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 Historique Xul'Thris

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Xul'Thris, Mortanyss

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MessageSujet: Re: Historique Xul'Thris   Mer 10 Juin - 1:54

Le Squelette avait observé, incapable de réagir devant le spectacle d’horreur qui s’imposait à lui et qui faisait une triste escapade sur sa vie à lui. Le Passeur s’approcha très lentement, n’ayant visiblement toujours pas rassasié ses pulsions et ses instincts plus noirs que la non-couleur.

« C’est un a…Llez sim…Ple au Ju…Ge…Ment fi…Nal et c’est un che…Min que tu de…Vras fai…Re seul. Tu es a…Ssez grand main…Te…Nant. »

Il vînt poser un pied contre les omoplates de l’être Squelettique, prenant bien attention de repousser les tissus qui signifiaient déjà la lourde perte d’énergie de par leur éclat de plus en plus moindre. L’étrange lueur rougeâtre qui s’en dégageait normalement faiblissait à vue d’œil, mais rien ne sembla pouvoir désister l’être dans ses entreprises des plus radicales, se saisissant de sa main libre de ces tissus qu’il avait jusqu’alors considéré inutiles et sans la moindre importance.

« U…Ne der...Niè…Re cho…Se à ajou…Ter? »

« Qu’il… Ait… Pitié… De… Ton… Âme… »

« Bon vo…Ya…Ge. »

Il arracha les tissus d’un coup sec tout en exerçant une forte pression de son pied dans la région des omoplates et de la nuque du Squelette et aussi bien dire que rien ne tînt avec grande efficacité. Le tissu se tira comme un long et énorme fil et commença à disparaître dans un éclat continuel, comme une flammèche ou une braise, s’envolant au gré du vent comme des flocons rougeâtres transportés par quelques souvenirs que trop peu garderaient. Aucun son n’accompagnait la macabre scène, pas le moindre. Les gémissements du Squelette et ceux de son violon s’étaient estompés et avaient laissé place à un sinistre silence, long, lourd, pesant et inquiétant…

Il prit la main de son plus jeune frère pour la première et la dernière fois jusqu’à le traîner au bord du ravin à son tour. Il le regarda pendant un moment avant de le laisser tomber mollement comme il l’avait fait avec le violon, savourant la chute et la descente qui se faisait entre les chocs des divers rocs qui constituaient les dangers de la route jusque dans ces abymes froids, désagréables et qui venaient se fracasser contre le bas de la falaise avec force, comme si elles tentaient de grimper à chaque fois, mais qu’elles ne faisaient qu’évincer le sol sableux pour en emporter les déchets on-ne-sait-où.

La main squelettique fut la dernière chose qu’il pu voir de son frère, son petit frère à lui, se refermant doucement comme un dernier Au revoir avant de s’engouffrer complètement, à son tour évincé par la mer qui de nouveau échouait à grimper le long de la montagne, évincé comme un déchet pour aller on-ne-sait-où peut-être rejoindre un violon qu’on avait malencontreusement égaré.

La scène victorieuse, l’ascension d’un frère au-dessus de celle de son rival face à sa conquête, le grand soleil levant pour dévoiler le grand vainqueur de cette résolution sans précédent et grande comme rien d’auparavant. Un sourire, un grand sourire sur son visage pour souligner les bons instants à venir, les joies qu’il pourrait désormais vivre.

Rien de tout cela n’y était. Rien…

Rien que le triste spectacle nauséeux d’un frère maladivement jaloux d’un autre pour en venir au point de l’enrayer de sa vie et de celle des autres, de l’éloigner des personnes qui lui sont chères dans l’espoir de les retrouver plus près que jamais de soi. Aucun sourire ne vînt se poser sur son visage comme il l’aurait cru possible et c’est le cœur meurtri par des sentiments maintenant vomis plutôt que posés qu’il s’en retournait, plus renversé qu’il ne l’aurait cru possible.

« … Oups? »

[…]

Et on continue à errer en portant un deuil auquel on aurait dû penser plus tôt. On ne s’ennui pas de la chanson, parce que comme prévu elle nous hante jour comme nuit – Et c’est bien la seule chose qui était prévue et qui s’est révélée à suivre le cours des prévisions. Un écœurement pour un autre, mais certainement pas du même genre. Comment on le ramène maintenant, ce petit merdeux qu’on a balancé du haut d’un ravin dans l’espoir de ne plus jamais le revoir? On le retrouve et on se tape un casse-tête épouvantable en lui disant qu’on est désolé et qu’on croyait qu’on se sentirait mieux de l’avoir massacré?

« Assassin… »

Non, non il ne pouvait plus le ramener maintenant que le mal était fait, maintenant qu’il avait été à l’encontre des valeurs familiales et des voix sacrées du Père en plus de faillir à ses devoirs et ses tâches. Il n’avait pas assez de doigts pour compter le nombre d’infractions et manquement qu’il avait fait depuis l’obtention de ses responsabilités, mais il n’avait jamais cru bon d’en rapporter la moindre jusqu’à aujourd’hui.

L’idée d’être puni pour le mal qu’on a fait avait quelque chose d’assez tentant. Une façon d’obtenir rédemption et salvation, un pardon de soi à travers les autres – Ceux qui ne sont d’abord et avant tout même pas concernés dans cette histoire de possessivité maladive…

Et si… On le destituait de ses fonctions pour ses manquements?
Et si… Il pouvait enfin être libéré de cette lassante et écrasante besogne, celle que de devoir écouter des personnes se plaindre d’une vie passée tellement bonne et de devoir les guider en faisait abstraction de soi, abstraction de ses idées et de ses pensées.

Ce qui d’abord le protégeait finit par se refermer sur lui-même jusqu’à l’étouffer. Le devoir et les responsabilités dont il était imbu n’avaient plus cet effet salvateur qu’il avait au départ cru juste et honorable de tenir jusqu’au bout, ces codes d’honneur à en plus finir qu’il devait respecter à la lettre et ces idéaux… Là n’était sans doute pas la source de l’étouffement, mais le manque de reconnaissance qu’on faisait à l’égard de son travail et de ses sacrifices avaient de quoi le retourner sur lui-même comme un gant et faire ressortir davantage de dégoût que de fierté à porter le titre valeureusement.

Bon sang… Et si on le destituait de ses fonctions pour ses manquements… Et si c’était possible?

[…]

La rage bouillait… Cet imposant désir de détruire et de ravager tout ce qui s’opposait à sa volonté et s’imposait à sa vie. Ces choix qu’il n’osait pas prendre et qu’il avait cru bon de laisser entre les mains des autres. Chacun de ses membres tremblaient avec force, visiblement incapable de garder cet air impassible même devant son propre guide spirituel.

« Ne multiplies pas davantage tes manquements, Passeur. Tu es un mur et les murs ne tremblent pas. »

Aucune compassion ne pouvait être perceptible dans cette voix, cette voix tellement… Tellement comme la sienne depuis l’acquisition de ses responsabilités. Cette froideur, cette façon d’annoncer aux gens qu’ils ne sont rien de plus que des moins que rien et que même leur mort n’ébranle pas la moindre des branches ni ne fait soulever le moindre remous, ni n’évoque la moindre des larmes et pas même un haussement d’épaule ou une tape dans le dos. Les réconforts qu’on aurait aimé à l’égard de notre personne lors des moments les plus difficiles et les plus transitoires de notre existence – Dont la mort fait partie – N’étaient accompagnés que d’un air qui te répondait dans son mutisme « Meilleur chance la prochaine fois ».

« Vous ne pou…Vez pas me… »

« Ta barque t’attend, Passeur. »

« A…llez-vous fi… »

« Ta barque »

[…]

Cette journée là – Ou soirée, le temps n’a que peu d’importance désormais – il était retourné à sa barque pour y accomplir son éternel devoir, aussi froid qu’il se devait l’être et refoulant une rage comme on le lui avait imposé.

Cette journée là, il aurait sans doute aimé que ses idées voguent ailleurs que sur ces noirs passages qu’il se devait de garder pour lui à tout jamais.

Cette journée là, il aurait sans doute aimé pouvoir ignorer tous ses regrets,
Cette journée là, s’il avait su que cette histoire le mènerait aussi loin dans le dégoût de soi, il aurait préféré ne jamais connaître Zalhaxa.

[…]

« Vous ne pou…Vez pas me fai…Re ça. Vous m’a…Vez main…Tes fois ra…Con…Té les châ…Ti…Ments des au…Tres pour a…Voir man…Qué à leur de…Voir. »

« Je ne reviens pas sur ma parole. Ta punition sera celle de n’en avoir aucune. »

« J’e…Xi…Ge de sa…Voir pour…Quoi. »

« … »

« Vous ne pou…Vez pas me… »

« Ta barque t’attend, Passeur. »

[…]

Et cette journée-là il ne se questionna pas bien longtemps. Il savait déjà les raisons qui motivaient le choix de son guide et c’est ces mêmes motivations qui lui donnaient cette impression de bouillir de l’intérieur.

Il lui était bien plus terrible de n’avoir aucune canne sur laquelle s’appuyer, aucune douleur sur laquelle appuyer son dégoût de soi ni quoi que ce soit pour excuser ce qu’il avait fait. Rien de cette sorte, rien de « J’ai tellement souffert pour ce que j’ai fait » ne s’appliquait ici et c’était bel et bien là le pire. L’idée d’aller tout raconter à la famille était tout bonnement impensable. S’il était prêt à avoir mal, il n’en était pas rendu à l’idée de vouloir s’écarter de celle pour laquelle il avait commis cet horrible crime.

La belle Zalhaxa…
Sa belle Zalhaxa…

Pour elle, il aurait soulevé des montagnes…
Mais surtout tué des jeunes frères.

Oh et cette fois-ci il n’avait pas échoué, oh que non. Il avait enfin réussit à faire quelque chose de concret!

Il avait réussit à foutre le bordel dans sa vie, Certes, mais il avait au moins réussit.

« Assassin… »



Le vice, c'est le mal qu'on fait sans plaisir.
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Xul'Thris, Mortanyss

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MessageSujet: Re: Historique Xul'Thris   Lun 19 Oct - 2:50

« É…Ly...A…Nne… »

[…]

« Regarde le beau dessin que j’ai fait! »

[…]

« Ma belle Élyanne… Si tu savais comme je te t’aime. Combien de fois m’auras-tu fait sourire d’un simple regard, ou de ce sourire contagieux que tu portais vers moi avec tes petites dents et tes lèvres d’enfant. Tes beaux cheveux de princesse et ce joli minois qui ne demandait rien de plus qu’à sourire et propager sa bonne humeur… »

[…]

« Tu vois? Là c’est toi et là c’est moi! »

« Et ma lan…Ter…Ne e…Lle sou…Rit? »

« C’est un soleil!!! »

[…]

« Désormais, que reste-il de toi ma petite chérie? Que reste-il de cet amour que nous avions l’un pour l’autre, bien au-delà du désir charnel et profondément beau de par sa simplicité et sa naïveté? Que s’est-il passé depuis ce jour où nous nous sommes vus pour la dernière fois? »

[…]

« Je veux être comme elle! »

« Mais tu es par…Fai…Te co…Mme tu es main…Te…Nant, É…Ly… »

« Non! Je veux être co…Mme cette fe…Mme là! »

[…]

« Voilà… Ça me revient maintenant. Voilà ce qui reste de toi, ce qui reste de nous. Tu auras choisi une toute autre voie, une voie qui à jamais était vouée à nous séparer. Te voilà grande, ma petite Élyanne, bien loin de ce qui à mes yeux aurait été la fille que je n’ai jamais eu, bien loin de ces regards bienveillants et de cette belle complicité. Tu es devenue une femme désormais, une véritable femme. Et comme toutes les femmes, tu t’es détournée de moi. Cet amour innocent s’est transformé en dégoût viscéral et ces sourires partagés se sont perdus dans le néant qui maintenant nous sépare. Tu voulais être femme… Et tu es devenue Kaz’Xira. Des dessins et des vêtements sont tout ce qu’il me reste désormais… De cette petite fille aux traits d’ange.

Élyanne,
Ma belle Élyanne,
Ma princesse adorée,
Je t’aime… »


[…]

« Rien ne s’est arrangé. Rien à rien… Les choses régressent comme toujours et je ne suis plus trop certain de ce que je dois penser désormais. Je n’arrive pas à comprendre ni à concevoir comment est-ce possible que rien ne se soit arrangé entre-temps alors que j’ai tout fait dans l’optique pour que nous redevenions heureux elle et moi? Pourquoi est-ce que rien ne s’est arrangé? Pourquoi n’ai-je toujours pas droit à d’avantage de regards, davantage de sourires? Où diable est passée cette complicité qui faisait de nous… Ce que nous étions?

J’ai été au-delà des limites du possible, j’ai enfreint je ne sais plus trop combien de codes ou de lois ou de quoi que ce soit, des barrières, appelons les ainsi, pour pouvoir être heureux avec Zalhaxa, ma bienveillante étoile, et me voilà avec les mains vides… Si ce n’est de cette stupide lanterne.

Un soleil? Haha… C’est aussi crédible que du bonheur. Cette lanterne n’enferme rien d’autre que moi, moi et mon sort, moi et mon pacte, moi et mes responsabilités. Ce sont là de bien belles chaînes que celles qui nous lient sans être visibles à l’œil nu. »


[…]

« Non… Non non non et non…

Comment diable est-ce possible? Comment peut-il… Un échec. Un autre échec. Il est vivant, il est revenu encore plus agressant qu’il ne l’était. C’était sans doute la seule chose que je croyais avoir réussit tout au court de ma vie et qui me mettait dans un embarras sans précédent, tout ça s’écroule maintenant…

Et je m’enrage?
Comment, pourquoi?
N’est-ce pas là la clef de ma rédemption? Ne devrais-je pas en être soulagé?

Pourriture d’enfoiré… Non je n’ai pas lieu d’être soulagé de sa présence. Il a tout révélé, il a absolument tout révélé à l’entièreté de la famille.

Et moi… Et moi désormais? Comment dois-je me sentir? Comment dois-je réagir à cette apparition soudaine qui me mêle entre le soupire de soulagement et la frustration agressante d’entendre sa voix partout où je vais, partout, toujours sinon en l’autre monde, ce lieu que j’haïs tellement, celui où j’ai du mal à poser les pieds sans me sentir grincer, grincer contre le pavé d’os et de terre desséchée et inhabitable depuis la nuit des temps. J’ai le choix entre le monde des vivants où il est toujours là pour me guetter ou le monde des défunts ou je n’ai pas lieu au moindre calme sans être harcelé par des esprits qui tardent à aller rejoindre leur Alden respectif, des esprits qui sont prêts à aller subir le jugement.

N’est-ce pas là la plus belle ironie? Je guide des âmes prêtes à subir le jugement dernier alors que moi je ne suis pas même apte ni prêt à subir le jugement que les miens poseront sur moi, celui qui sans aucun doute décidera de la suite, décidera de ce qui me sera réservé…

Ô mon guide, tu t’es hélas bien joué de moi en ne m’offrant aucun châtiment. Tu ne savais que trop bien que tôt ou tard je subirais les foudres des miens et que ce serait là l’apogée de mon échec. »


[…]

Il n’avait plus lieu de se cacher, plus jamais désormais. Fuir? À quoi bon fuir alors qu’au fond de lui il savait qu’il aurait enfin droit à ce qu’il cherchait depuis l’instant même où il avait fait la plus grande gaffe de sa vie?

Il ne resterait certainement pas sans châtiment, il ne le savait que trop bien et il attendait patiemment, arpentant comme un fantôme déjà mort depuis longtemps les ruelles de la Nécropole d’une démarche traînante, celle d’un homme auquel on aurait attaché, supposant qu’il ne se les serait pas attaché lui-même, des boulets massifs. Le poids de la faute, le poids de la peine et le poids des remords se faisaient lourds, de plus en plus lourds à être portés.

Ô illustre porteur de son châtiment, quand allait-il enfin se décider à s’en prendre à lui pour lui faire payer ces affronts qu’il lui avait fait subir par le passé? Qu’attendait-il, là, à raconter à qui passait son histoire fortement rehaussée d’un brin de mélodrame? Qu’il recommence?

Ah, non, pas cette fois. Les regrets pesaient plus lourds sur la balance de la conscience que celle du désir d’achever son travail, celle qui devait le « motiver » à prendre bien en charge ses responsabilités.

Indomptable esprit qui n’apprendrait jamais à achever son travail dans les règles de l’art, chose qui finalement lui aura coûté bien plus cher qu’il ne l’aurait cru.

Plus le temps passait et plus il attendait. Bien qu’il soit un oiseau sans cage ni barrière matérielle le retenant en la morte, il restait. Il restait en l’attente du terrible châtiment qui l’attendait bien qu’il eût pu courir, fuir, aller s’isoler en des terres inconnues… Mais pas cette fois. Pour une seconde fois dans sa vie, il n’avait pas envie de fuir. Il voulait se tenir là, droit et fier, devant le châtiment qu’on lui imposerait et l’accepter. Quitte à crever, aussi bien laisser ne serait-ce qu’une once de ce qui l’avait fait revenir en ce monde, cette maladive redevance envers le devoir, et pour une rare fois, le vouloir et le devoir n’étaient séparés que d’une très mince ligne.

Pour une rare fois…

[…]

« L’oubli… L’oubli est le châtiment qui m’est réservé. Ils se sont finalement prononcés, ils en sont finalement venus à conclure que l’oubli restait la meilleure solution, que la réintégration se ferait plus facilement si je n’avais pas le moindre souvenir de qui j’étais par le passé, sans quoi je me tourmenterais des mêmes idées. Brillant… Brillant, mais mortel.

Elle n’aurait souhaité ma mort, dit-elle. Son devoir aurait été de m’envoyer au Père une bonne fois pour toute d’une façon ou d’une autre, par la destruction. C’est sa façon à elle d’honorer notre vieille relation et les promesses qu’elle m’a fait. Ça me fait sourire, bien que je ne sache pas comment on fait, même après toutes ces années. Elle aussi, elle sourit, ma belle hypocrite. Dans mon cas, la mort comme l’oubli aurait résulté au même, puisque moi, le moi que je connais et que les autres connaissent, sera plongé dans la mort. Mon corps, mon âme ou je ne sais quoi traversera d’une frontière à l’autre, certes, mais sans mes mémoires, sans ces précieux souvenirs, que suis-je de plus qu’un pantin?

Et je l’imagine déjà, je l’imagine déjà à tout faire pour m’éloigner de ce qui à la base m’a mené ici.

Pas de chapeau sur la tête pour observer sans être regardé les femmes qui étaient de passage en la morte.

Pas de baiser, aucun. Cette vie a prouvé que l’horloge de mon cœur ne le supporte pas.

Pas de… Pas de tout ce que j’ai connu au final. Je ne sais même pas si ce prochain moi portera le même nom, ni comment il agira. J’ai une drôle de pensée à cet effet. C’est presque comme si je donnais ma vie pour enfanter. Je suppose que dans l’état où je suis, c’est le seul et unique moyen pour moi de le faire. Ma belle Zalhaxa, ma douce et belle Zalhaxa, ma bienveillante étoile, au final tu m’auras donné un enfant malgré toute attente. Élèves-le bien, car je ne serai de ce monde pour le voir grandir et le voir s’épanouir au sein d’une mère et d’un Père sans même nécessité de ma présence. C’est comme ça que ça doit se passer, je crois.

Je lui demande avant de partir si elle veut le faire une dernière fois.

Elle me répond en s’approchant.

Je la serre dans mes bras, doucement, et je n’ai pas mal. J’inspire ses cheveux qui ne sentent rien, mon visage est dans son cou qui ne sent rien non plus. Elle est froide, comme toujours.

Elle me dit qu’elle ne m’oubliera jamais, et je suis tenté de lui mentir en lui disant la même chose – Rire rouge, ou jaune ou bleu, je crois.

Je t’aime, Zalhaxa. »


[…]

Et alors que le jour approchait à grand pas, il ne restait que bien peu de matière à ces pensées nobles qui le poussaient vers l’accomplissement de soi. Vînt le jour où le procédé devait être fait et vînt le temps où ce même sentiment s’éteint subitement, laissant derrière lui une trainée d’honneur qu’il aurait sans doute mieux tôt fait de ne pas suivre, ni même de s’encourager à la faire.

C’était aujourd’hui, ce soir ou peu importe qu’il devait se rendre à l’abattoir, ou le laboratoire, pour y subir son châtiment. C’est vers ce même lieu que des idées, des personnes et des peurs étaient convergées, en un seul et unique instant. Cette palpable peur de finalement se rendre et de subir justice pour l’affront qu’il avait fait. Le devoir surplombait, une fois de plus, le vouloir et d’une bonne hauteur même.

C’est la démarche lourde de sens, traînante de ce qu’il lui restait de nostalgie à l’idée de quitter cette vie, qu’il alla se rendre au point de non retour, sous les yeux bienveillants de ses bourreaux au visage dévoilé, qui le regardaient dans les yeux et qui ne détournaient pas, qui affrontaient son regard à lui, lui qui n’osait qu’à peine lever les yeux vers eux, lui qui espérait que d’un moment à l’autre l’un d’eux s’exclame que tout cela n’était qu’une épreuve et que rien de ce qui s’avançait n’allait réellement se passer.

Rien, et il aurait dû s’en douter. Si les choses s’étaient passées comme il l’aurait voulu, il n’aurait cru à rien d’autre qu’une rêverie. Réside encore cet étrange sentiment de déjà-vu, cette impression que c’est un adieu qu’il ne fait pas pour la première fois et que pourtant, tellement de choses se sont passées depuis pour finalement en revenir vers le même point commun, une boucle dans laquelle la mort était le point culminent de la renaissance, mais encore était-il qu’à ce moment, à ce moment précis, il n’avait plus la moindre envie de renaître, ni de partir vers un autre monde. Il voulait être lui, désirait être – Au dernier moment de sa vie, la corde au cou, il voulait encore être quelqu’un.

[…]

« Je le reconnais. Je reconnais ce qui se présente devant moi et ce qui deviendra le prochain moi, mais je ne peux me l’avouer. Je regarde ce corps qui s’étend devant en me disant qu’il sera en quelque sorte ma progéniture et ce qui un moment m’avait semblé beau s’enlaidit sur le champ. J’ai tellement, bon sang, j’ai tellement haïs ce corps. J’ai tellement détesté cette façade vide de vie, ce corps squelettique dans lequel j’aurai été emprisonné si longtemps… Et c’est pour y retourner au comble de ma vie, au début du renouveau? J’aurais aimé pouvoir te porter davantage d’amour, ma future progéniture, j’aurais aimé pouvoir être capable de murmurer ces mots à ton intention, te dire à quel point tu es important pour moi et que je ne te souhaite que le meilleur, que tu ne marches pas dans mes traces et que tu vives ce qu’il y a de mieux, mais je ne peux pas. Je ne peux tout simplement pas regarder ce corps, cette terrible prison – car c’est ce que c’est au final – Sans sentir des frissons me parcourir le corps. J’aurais aimé que tu aies ce qu’il y a de mieux pour toi, mais te voilà à hériter de mon ancien cadavre et sans doute d’une réputation qui entachera ta vie.

Je les entends encore, ou plutôt déjà, te traiter de faiblard, de loque, de déchet, de larve, de luthyss ou de meurtrier.

Je les vois déjà jeter sur toi les pierres que tu ne mérites pas, te donner des coups que tu n’as jamais demandé et te fendre le cœur à coup de mots que tu n’auras jamais cherché à entendre.

Mais je ne peux rien pour toi, je ne peux rien faire pour cette vie qui t’attend. Je suis accolé au pied du mur et je ne peux même pas te dire à quel point je veux que cette vie soit bonne envers toi et qu’elle t’offre ce qu’il y a de mieux…

Parce que je n’y crois pas. Quand même que je m’enflerais la tête à croire que tu auras le mieux de ce que les gens peuvent t’apporter, je ne peux y croire, car je sais que c’est impossible.

Tu seras frappé, tu seras blessé, tu seras insulté, tu seras couvert de honte et de désespoir et ils en redemanderont encore. C’est la loi ici, c’est la loi d’un monde au grand complet et tu n’y échapperas pas. Ça aussi, je le sais.

Et je comprends. Je comprends pourquoi les nouveau-nés chialent si fort lorsqu’ils naissent. C’est parce qu’ils savent. Ils savent, eux, que la vie va leur faire mal et ils n’ont jamais demandé à naître.

Pardonne-moi, ô par pitié ou par fierté, pardonne-moi ce qui t’attend. Pardonne-moi de ne pas pouvoir être là pour te donner ce que les autres ne seront pas en mesure de t’offrir, pardonne-moi de devoir partir loin, loin d’ici et loin de toi. Loin de tous les autres, loin de tout ça…

Et la voilà qui s’avance vers moi, mon bourreau, mon joli bourreau, pour sortir je ne sais quoi et dessiner des symboles que je ne comprends pas sur ma lanterne. L’autre, Xhilyan’ntru a placé des toiles partout dans les environs sous une forme grotesque, ça lui ressemble au final. Les choses s’amorcent, elle vient placer les mêmes symboles sur le corps squelettique qui repose à ma gauche. J’ai peur, je reste couché contre le sol à tenir ma lanterne.

Je lui demande si ça fera mal, et elle me dit que tout ira bien. Elle pose ses mains contre mes épaules pour m’aider à rester calme, j’essaie de le faire pour elle. Ses mains frôlent les miennes une dernière fois et elle m’invite d’une main à aller toucher le corps de mon prochain moi. Je demande si Xhilyan aura accès à mes mémoires, c’est une question qui m’a longtemps tracassé l’esprit, et on me répond négativement encore. Je ne sais pas si c’est faux, je ne sais pas si c’est vrai, mais je veux croire qu’au fond de tous ces mots il reste un soupçon de vérité, qu’on ne m’aura pas menti sur toute la ligne et qu’il reste encore, en ce monde, des couleurs qui vaillent la peine d’être vues, même si c’est pour endurer les pires calvaires qui les accompagnent.

Un silence, très long et étouffant. J’aimerais crier, mais je n’en ai pas la force, je n’en ai plus la force. La toile est envahissante, tout autour, et au centre de tout repose un réceptacle dont j’ignore l’utilité. Je n’ai pas le temps de le demander, ou le courage, de toute façon, là où je m’en vais ça ne sert plus à rien. J’entends sa voix, sa belle voix qui commence à chanter, comme si elle demandait aux portes de l’au-delà de s’ouvrir pour m’accueillir.

Mais je sais que ça n’a rien à voir. Je sais que ce qui s’entame n’est rien de plus que mes funérailles et le temps d’un renouveau que je ne connaitrai jamais.

Et sur le seuil de ma vie, je me sens faiblir. J’ai assez lu pour dire qu’à ce moment, je devrais commencer à me sentir froid, mais ce n’est pas le cas. Sa voix continue, comme une comptine, et les choses s’obscurcissent autour de moi. Je sais au fond de moi que ma vie s’achèvera en même temps que sa chanson, mêlé entre le sentiment d’en finir le plus vite et celui de vouloir entendre sa voix éternellement.

Au terme de ma vie, je ne vois aucune lanterne venir me chercher pour me guider, aucun ange de la mort n’est là pour m’accueillir, ni pour venir me cueillir de la terre. Au terme de ma vie, il n’y a que noirceur qui s’étale à vue d’œil, une comptine qui s’alourdit pour ne devenir que silence et aucune larme, jamais, pour venir couvrir mes joues.

Je n’aurai jamais pleuré ce triste vieux monde, et personne ne viendra pleurer ma triste vieille vie. Ça aussi, je le sais.

Au terme de ma vie, je m’aperçois combien de fois j’ai manqué de dire « Je t’aime » aux personnes qui me sont chères et combien de fois il aurait été important de les serrer dans mes bras.

Au terme de ma vie, je m’aperçois à quel point il aurait été important de penser aux bons moments que j’ai passé plutôt que de m’encrasser dans les mauvais.

Au terme de ma vie, je m’aperçois qu’il m’aurait mieux fallu penser aux personnes que j’aimais et qui me le rendaient bien plutôt qu’à tous les autres que je haïssais et qui, eux aussi me le rendaient bien de par leur indifférence.

Je pars, seul et le cœur lourd de remords, sur une barque qui n’est autre que la mienne. Je pars pour mon dernier voyage, mon dernier billet de passage, mon allée sans retour à moi, car au final, je savais que le Passeur ne devait être que de passage.

Une lanterne s’éteint,
Rideau,
C’est là le triste spectacle de ma vie qui défile devant mes yeux,
C’est là la triste vie d’un triste mort,
Qui s’éteint…

Je… T’aime… »




Un homme ne commence à vivre que lorsqu’il trouve une personne ou une idée pour laquelle il est prêt à mourir
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Xul'Thris, Mortanyss

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MessageSujet: Re: Historique Xul'Thris   Mer 13 Jan - 14:01

« Alors, ma belle, tu viens faire un tour? »

« Je ne peux pas Victor, tu sais bien que je travaille en ce moment. »

« Rien à foutre de ton travail de merde, viens avec moi et j’te jure que tu vas rouler sur l’or toute ta vie. »

« Non, arrêtes, je n’y crois pas à tes rêveries… Mais après avoir terminé la journée, je veux bien venir oui, pourquoi pas? »

« C’est ça chérie, on t’attend sagement ici… »

L’homme amena la choppe bien remplie de bière à ses lèvres, laissant la femme retourner faire son travail. L’endroit n’avait rien de bien exceptionnel, une taverne de peu de renommée où traînaient plusieurs bandes de salauds qui se faisaient la rotation, à savoir lequel venait déménager l’autre à coups de poings pour prendre le monopole de l’endroit. Ça faisait un bon moment déjà qu’ils entretenaient – Si l’on pouvait se permettre le mot – l’endroit et y gardaient un bon pied. Les autres bandes ne venaient pas chercher de problèmes, pas ici du moins, parce qu’ils savaient qu’ils les trouveraient assez vite et la bande avait déjà fait sa réputation. Certes non, ils ne gagnaient pas toujours, mais ils avaient cette fâcheuse idéologie comme quoi on ne pouvait faire un combat sans que dans son issue l’ennemi ait plus saigné que nous.

Ils attendirent là, tous les six, vivants comme des parasites et buvant aux frais des propriétaires de l’établissement en échange d’une protection, particulièrement contre eux-mêmes, mais c’était un échange de service plus qu’honorable après tout; Pour des hommes qui n’avaient que très peu d’estime pour la morale et les codes valeureux.

[…]

« Woah, c’est à toi tout ça? »

« Depuis hier ça l’est. Enfin, c’est à nous, pas vrai les gars? »

Les autres approuvèrent d’un rire gras, le dernier venant refermer la porte qui tenait à peine en place après ce qui s’était passé. La demeure était dans l’un de ces états qui lève le cœur rien qu’à en faire une sommaire description. Les combats n’avaient pas épargné l’endroit et la salubrité n’avait rien de comblé. Que ce soit de l’alcool renversé au sol, des meubles écrasés ou en morceaux, des livres – Ce qui confirmait plus que jamais que ça ne leur appartenait pas réellement, à croire que l’un de ces hommes là savait lire, il faudrait être cinglé – Ici et là étalés, voir des pages arrachées sans raison visible. L’odeur d’alcool et de tabac y était forte, terriblement forte, s’échappant de la demeure dès que la porte y était ouverte comme si elle y était enfermée depuis trop longtemps, cherchant salvation et à chasser les impuretés qui avaient eu lieu dans cet endroit de débauche. Ça ne faisait apparemment qu’une seule journée qu’ils avaient cet endroit et il était déjà dans cet état… Et pourtant, c’était dur de ne pas le croire.

[…]

« Arrêtes Victor, ce n’est plus drôle… »

« On ne fait que commencer à s’amuser ma belle, allez, sois gentille tu veux? »

« Non, je ne veux pas, arrête! »

« Tu ne veux pas être gentille?

Écoutes-moi bien chérie, sinon c’est mon poing que je te fais avaler, tu piges? »


Les autres étaient là, comme toujours, à regarder la scène sans broncher, étendu un peu partout sur des coussins ici et là, certains déchirés et d’autres non. Ils fumaient et buvaient, mais ne parlaient pas. Ils savaient que ce n’était pas le moment et qu’il valait mieux la laisser entre de bonnes mains et ne pas s’en mêler. La femme cherchait des yeux quelqu’un qui aurait le culot de venir l’aider. Personne. Elle était adossée au mur, face au fauve, un coude contre le mur juste à côté de sa tête et l’autre main bien serrée contre l’un de ses bras pour l’empêcher d’aller où que ce soit. Et elle ne savait que trop bien qu’il avait contrôle sur les cinq autres. Il n’était certes pas le plus gros, ni le plus grand et ni le plus costaud, mais il avait plus de caractère que chacun d’eux réunis.

« Pourquoi, pourquoi est-ce qu’il faut toujours que tu te comportes comme un salaud!? »

« Attends… Attends… Pourquoi est-ce que tu ne fermerais pas ta grande gueule pour une fois et que tu ne ferais pas ce que je te dis? »

« Tu vas t’attirer des ennuis et tu le sais… »

« Arrêtes, tu me fais peur. Des ennuis? Tiens tiens, ce serait nouveau ça… »

Il lâcha le bras qu’il tenait pour venir agripper la mâchoire de la jeune femme dans un geste assez lent, faisant naître un couinement d’horreur chez elle. Il déplaça la tête d’un côté, puis de l’autre, examinant le visage avec une certaine attention et un grand sourire malsain, fendant jusqu’à ses oreilles et brillant de malice.

« Tu me fais pitié… Allez, je te fais des concessions. Tu nous fais une petite danse et on te laisse tranquille.

N’est-il pas gentil, notre cher bon vieux Victor? C’est un marché honnête, hein les gars? »


Et dans un mouvement de tête et quelques approbations graves mêlées de rictus gras et insignifiants venant de la part des autres hommes qui étaient présents, on pu entendre un claquement sourd et un grand silence qui sembla durer une éternité, si ce n’est que quelques secondes. Un réflexe, une impulsion, qu’importe, mais la main de la jeune femme s’était écrasée contre le visage du voyou. Ce qu’elle vit au retour, lorsqu’il ramena le visage vers elle avec lenteur, ne mêlait ni la peur, ni la compréhension et ni la surprise.

C’est presque à croire qu’il avait enfin ce qu’il voulait.

[…]

Alors que les cris s’étaient arrêtés et qu’ils ne laissaient place qu’à une respiration furieuse et affamée, laissant de longues inspirations et des expirations entre des dents serrées en une esquisse de sourire à en faire casser les dents – Mais tout le monde sait bien que les sourires ne brisent pas les dents – les autres masses présentes se relevèrent d’un air ébahis, incertaines, ébranlées et abasourdies.

« Ça… Ça va trop loin Victor… Merde t’av… »

« LA FERME! »

Un court silence s’installa alors que les autres penchèrent la tête d’un air soumis, ne supportant pas de garder la tête haute face à cette présence dominante.

« C’était pas la peine de la tuer vieux… »

Le dénommé Victor s’approcha d’un pas rapide alors que les autres reculèrent très lentement de façon incertaine, sur la défensive.

« Ça ne peut pas durer, on ne devrait pas faire… »

Une prise rapide contre le visage, entourant le faciès en serrant sa main de façon à faire ressortir les traits de la bouche et y étaler tout le sang qui s’était imprimé contre ses mains, il approcha son visage très près de celui qui se déclarait ouvertement contre les pratiques utilisées en cette soirée.

« Tu en veux toi aussi p’têtre? »

« Non… Je… »

« J’crois que je n’ai pas très bien entendu, tu veux bien me répéter tes salades pendant que tu as encore la gueule pour le faire? »

Il s’en suivit un silence lourd, pesant, si pesant que personne n’osait bouger dans la salle, comme paralysés ou surpassés par les événements.

« C’est bien ce que je pensais, j’préfère… »

Il relâcha sa poigne autour de la bouche de son fier-à-bras, lui tournant même le dos tellement il avait la certitude qu’il avait à faire avec des chiens soumis, il jeta un coup d’œil vers le corps encore chaud de la femme qu’il venait tout juste d’abattre.

« Débarrassez-moi de ça, on décampe. »

[…]

« Patron, on a tout pris, on est prêt à foutre le camp. »

« Y’a pas le feu, je me trompe? »

« Je… Non, nous pouvons prendre notre temps mais… »

« J’ai dit… Y’a pas le feu, je me trompe? »

Un long silence s’en suivi. Les hommes, tous chargés de leurs lourds bagages empruntés à long terme à une maison dépouillée de propriétaires et maintenant salie de leur sang comme ils avaient salis la maison de leurs vieilles habitudes et leur poussière, ne semblaient pas certain de ce qu’ils devaient répondre. La vérité, c’est qu’ils ne devaient rien répondre, et ils le savaient.

« Ou… Oui patron, ce sera fait. »

Nul sceau d’eau ne parvînt à rendre sa droiture et sa prestance à la demeure qui fut cette soirée-ci offerte en spectacle, dans un brasier infernal et épouvantable.

[…]

« Patron… Je peux vous poser une question? »

« … »

« Pour… Pourquoi est-ce qu’on fait ça? »

« Compte ton argent, l’ami. »

« Je veux dire… On n’est pas obli… »

« J’ai dit… Compte ton argent, l’ami… »

« Combien d’enfants est-ce qu’on va priver encore de leur famille? »

Le dénommé Victor se releva brusquement, renversant la table sur laquelle était empilée les nombreuses pièces empilées pour en faciliter le partage avec les autres fiers-à-bras. C’est d’une colère froide, mais autoritaire et malsaine, profondément mauvaise, qu’il s’exprima.

« Autant qu’il en faudra. Tu continues à me poser des questions comme ça et je vais m’assurer de te priver d’enfants ou de famille pour le restant de tes jours, enfoiré d’ordure. »

L’autre resta sidéré une fois de plus devant la manifestation de colère, les mains levées pour se protéger d’un éventuel coup au visage comme il semblait y être habitué. Il ne le regarda pas, il savait qu’il se faisait darder des yeux. Sa présence s’était approchée, imposante et palpable, très près de lui. Elle lui donnait des coups, des meurtrissures psychologiques chaque jour de sa vie, mais cette soirée-ci elle reparti sans frapper, sans cogner, sans sonner.

« Tu me ramasses ça et tu comptes tout depuis le début. »

Fond noir sur bougie éclairée. Lumière faible entourée d’ombres surplombantes. Pleurs mal assumés soutenus d’un silence compatissant, mais distant.

[…]

C’est une belle journée. Les belles journées se caractérisent par leur flagrance de couleurs, par leur beauté. L’air est calme et paisible, détendu. L’homme à la fenêtre fume sa pipe tout en admirant le décor qui se dresse devant lui. Il inspire calmement, car il est calme. Il inspire paisiblement, car il est paisible. Il rêve éveillé, car il ne peut faire autrement que de cauchemarder ses nuits depuis des années. Devant lui se dresse le soleil avec toute sa splendeur. Notre homme se croit le premier à pouvoir admirer son éveil et ça suffit à l’émerveiller. La vie lui appartient.

« Bon sang Victor! Qu’est-ce qui s’est passé!? »

« Il a quitté. »

L’homme se retourne doucement, toujours la pipe dans sa bouche, laissant voir ses vêtements couverts de sang, de pleurs et de bave. Les dents qui sont répandues au sol témoignent du dernier sourire d’un homme qu’on ne verra plus et dont on ne se souviendra pas.

« Tu l’as tué merde… Tu l’as tué! Il était l’un des nôtres Victor? Qu’est-ce qui te prend!? »

« Il a quitté. »

« T’es cinglé… Tu n’es qu’un malade qu’on devrait enferm… »

« Quand vous aurez ramassé, vous vous préparerez. On fait ça aujourd’hui. »

S’en suivit un silence confus et fébrile dans lequel chacun des hommes qui assiste au spectacle morbide de leur compagnon, désormais sans visage tellement on l’y avait brisé son poing, ne savent plus où donner de la tête. Enfin l’un d’entre eux les extirpe du silence qui faisait régner en maître l’autorité du chef incontestable de la bande.

« Sans nous Victor. On en a notre claque de tes conneries. On en a tous marre, pas vrai les gars? »

« Tu veux quitter toi aussi? »

« On part tous les quatre et tu ne nous en empêcheras pas. C’est terminé Victor, terminé. Terminé de cette vie de merde, terminé avec tes conneries et terminé avec la bande. »

Il est calme, beaucoup trop calme. Le silence flotte encore quelques instants, tentant de venir s’alourdir sur l’un ou l’autre. Ces jeux de défiance et d’autorité se perpétuaient déjà depuis trop longtemps.

« Je vais le faire seul dans ce cas. »

« …Cause toujours… C’en est terminé de toi aussi si tu vas faire ce coup là tout seul. Rentre chez toi et trouve-toi un travail comme tout le monde. C’est fini cette ère là, on ne peut plus continuer à faire ça. »

« … »

« Fais pas le con… »

« … »

« …Adieu Victor, nous on décampe. »

[…]

C’était une belle journée. Les belles journées se caractérisaient par leur flagrance de couleurs, par leur beauté. L’air était calme et paisible, détendu. L’homme à la fenêtre fumait sa pipe tout en admirant le décor qui se dressait devant lui. Il inspirait calmement, car il était calme. Il inspirait paisiblement, car il était paisible. Il rêvait éveillé, car il ne pouvait faire autrement que de cauchemarder ses nuits depuis des années. Devant lui se dressait le soleil avec toute sa splendeur. Notre homme se croyait le premier à pouvoir admirer son éveil et ça suffisait à l’émerveiller. La vie lui appartenait…

« Victor Cyr, vous êtes reconnu coupable de chacun des crimes nommés lors de cette séance par les autorités ci-présentes. Vous êtes officiellement condamné à l’enfermement et aux travaux d’ordre publics à vie pour repayer votre dette envers notre société et aider à rebâtir une citée digne de ce nom avec les autres scélérats de votre espèce. Puisse-il avoir miséricorde sur votre âme indigne. »

Il posa ses mains contre les barreaux qui ornaient désormais sa fenêtre vers la lumière.

C’était une belle journée...



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