrouver seul dans ma situation – Vient de tomber en même temps que mon masque. Déstabilisé, humilié et dépité tout en me devant d’afficher un air fier, tout en devant donner l’image d’une personne amplement satisfaite des résultats escomptés et la couvrir des plus grands éloges et de compliments… De compliments et encore d’éloges.

C’est la claque de plein fouet du siècle, c’est la descente sur terre de mon étoile et elle m’est tombée directement sur la tête, c’est l’apogée d’un Crescendo qui rend sourd, c’est le sentiment d’être vaincu dans son non-combat contre la fatalité. Vaincu par ce qu’on croyait une solidarité involontaire qui s’est trouvé à être un état précaire, un cocon hideux avant le papillon.

Mais moi, pourquoi mon cocon a t’il explosé prématurément?
Pourquoi moi je n’ai pas ces ailes qu’elle arbore?
Elle m’a promis qu’on volerait ensemble pour l’Éternité,
J’ai bien peur que les étoiles ne me soient pas destinées.

Nous avions une promesse… Une promesse oui. Elle ne l’a pas oublié. Moi qui l’ai repoussé quelques instants auparavant, me voilà bien pris au dépourvu… »


Il approcha doucement une main vers elle pour détacher la cordelette de sa cape, comme elle avait commencé auparavant avant de se voir presque refusée. Elle était prête à accomplir sa promesse, et lui aussi s’y sentait bel et bien prêt.

« Le Passeur ne doit en aucun cas laisser ses émotions prendre le dessus. »

La cape tomba sur le côté, dévoilant le dos nu découpé finement dans la robe qu’elle portait fièrement. Elle se pencha doucement vers l’avant, vers lui, ne cherchant pas même à voir ce qui se cachait derrière le capuchon.

« Le Passeur ne doit en aucun cas laisser ses émotions prendre le dessus. »

Ils s’approchèrent tous deux l’un de l’autre, le tremblement recommençant à se faire sentir, cette même excitation face à l’extase qui s’approchait lentement, mais surement. Il n’aurait jamais cru que ce fut dans son état le plus hideux qu’il goûterait aux lèvres de la plus belle.

« Le Passeur ne doit en aucun cas laisser… »

L’archet vînt se frotter et lamenter contre les cordes de l’instrument de bois un peu plus loin derrière, en un son distant qui ne l’était pas tant après mûre réflexion. Ils se figèrent, comme si le son avait suffit à arrêter le temps. Quelques secondes de plus auraient suffit à l’arrêter, il n’aurait pas pu demander mieux que quelques secondes de plus.

Le son mélodieux sonnait dès lors comme un grincement, une pure lamentation comme il en connaissait déjà tant avec son travail. Zalhaxa quant à elle ne parut pas partager le même sentiment à l’égard du violoniste, de sorte qu’elle se releva après un moment pour aller le rejoindre.

Rax’Zei…

Il s’était replacé de cette même façon, de ce même je-m’en-foutisme qui pourtant cachait bien des sentiments enfouis, voir même noyé sous le devoir et les responsabilités. Il les entendait parler… Et parler… Et encore parler de tout et de rien, des formalités en soit. Des formalités qui avaient suffit à désister sa sœur dans son approche, des formalités qui l’avait éloigné d’elle bien plus qu’il ne l’aurait cru. Quelques pas semblaient quelques milles tellement il n’avait envie d’aller les rejoindre. Il tourna la tête pour observer une étreinte, une étreinte de trop.

« Je viens souvent ici pour m’inspirer et pour jouer. C’est là l’une de mes muses préférées. »

Un simple chuchotement pour lui-même, trop chuchoté pour être bien audible, mais le vide saurait comprendre.

« Il n’au…Rait pas pu a…Ller jour ai…Lleurs… »

Il se sentait perdre son sang froid, cette façade murale et invincible qu’il arborait en tout temps, ce sentiment de froideur qui pourtant tenait une lumière chaleureuse et invitante. Ils s’approchèrent tous les deux pour venir le rejoindre et la conversation ne fît qu’empirer les états d’âme de « Monsieur le Passeur imperturbable ».

« J’étais aussi venu chercher des coquillages pour les offrir à un frère. »

Il serra les dents encore une fois, il ne croyait pas possible qu’un jour l’un des siens en vienne à prendre cette symbolique. Il se souvenait encore de ces présents qu’il donnait et qui suffisait à faire sourire ses proches, les personnes qu’il voulait voir sourire plus que tout. Rien que l’image de le voir donner des coquillages à Zalhaxa lui donnait la nausée…

Puis ses yeux tombèrent plus bas sur le Squelette, se fixant sur un chapelet aux apparences très familières, d’un bois qui rappelait très facilement le propre chapelet que sa sœur présente lui avait déjà donné auparavant. Un sifflement dans l’oreille, simple et long, qu’il semblait être le seul à entendre…

« Où as…Tu eu ce cha…Pe…Let? »

« C’est une âme qui me l’a donné. L’une de celles qui ne se font pas guider, celles qui écoutent. »

« Ce se…Rait mal fai…Re que de me men…Tir, jeu…Ne frè…Re… Je ne te le ré…Péte…Rai qu’u…Ne der…Niè…Re fois. Où as…Tu eu ce cha…Pe…Let? »

« Je ne lui ai pas donné le tiens… »

Quelques instants se passèrent, quelques silences venaient faire de l’embouteillage à la conversation. Il restait peu convaincu, quand même l’eût-elle promis.

« Ne déroges pas à ton devoir, Passeur, c’est d’un terrible vice que je suis témoins et ça ne te ressemble pas. »

« Un vice… Je vais lui en mettre plein la gueule du vice… »

[…]

« Le Passeur ne doit en aucun cas commencer les offenses, il n’a droit qu’à se défendre lui ou l’âme qu’il transporte vers le jugement final. »

[…]

Il laissa le Squelette quitter sans ajouter le moindre mot, se contentant de garder pour lui ses réflexions étrangères. Il ne le salua d’aucune façon, bien trop occupé à se contenir pour le bien de son image.

Le silence continua encore un peu avant que la Vampire ne ramasse ses affaires doucement, visiblement déçue de la tournure qu’avait prise la scène. Pour avoir assisté à toutes les lamentations passées de celui qu’elle connaissait comme étant Xul’Thris, elle savait ce qu’il en retournait. Elle s’éloigna de quelques pas, toujours en le regardant.

« Je ne lui aurais jamais donné ton chapelet… »

Un coup de vent, un grand silence. Aucune réponse ne sortit de la capuche, pas même un regard.

« Je t’aime… Frère. »

Elle s’approcha, toujours pied nu dans le sable pour déposer un délicat baiser sur le dessus de la capuche, sans recevoir la moindre des réactions en retour. Elle le quitta pour le laisser à la rive à laquelle il n’était plus tout à fait étranger.

Rax’Zei…

Le squelette qui portait un chapelet tellement similaire au sien, le squelette qui ramassait des coquillages pour les donner à l’un de ses frères… Le squelette qui avait du talent et qui ne manquait pas de le démontrer, le squelette qui avait du succès et le squelette qui désormais avait droit à des traitements bien particuliers de la part de Zalhaxa…

Quel était ce triste sentiment, cette impression de se revoir des années et des années plus tôt alors qu’il était sensiblement dans la même position… Sauf que lui, il échouait. Ce qu’il avait toujours cru inaccessible de par son état Squelettique – Sous laquelle il se couvrait pour excuser ses malheurs et ses fautes – Son plus jeune frère le faisait sans problème et avec beaucoup de succès. Ces petites choses et ces gestes qu’il faisait à l’égard des autres – Probablement le dernier refuge qui faisait de lui un frère comme un autre -, Son plus jeune frère le refaisait aussi.

Cette attention particulière qu’il recevait de Zalhaxa depuis des années et des années, cette relation qu’il partageait avec elle et cette chimie, son plus jeune frère l’avait aussi.

Rax’Zei, c’est le Xul’Thris qui réussit dans ce qu’il fait. C’est le frère en pleine santé qui peut regarder son aîné attardé et malformé et marcher là où ce dernier avait grand mal sans le moindre des problèmes.

Rax’Zei, c’est le petit enfoiré qui récolte tous les baisers de sa mère pendant que son plus grand frère s’engueule avec elle toute la journée.

Rax’Zei, c’est le petit frère dont on est maladivement jaloux sans ne jamais pouvoir se l’avouer.

« Laisse la lumière t’imprégner, extirpe en un soupire tout ce qui en toi tu abjectes. Débarrasse-toi de tout ce que tu répugnes… »

« Tu m’as manqué mon lapin… »


On ne surmonte le vice qu’en le fuyant.
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Xul'Thris, Mortanyss

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MessageSujet: Re: Historique Xul'Thris   Mer 10 Juin - 2:44

« Il est avec elle… Il est encore une fois avec elle. Toutes les fois où je les croise, ils sont ensembles, inséparables, il la colle comme s’il était accroché à sa botte, accroché à sa robe… Accroché à son sein comme un bambin on ne peut trop vieux pour être allaité. Qu’est-ce que ça peut bien me faire à moi? Qu’est-ce que ça peut bien me faire puisque je ne suis que le Passeur, je ne suis que de passage et que je ne suis présent que pour faire mon devoir, mon travail et rien d’autre? Je n’ai pas droit de me mêler de ces histoires qui pourtant me font du sang d’encre, je n’ai pas droit de les commenter, je n’ai droit que de regarder et de garder le silence. J’ai fait ça pour elle, j’ai pris ce travail pour elle et elle me rend bien sa gratitude…

Tout le monde n’a de yeux que pour elle et elle se pavane, se trémousse devant tous ces yeux ahuris. La belle Zalhaxa, celle qui a laissé sa vieille carcasse dégueulasse pour enfin devenir quelqu’un digne d’un chef d’œuvre. J’aurai attendu plus de quinze putain d’années ce jour là où elle serait enfin prête pour qu’elle se détourne de moi comme si je n’étais qu’un vulgaire chiffon, une poupée… Une marionnette.

La marionnette…
Le mari-honnête…?

Foutaises… »


[…]

« Je suis pris à voyager entre le gris et le noir, toujours, toujours et encore entre le noir et le gris, ces démarcations terribles, ces contours sinueux d’un monde toujours mal peinturé et encore moins bien orchestré. Ces mélodies qu’il joue sur son violon viennent me chercher même lorsque je fais mon travail. Elles m’agressent, elles viennent me chercher dans mon dernier havre de paix – Ou plutôt mon dernier havre d’ennui – Et elles viennent s’ancrer dans ma tête. Elles y restent prises et elles se répercutent sur chacune des façades de mon crâne pour se répéter encore et encore inlassablement même lorsqu’il n’est pas présent. Il m’obsède. Sa vue m’écœure, ses chansons m’écœurent, sa voix m’écœure et de les voir ensemble sans trop savoir ce qu’ils font ou ce dont ils parlent, ce qu’ils partagent et ce qu’ils ont d’intime, tout ça m’écœure.

Mille fois plutôt qu’une j’aimerais crier l’injustice, crier qu’on me rend bien mal la gratitude qu’on me doit et crier que lui ne mérite pas une once de ce qu’il a si on se fie à ce que moi je n’ai pas, mais devrait avoir. Je mérite amplement plus que ce que je reçois, j’aurai donné ma vie, mon corps et voué mon éternité à un travail des plus sinistres pour ne recevoir qu’un regard ici et là, entre deux caresses sur un squelette qui me donne la nausée rien que par son existence. Mille fois plutôt qu’une de sombres idées me sont venues à son sujet, marinant dans mon esprit plus qu’étant appliquées. Je n’y ai pas droit et j’en suis conscient. Non pas parce que je suis son frère ou quoi que ce soit de cette sorte, non, mais bien parce que mon devoir et mon travail ne m’y autorisent pas. Je ne connais pas les conséquences qui se produiraient si jamais tout cela viendrait à arriver… J’ignore qu’est-ce que j’aurais à subir de plus que ce que j’ai à endurer pour l’instant. Est-il au moins possible ou envisageable que ma situation puisse être plus pénible qu’elle ne l’est déjà? »


[…]

« Il me cherche, je le sens, il me cherche plus que jamais. Maintenant qu’il a terminé ses interrogatoires et qu’il est persuadé que je lui cache mille et un secrets concernant mes expériences et mes intentions, chose qui n’a rien de faux, il en est à un stade d’insolence qui me dépasse. Il commence à se faire un peu plus vieux et de plus en plus connaître en la Nécropole. Je dois pour ma part m’absenter, me voiler les yeux volontairement pour retourner à ma besogne, mais c’est un temps pendant lequel je ne doute pas un instant qu’il en profite pour se faire valoir et se faire connaître, un temps pendant lequel il grimpe lentement et lentement, gonflant un égo mal placé qui ne le mènera vers rien de bon.

Il en est à un stade commun d’imbécilité qui n’est obtenu que lors d’une popularité souvent mal méritée, un certain sentiment qu’on est apprécié et qui nous pousse à trop s’extérioriser et dévoiler des couleurs qui auraient mieux tôt fait de rester dans le gris et dans le noir qui sont commodes et communs. Si c’était quelqu’un d’autre, son insolence ne viendrait pas me chercher et j’aurais tôt fait de l’ignorer comme s’il ne s’agissait que d’un moins que rien…

Mais il est dans mon chemin. Il est dans ma tête, il est dans mes songes et dans chacune de mes pensées. Je ne peux penser à Zalhaxa sans le voir lui, son chien de poche, accroché à elle comme un enfant égaré et qui, dès qu’elle eut le dos tourné, en profite pour me tirer la langue et me lancer des propos déplacés.

Il m’accuse de vice,
Il m’accuse d’hérésie,
Il m’accuse à tord et à travers et prétend m’avoir déjà eu en grande estime par le passé, avouant que je ne suis désormais que le pâle reflet d’un vice étouffé.

On était tellement bien avant qu’il n’arrive…

Avant qu’il n’arrive… »


[…]

« Nous av…Ons à par…Ler, toi et moi… »

[…]

« Où allons-nous? »

« Tr…Ès loin… »

« Pourquoi allons-nous si loin…? »

« … »

[…]

« Ce sera encore long? »

« Oui… »

[…]

« Ce sera bientôt terminé… Ce sera bientôt terminé ma belle Zalhaxa… Et je n’aurai plus à m’embêter ni me faire du sang d’encre. Tout redeviendra comme avant. Tout s’arrangera par soi-même et nous n’aurons d’yeux que l’un pour l’autre à nouveau. Tu pourras m’aimer de nouveau, moi… Rien que moi cette fois… Rien que moi… »

[…]

Le Passeur s’arrêta enfin, rabaissant sa lanterne après avoir fait son travail de guide pour une âme qui pourtant n’en avait pas besoin. Il avait soigneusement observé l’endroit où il avait emmené le jeune Squelette musicien et s’était assuré de n’être suivit que par celui-ci, question de commodités – Un entretien seul à seul avec un intrus n’a rien de bien poli ni de courtois. Le ravin qui se situait devant eux offrait une très belle vue sur l’eau et la lune qui éclairait le paysage ne le rendait que plus magique… Et Kalos sait que la raison de leur venue ne consistait qu’à regarder le portrait que leur offrait Dame Nature et partager quelques bonnes blagues entre copains…

Et si c’était vrai?

« Pourquoi m’as-tu emmené ici, Passeur? »

L’être prit une énorme inspiration tout en se tournant avec lenteur vers le squelette. Il finit par lui désigner le décor d’un ample mouvement de la main, son énorme toge suivant lourdement son geste. Il semblait calme, serein, réfléchit et impassible comme à son habitude, image qu’il se faisait un mot d’honneur à garder en tout temps, si ce n’était de quelques excès en des moments troubles.

« C’est i…Ci ma mu…Se et j’ai…Me…Rais t’en…Ten…Dre me com…Po…Ser une mé…Lo…Die sur le vif en t’in…Spi…Rant de ce qui t’en…Tou…Re. Je ne m’a…Ttends pas à qu…Oi que ce soit de pa…Co…Ti…Lles, si tu veux bi…En y me…Ttre co…Eur et â…Me. »

Le squelette commença à inspecter l’endroit davantage qu’il ne l’avait déjà fait, se doutant bien malgré tout qu’il ne s’agissait pas là de la seule raison de leur venue ici. Il hocha quelques fois de la tête avant d’aller s’installer sur une bûche à moitié dévorée par la terre, invitant le Passeur à faire de même tout en sortant son instrument de choix, le beau violon que lui avait fait Tyrmk – Beau violon dont il ne pouvait se cacher avoir rêvé à l’idée de le tordre et d’en arracher les cordes – et qu’il chérissait comme un objet descendu directement du ciel. Le Passeur brassa de la tête négativement pour répondre à l’invitation, signifiant qu’il préférait rester debout et contempler ce paysage qu’il prétendait tellement inspirant et qu’il ne voyait pourtant que pour une première fois…

« Il va sans di…Re que nous Par…Le…Rons en…Sui…Te. J’ai…Me…Rais que tu ne per…Des pas le fil et que tu te con…Cen…Tres sur ta cré…Ation au mê…Me ti…Tre que je l’é…Cou…Te…Rai. »

Un coup… Deux coups puis le silence lourd et pesant vînt s’installer. Rapide, efficace…

[…]

Maintenant les quelques coups donnés avec son archet en guise de pratique et un essaie d’inspiration qui semblait bien s’enligner, il débuta la mélodie en faisant grincer l’archet sur les cordes de son instrument, doucement et avec une grâce que seul les grands artistes peuvent atteindre. Il se laissa enivrer par sa propre composition improvisée alors que le Passeur y portait lui aussi une oreille très attentive. Le mélange de rythme et de suspend de la mélodie apportait une bouffée d’air frais à l’endroit d’un ravin qui n’avait que très peu de souffle et qui dans pareille circonstance et rencontre n’aurait d’augure à ne rien inspirer de bon… Mais Rax’Zei avait ce talent de faire fie de ses impressions pour s’abandonner à la composition et on ne pouvait lui en vouloir si c’était là la seule chose pour laquelle il s’abandonnait lui-même.

Un temps, deux temps, comme le métronome qui démarre, comme l’horloge qui tic et qui tac, la mélodie, encore, encore, encore. Aucun silence pour lui rappeler que cette mélodie qu’il avait lui-même demandé au Squelette lui resterait prise longtemps dans la tête. On commence à voguer, on pose ses yeux un peu partout autours pour s’assurer que rien n’a changé des circonstances depuis leur arrivée, on essuie le revers de sa main libre contre le bord de sa toge comme pour enlever un surplus de sueur – Le genre de sueur qui ne provient pas des muscles, mais bien des nerfs à vif.

Une hésitation, puis deux, mais pas trois. Un cœur qui n’est pas là pour battre et être la seule chose audible, résonnant plus fort que jamais à l’intérieur même du corps et pompant du non-sang jusqu’à la tête avec sa non-force. Il était temps. Il était temps maintenant.

« Nous a…Vons beau…Coup de di…Ffé…Rents, tu le sais…
Mais les cho…Ses vont chan…Ger main…Te…Nant, je te le pro…Met.

Nous n’en au…Rons plus de pro…Blè…Mes. Ja…Mais plus. »


Un fracas, lourd, puissant. C’est là le vestige d’un tronc d’arbre assez imposant pour devoir être traîné lourdement que le Passeur vînt écraser sur un crâne concentré à l’art avec une force qu’on ne lui connaissait pas sous ses airs chétifs et frêles. Sous le choc, le crâne sembla céder davantage que la branche elle-même qui était encore en un morceau – Chose qu’on pouvait se permettre de douter du crâne. Le coup terriblement vicieux projeta le Squelette sur le sol, plus désarçonné que jamais il ne l’avait été, sonné et confus. Il commença à ramper, faisant le constat de l’ampleur des dégâts que le coup avait causé alors qu’une certaine douleur semblait l’envahir. Un délire certain débuta, ou plutôt continua si on fait fie de la personne dont il provenait.

« Non… Elle est revenue… Elle est encore venue me chercher! »

Une tête brassée, quelques pas pour venir rejoindre la carcasse presque vivante du Squelette.

« Pas ce soir… Pas ce soir, per…So…Nne ne vien…Dra te cher…Cher. C’est en…Tre toi et moi. Ce se…Ra no…Tre pe…Tit se…Cret. »

Crac, une jambe, une grande complainte de douleur.

« Tu se…Ras mi…Eux là où tu t’en vas. Tu se…Ras te…Lle…Ment mi…Eux loin de ce mon…De gr…Is et fr…Oid. C’est beau, les é…Toi…Les. »

Crac, une autre jambe et une grande complainte de douleur à nouveau. Quelques pas pour le contourner, examiner l’état lamentable dans lequel il avait mis son frère. Le haut le cœur, toujours le cœur qu’il n’avait pas, qui se faisait sentir avait ce je-ne-sais-quoi de troublant, mais on ne pouvait retourner vers l’arrière. Plus maintenant, jamais plus.

« Pour… Pourquoi? »

« On é…Tait te…Lle…Ment bi…En a…Vant que tu n’a…Rri…Ves dans le dé…Cors. Tu as tout gâ…Ché, tout gâ…Ché. Mais ne t’en fais pas pour nous… Je suis là pour tout arran…Ger. »

Il posa son pied avec une violence certaine contre le poignet squelettique qui retenait toujours tant bien que mal le violon et ce jusqu’à ce qu’il le relâche. Il alla lui donner un coup de pied pour l’envoyer valser près du ravin, d’une proximité inquiétante et qui laissait présager le pire. Il s’avança lentement vers la relique, savourant l’instant pendant lequel il se débarrasserait de l’objet des œuvres qui l’auront tant de fois suivit et hanté comme des fantômes à des moments les plus inopportuns. Ce qui devait d’abord être des mélodies à saveur funèbres se virent vite transformés en mélodies obsessives sans pour autant que ça ne soit la véritable intention de son compositeur. Il poussa, tout juste assez et non avec violence cette fois, le violon pour qu’il dégringole le long de la falaise jusqu’à venir terminer sa chute dans un plongeon des plus réussit dans l’eau qui se trouvait tout au bas, massacré par les chocs qu’il s’était imposé pour descendre jusqu’en bas et évitant de près ce qui semblait les derniers vestiges de la montagne…
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